Guerre en Ukraine : financement de Rafale et rafale de financements…

Macron n’était pas peu fier de signer avec Zelensky une lettre d’intention avec une promesse d'achat de 100 Rafale
Capture d'écran YT Présidence de la République
Capture d'écran YT Présidence de la République

Cent Rafale pour l’Ukraine : l’annonce claque un peu comme un titre de roman du regretté Gérard de Villiers (Des armes pour Khartoum), mais ça risque de coûter un peu plus cher que des caisses de lance-roquettes ou de fusils d’assaut pour aller guerroyer en Afrique.

Ce lundi 17 novembre, sur le tarmac de Villacoublay, Emmanuel Macron n’était pas peu fier de signer avec son ami Zelensky une lettre d’intention avec, à la clef, une promesse d’achat d’une centaine d’avions Rafale, ce bijou de notre industrie aéronautique qui se vend, désormais, presque comme des petits pains sur le marché mondial. Et c’est tant mieux pour notre pays alors que, par ailleurs, notre tissu industriel part en lambeaux, quoi qu’en dise Macron. Le coût d'un Rafale oscille entre 70 et 120 millions d’euros, en fonction des options : faites le calcul, cela représente, grosso modo, dix milliards d’euros. C’est énorme. En tout cas, cette annonce, en attendant de faire tourner nos usines, n’a pas manqué de faire réagir Moscou : « Paris ne contribue en aucun cas à la paix, mais alimente au contraire les sentiments militaristes et pro-guerre », a déclaré, ce 18 novembre, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Des bonnes intentions à la lettre morte...

Cela dit, on ne s’emballe pas. D’abord - on le répète -, il s’agit d’une lettre d’intention, pas d’un contrat ferme. Des bonnes intentions à la lettre morte, il n’y a parfois que l’épaisseur du papier. On notera que Zelensky est certes le grand ami de Macron, mais que c’est tout de même avec la Suède qu’il a d’abord signé, en octobre dernier, une autre lettre d’intention pour l’achat de cent à cent cinquante avions Gripen, un chasseur moderne, polyvalent, conçu pour fonctionner sur des pistes courtes, doté d’une maintenance simplifiée et… moins cher que le Rafale français. Une livraison qui commencerait dans trois ans et s’étalerait sur plusieurs années. Tout comme, d’ailleurs, nos Rafale : Macron a évoqué une dizaine d’années. Ainsi, « à terme », l’Ukraine serait donc dotée d’une flotte de 250 chasseurs. L’équivalent de la flotte française. Cela laisse songeur. Pour Zelensky, l’accord avec la Suède marque « le début d'une nouvelle ère » et celui avec la France est « historique »...

Suivre la cadence

On ne s’emballe pas non plus, car si cette lettre d’intention se concrétise par un contrat, il faudra que la cadence de Dassault suive tout en honorant les contrats en cours. En mars dernier, le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, avait déclaré : « On anticipe le passage à la cadence 4 [NDLR : 4 avions produits par mois], déjà. Et s’il le fallait, on envisagerait le passage à la cadence 5. Évidemment, sous réserve d’avoir des commandes. » Soit entre 50 et 60 appareils par an. Et d’ajouter que monter en cadence « ne se fait pas en claquant des doigts. C’est un travail qui se planifie », précisant qu’il faut « au moins deux ans » pour « gagner un point de cadence ». Il faut donc espérer que cette commande ukrainienne, si elle se confirmait, ne viendrait pas impacter les livraisons pour notre propre armée de l’air, puisqu’il faudra bien, par ailleurs, honorer les contrats en cours passés à l'étranger.

120 millions au PLF 2026

On ne s’emballe toujours pas, car, maintenant, il faut bien parler un peu gros sous. Comment l’Ukraine paiera-t-elle ces avions (suédois et/ou français) ? D’abord, coupons court au sujet de l’aide française directe. S’il est difficile de savoir exactement combien la France a versé directement et indirectement (il faudrait compter la quote-part de la France dans les aides de l’Union européenne), depuis le début du conflit, à l'automne 2024, on était déjà à plus de 15 milliards d’euros, comprenant l’aide humanitaire, financière, formation militaire. Mais pour 2026, le projet de loi de finances (PLF) ne prévoit que 120 millions d'euros, soit l'équivalent d'un Rafale toutes options. L'Allemagne, elle, a prévu 11,5 milliards. « Faut pas jouer les riches quand on n’a pas le sou », chantait Jacques Brel...

