Les images ont fait le tour de la Toile. À Montgeron, dans l’Essonne, une vidéo postée il y a deux jours montre le lynchage en règle d’un jeune homme blanc par une bande de jeunes Noirs. Accusé, d’après les premiers éléments, d’être « homosexuel », le jeune homme est roué de coups par une bande hilare et n’a échappé au pire que grâce à l’intervention de deux femmes. L’affaire, révélée tout d’abord par Mehdi Aifa, jeune militant LGBT issu de ces quartiers se définissant comme universaliste et laïque, est révélatrice sur bien des points.

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Tout d’abord, elle met en lumière l’homophobie latente qui sévit dans ces quartiers. Dans ces familles, ces bandes, l’homosexualité est une honte, une tare. Un témoignage de faiblesse qui n’a pas sa place. Il faut lire les témoignages des jeunes homosexuels originaires d’Afrique et du Maghreb. Il faut voir l’explosion des délits et agressions homophobes. Les chiffres du ministère de l’Intérieur font état d’une progression constante. Guet-apens et agressions gratuites se multiplient, avec une hausse de 36 % en 2019.

Pourquoi n’en entendons-nous pas parler ? Parce qu’ils ne devraient pas exister. Dans un monde idéal, progressiste et acquis à l’idéologie dominante, on ne peut être issu d’une « minorité » et s’en prendre à une autre « minorité ». Si l’agresseur n’est pas un homme blanc chrétien et hétérosexuel, alors le bourreau est une victime au même titre que celle qu’il a agressée. Ainsi, réagissant à cette agression, le porte-parole de SOS Homophobie, Arnaud Boisseau, a déclaré, sur BFM TV, qu’il n’y a pas de « territoires plus sujets à l’homophobie que d’autres ». Pour Mehdi Aifa, la réaction des militants comme Boisseau constitue la base de son combat : « Ces escrocs qui veulent taire, minimiser, voire invisibiliser l’homophobie des banlieues pour ne pas stigmatiser une certaine population, voire une certaine religion, sont des tarés qu’il faut combattre. Je serai toujours en travers de leur chemin. Ils n’auront pas mon silence », déclarait-il dans un entretien au Point en juin 2019.

Curieuse lutte, en effet, que celle de ces associations qui collectionnent procès judiciaires et d’intention contre les personnes opposées au mariage homosexuel et à un magazine s’interrogeant sur la puissance d’un lobby LGBT et de sa voracité en matière d’argent public, mais qui deviennent incroyablement silencieuses lorsqu’un des leurs est tabassé gratuitement par ces jeunes qu’on ne voyait pas aux Manifs pour tous. On l’a vu avec l’affaire de Noisiel. Un couple d’hommes dont les ébats ont été diffusé sur les réseaux sociaux et ont occasionné un déferlement de haine. L’un des deux hommes a dû quitter la France. À l’époque, les associations LGBT ont été bien en peine de condamner, tout juste ont-elles déclaré que ce n’était que le « reflet d’un Internet pollué quotidiennement par des expressions de haine et de rejet ». Pas d’homophobie en banlieue, donc, le problème, ce sont les réseaux sociaux.

Récemment, les militants LGBT ont obtenu du Parlement qu’il interdise ce qu’on nomme les « thérapies de conversion », sorte de groupes de prière ou de cheminement pour, dans les cas extrêmes, « guérir de son homosexualité » et, dans les cas classiques, vivre sa foi de chrétien en étant homosexuel. Pas un mot sur les violences dans les communautés musulmanes, pas une condamnation alors qu’un sondage IFOP démontre que 63 % des musulmans perçoivent l’homosexualité comme une « maladie » ou « une perversion sexuelle », contre 20 % des catholiques et 10 % des athées. Pour 29 % des musulmans, les violences contre les homosexuels sont parfois compréhensibles. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Camus. Et l’aveuglement des bien-pensants face à l’homophobie des banlieues n’est qu’un coup de projecteur supplémentaire sur la multitude de nos renoncements, un énième coup de couteau dans le corps social.

 

 

12 octobre 2021

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