Armées - Editoriaux - Technologie - 5 août 2019

Homme volant et forces spéciales, du virtuel au réel : l’homme reste au centre !

Prouesse technique et physique, l’exploit spectaculaire d’un « homme volant » sur une planche à turbines au défilé du 14 Juillet, puis traversant la Manche, suscite l’admiration. Des commentateurs croient voir dans cette version améliorée des hommes-fusées des années 1960 l’arme ultime des forces spéciales en combat urbain. Ancien officier des forces spéciales (FS), l’auteur de ces lignes propose quelques éclairages personnels.

Il y a trente ans, les forces spéciales expérimentaient l’emploi opérationnel d’un nouvel instrument alors peu connu et encore moins répandu : le GPS. De nombreuses autres inventions et innovations technologiques conçues à des fins militaires, dont le World Wide Web, sont rapidement devenues d’usage commercial grand public et dual, civil et militaire.

Penser différemment pour « agir autrement », selon la devise des forces spéciales ! Ces dernières, héritières des forces spéciales de la Seconde Guerre mondiale, doivent rester à la pointe de l’innovation pour bénéficier d’un avantage décisif sur tous les terrains – humain, physique, cyborg, cyber. Ce qui est « spécial », c’est le « mode d’emploi » des ressources humaines et matérielles d’un système complexe, intégré et autonome. Il requiert des qualités foncières, une formation, un entraînement, des équipements, des procédures, une préparation et des modes d’engagement « spécifiques ».

Pour cela, les forces spéciales ont toujours fait l’acquisition « sur étagère » d’équipements et d’armements immédiatement disponibles dans le commerce spécialisé international. Pour des raisons d’indépendance, de spécificité et de confidentialité, elles conservent toutefois une capacité autofinancée de recherche et développement dans le cadre de programmes technico-opérationnels, en partenariat avec des entreprises privées nationales.

Il est naturel que ce précurseur de nouveaux véhicules volants multi-usages, développé ailleurs sous d’autres versions, stimule l’imagination de toutes les unités « spécialisées » d’intervention et de secours en quête perpétuelle de nouvelles capacités. Avec, ici, une particularité : l’emploi de la technique dans un cadre tactique, au contact direct de milieux physiques et humains hostiles qui requièrent furtivité et agressivité. En tout temps, par tous les temps et en tous lieux.

Il n’est pas évident que le flyboard révolutionne le « mode d’emploi » des forces spéciales. Celui-ci repose avant tout sur l’intelligence instantanée de situation, la prise rapide d’initiative appropriée et la capacité à exploiter avantageusement une situation a priori défavorable et volatile. L’opérateur humain en équilibre précaire sur ce type de drone est très vulnérable ; mais d’autres configurations seront surement testées, avec ou sans homme à bord.

Ainsi, l’être humain, même « augmenté » par des outils toujours plus sophistiqués, restera encore longtemps ce qu’il y a de plus « spécial » dans les forces. Au côté de ce marché de niche exclusif, l’inventeur du flyboard investira vite dans d’autres applications civiles à plus grande échelle, autrement plus rentables. Là se trouve probablement la vraie révolution, sociétale.

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