La victoire de la coalition des droite italiennes menée par Giorgia Meloni fait souffler un vent nouveau sur l’Europe. Après l’exploit des Démocrates de Suède et de l’alliance conservatrice d’Ulf Kristersson, deux nouvelles nations, la Suède et l’Italie, viennent s’ajouter à la Pologne et à la Hongrie pour former un quatuor de droite aux positions conservatrices assumées. Possibilité d’un virage à droite pour l’Union ou bien simple parenthèse conservatrice localisée à quelques paysmembres, l’Union européenne pourrait-elle, un jour, tourner la page du progressisme ?

L’Europe d’Ursula von der Leyen de plus en plus contestée

Anti-immigration, rejetant le fédéralisme européen et les politiques progressistes de Bruxelles, les gouvernements hongrois, polonais, suédois et italiens s’annoncent d’ores et déjà comme des remparts nationaux face aux visées d’Ursula von der Leyen, la « cheffe de l’UE », et de son comparse Emmanuel Macron, qui rêvent tous deux d’une « Union européenne plus juste et plus inclusive ». Le groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, Tchéquie et Slovaquie) s’oppose déjà depuis 2015 à « le programme européen en matière de migration » proposé par la Commission européenne qui consiste à imposer des quotas migratoires aux pays membres de l’Union européenne. Depuis lors, les relations de Bruxelles avec Budapest et Varsovie sont particulièrement tendues, au point que von der Leyen, le 23 septembre dernier, a affirmé disposer des « outils » pour les pays qui, comme la Pologne et la Hongrie, iraient dans une « direction difficile » (le message s’adressait à l’Italie et visait la possibilité de voir Giorgia Meloni, radicalement opposées aux valeurs progressistes de Bruxelles, prendre la tête du pays).

Ce bras de fer de plus en plus musclé entre Bruxelles et certains des États membres de l’Union européenne pourrait créer les conditions d’une division profonde au sein de l’Union ; d’une part les pays progressistes, de l’autre les conservateurs. Pour Grégor Puppinck, directeur du think thank européen ECLJ, la victoire de Meloni change la donne mais n’est pas encore suffisante pour contrecarrer les plans d’Ursula von der Leyen. « Le fonctionnement de l’Union européenne repose presque entièrement sur la Commission européenne », affirme-t-il par téléphone. « Or, la Commission s’appuie sur un fonctionnement technocratique, une simple approche comptable. D’un point de vue comptable, faire venir des immigrés peut rapporter de l’argent, quand bien même cela crée des troubles sociaux. La volonté des peuples n’importe pas pour la Commission. » Quant à savoir si l’Italie de Giorgia Meloni, en se rapprochant de la Hongrie et de la Pologne, pourrait peser à Bruxelles, il est encore trop tôt pour le dire. « Les mécanismes de financement européen servent au chantage idéologique de la Commission », rappelle Grégor Puppinck, mais l’Italie est une contributrice nette au budget européen et reçoit moins d’argent que la France ou l’Espagne, sa voix serait ainsi bien plus influente que celle de la Pologne, principale bénéficiaire des fonds européens dans toute l’Union.

Une coalition conservatrice en Europe : utopie ?

Reste que voir s’allier entre eux les gouvernement hongrois, polonais, suédois et italiens pour faire front à Ursula von der Leyen pourrait bien relever du fantasme. D’abord, le groupe de Visegrád s’effrite depuis la guerre en Ukraine, la Hongrie étant bien moins hostile à la Russie que ne l’est la Pologne. Ensuite, les trente dernières années de politique européenne ont montré l’incapacité des formations politiques conservatrices du continent à s’allier entre elles. PPE, CRE, ID… nombreux sont les groupes de droite à s’opposer au Parlement européen malgré leurs évidentes proximités idéologiques. Enfin, l’instabilité de la vie politique italienne et la fragilité électorale des droites polonaise et suédoise pourraient écourter la durée de vie de la vague conservatrice en Europe. Benoît Vaillot, politologue et historien spécialiste des question européennes, ne croit pas dans l’hypothèse d’une Union conservatrice. « Que ce soit Orbán, la coalition suédoise ou Giorgia Meloni, ils ne sont pas une réelle menace pour Bruxelles. Leurs politiques sont identitaires et non pas souverainistes, aucun d’eux ne remet en cause les traités européens ! » nous répond-il. « Attendons d’évaluer le jusqu’au-boutisme de Fratelli d’Italia pour nous faire un avis définitif, mais la Commission européenne est tellement autonome qu’à la fin, c’est toujours elle qui gagne. »

