Depuis des semaines, les associations étaient en embuscade et ne cachaient plus leur volonté de maintenir la pression sur le gouvernement. Cela a, semble-t-il, bien marché. Dans une interview dans Le Parisien s’expliquait sur cette volonté de légiférer sur l’allongement du délai légal de l’IVG, en le portant de 12 à 14 semaines, malgré les réticences des médecins. C’est mercredi que le sénat se penchera sur cette question.

Selon lui, « l’ serait menacé dans la pratique » […] et, donc, « si on veut garantir un droit réel et égal à celles qui doivent être protégées, il est nécessaire d’allonger les délais ». Et d’annoncer un débat en « janvier-février, pour l’adopter définitivement à l’Assemblée nationale avant la fin du quinquennat ».

C’est beau, une proposition de loi annoncée comme étant déjà votée, avant tout débat ! Car les réticences des médecins et des instances éthiques ne sont pas un obstacle, et le confirme : « Suite à l’avis du CCNE qui éclaire le débat, rien n’empêche de faire aboutir ce texte. »

Pour rappel, le texte présenté par la députée Albane Gaillot avait été adopté par l’Assemblée nationale en octobre 2020, mais il avait ensuite été refusé par le Sénat. Le 28 septembre dernier, « Journée mondiale du droit à l’avortement », les différents acteurs associatifs et politiques étaient montés au créneau.

Ainsi, le maire de Carrières-sous-Poissy, Eddie Aït, déclarant, sur CNews : « Il faut militer pour défendre ce droit aujourd’hui mis en cause en Europe. La France peut être un pays moteur, s’aligner sur les pays européens qui prônent un allongement du délai de l’IVG. » Et d’ajouter : « Il faut également éduquer et sensibiliser les gens à ce qu’est l’avortement, pour le dédiaboliser. »

Une rhétorique bien huilée, tournant autour de quelques arguments falsifiés ressortis chaque année pour l’occasion, dont Libé avait fait sa une. Celle des centaines de femmes « obligées » d’aller avorter à l’étranger, et citant le cas d’une femme enceinte de 19 semaines, traumatisée par son déplacement et le coût financier et psychologique de son avortement.

En France, la gratuité lui aurait-elle épargné le traumatisme d’un tel avortement ? Ce n’est pas certain, et pas certain, non plus, que l’allongement soit la réponse aux difficultés des femmes.

Soyons clairs : aucune menace ne pèse sur le droit à l’ dans ce pays. Jamais l’ n’a été autant facilité, dédramatisé, dédiabolisé qu’en France.

Ce qui a changé, cependant, depuis quelques années, c’est la difficulté de recruter des praticiens : ceux-ci sont de plus en plus réticents, et explicitement hostiles à l’allongement du délai légal. Pour s’en convaincre, il suffit de relire la déclaration du professeur Israël Nisand à ce sujet. Celui-ci expliquait, sur France Info, le 8 octobre dernier, à ce sujet : « C’est une mauvaise réponse », dénonçait-il, en expliquant que cela revenait à « troquer un simple geste contre un geste plus dangereux que les médecins n’aiment pas faire […] parce que le fœtus devient plus grand, plus ossifié. »

Les mises en garde des instances éthiques et des médecins seraient donc nulles et non avenues dans le débat, si l’on écoute les propos de Christophe Castaner. Normal, la voix des médecins ne compte pas. Et le CCNE est une instance consultative.

On pourrait finir par croire que la réflexion est devenue la principale menace au droit d’avorter.

 

 

 

12 octobre 2021

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