Un épais brouillard entoure le futur d’une Europe de plus en plus divisée sur des questions idéologiques clivantes. Si, un 13 novembre 1872, devant les députés, Adolphe Thiers déclara : « La République sera conservatrice ou ne sera pas », qui pourrait en dire autant de l’Union européenne ?

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26 septembre 2022

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14 commentaires

  1.  » l’Union européenne pourrait-elle, un jour, tourner la page du progressisme ? » La réponse est non. L-UE est tellement corsetée dans son idéologie, dictée par Washington, qu’elle est incapable de se réformer. Elle ne pourra que se désintégrer, évolution inéluctable quand les peuples commenceront à souffrir des conséquences des diktats anti-peuples de la Commission.

  2. L’Europe a besoin de respirer , nous n’en pouvons plus de ces directives de Bruxelles qui nous rendent la vie impossible au nom de je ne sais quelle idéologie .
    L’Italie est en train de nous donner un peu d’espoir , il nous faut maintenant continuer à suivre ce mouvement .
    Nos gauchos ont peur , et ils ont raison d’avoir peur car un vent frais nous arrive .

  3. Encore trois ou quatre pays votant pour des patriotes conservateurs et l’U.E. sera obligée de se réformer ou de fermer boutique. C’est là notre unique espoir de ne pas disparaître.

  4. Puisque la Commission est autonome, alors il est possible d’en former une autre, tout aussi autonome, n’est-il pas ?

    On n’évoque jamais le Conseil, présidé par l’homme de Marrakech qui a fait tomber son gouvernement sur sa signature abjecte ( Il avait bien dit « coûte que coûte…). Je suppose qu’on ne parle pas de ce Conseil car il doit chauffer avec les contestataires et son président doit souvent être occupé à la machine à café !

  5. Ursula va virer l’europe, confirmant cette phrase célèbre : la démocratie est une très bonne formule, dommage qu’il y ait des électeurs !

  6. « L’ideologie de Bruxelles » n’est pas l’idéologie des Européens. Ces personnes ne sont représentatives que des USA. Ils ont été placés à ces postes pour détruire l’Europe. C’est maintenant clair pour tout le monde. En ce moment MACRON et Van des Leyden sont aux USA..pas pour jouer aux cartes, mais pour prendre les ordres pour la suite.

  7. Depuis le sinistre traité de Maastricht, nous les patriotes, savons que cette Europe constitue la machine de guerre contre nos nations et notre civilisation. Avec Schengen, n’importe qui peut venir s’installer dans nos pays aussi longtemps qu’il le souhaite, et y faire ce qu’il veut. L’euro a été calqué sur le Deutsche Mark, ce qui a ruiné nos économies, et on a mesuré depuis le Covid, le degré de notre dépendance en matière industrielle. Et que dire de l’arrogance des technocrates de la commission européenne, et de sa présidente Van der Leyen.? La disparition de ce système serait la meilleure chose qui puisse se produire. Lors des prochaines européennes, il faudra élire des patriotes, et renvoyer les européistes à leurs études.

    1.  » Lors des prochaines européennes, il faudra élire des patriotes, » Malheureusement l’expérience nous a appris que les nouveaux députés patriotes, en arrivant à Bruxelles, tournent le plus souvent casaque pour voter à l’unisson toutes les lois de la Commission. Ce ne sont plus les délices de Capoue, mais ceux de Bruxelles.

  8. Notons que si l’UE était conservatrice, elle ne serait plus l’UE. Elle devrait donc disparaître au profit d’une Europe des Nations, ayant pour unique objectif la concrétisation d’une grande puissance économique. Trop beau pour être possible…

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