Ursula von der Leyen demande (encore) plus de sous

Cependant, que les économes ne se réjouissent pas trop vite et ne s'emballent pas non plus. En effet, ce 17 novembre, le jour même où Macron paradait sur le tarmac, Ursula von der Leyen envoyait une lettre aux États membres dans laquelle elle leur a communiqué le devis pour la suite, c’est-à-dire pour 2026-2027 : 135,7 milliards d’euros ! « Il est désormais essentiel de parvenir rapidement à un engagement clair pour garantir que le financement nécessaire à l'Ukraine soit approuvé lors du prochain Conseil européen en décembre » [NDLR : 17 et 18 décembre prochains], a-t-elle martelé. Trois options pour financer l’aide à l’Ukraine pour les deux ans qui viennent, alors que les États-Unis ont levé le pied. Un : taper dans les avoirs russes détenus en Europe. Compliqué, mais de moins en moins exclu, histoire d'énerver un peu plus les Russes. Deux : lancer un emprunt européen. Les intérêts seraient payés par les États membres. Évidemment. Trois : les dons nationaux. Et là, accrochez-vous : 90 milliards d'euros à réunir d’ici 2027. Ces dons seraient calculés selon la taille du PIB de chaque pays, soit pour la France, sauf erreur de notre part, un don d’environ 13 milliards d’euros… La moitié du budget de notre ministère de l’Intérieur…

Notre Top Gun de l’Élysée va peut-être devoir sortir le train d’atterrissage.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

115 commentaires

  1. J’en arrive a me poser la question… Qui , quel Homme ou Femme, Roi, Reine, President, , aura mis autant de volonté, d’energie , a faire en sorte de detruire la France? Comment se fait il que rien ne se passe et que nous laissions faire.?Est ce que le Maréchal,…., objet de beaucoup de ressentiment ,…. a autant fait de mal a la France?

  2. En gros, nous allons emprunter quelques milliards que nous donnerons à l’UE qui les transferrera à l’Ukraine qui nous achètera les Rafales. Mais lesquels ? Pas ceux qui seront produits une fois qu’on aura livré ceux dont notre armée de l’air a besoin ou ceux des clients ayant déjà signé un contrat. En fin de file c’est dans 8 à 10 ans, or l’Ukraine en a besoin au plus tôt. Je crains que notre armée de l’air attende un peu plus longtemps ou qu’elle soit obligée d’en céder quelques uns.

  3. On peut prendre cette « intention » de vente-achat par n’importe quel bout, cela reste ressembler à une triste galéjade ! Dassalt ne pourra pas fournir en des délais raisonnables. D’ici-là que deviendra l’Ukraine ? Qui paiera et en quelles conditions ? Rien ne tient l’air en cette affaire. Mais au moins cela a le mérite de rendre le président tout guilleret. Quant à Monsieur Zélinsky et son Pays, souhaitons leur le meilleur. Pas gagné avec des partenaires comme l«occupant de l’Elysée.

  4. En deca des relations diplomatiques entre deux chefs (illégitimes) d’état, par delà les intérêts qui pourraient lier culturellement, économiquement, stratégiquement deux pays, bien que dans le cas présent, ils me paraissent flous car aucun lien particulier oblige la France envers l’Ukraine et vice versa, quel est le véritable caractère des relations, personnelles, entre ces deux hommes, qui obligent malgré eux, leurs peuples. Je ne puis m’empêcher de penser à cette phrase extraite d’un Polar de James Lee Burke( L’arc en ciel de verre) « (p552) “Il avait créé un lien inextricable entre lui et un désaxé de sa trempe, chacun trouvant dans l’autre ce qui lui manquait, tous deux créant probablement une troisième personnalité, sous humaine, authentiquement monstrueuse”…et lorsqu’on est en présence de deux personnages sulfureux, comme ce deux présidents, on peut se demander ce que le futur nous réserve, si nous continuons à laisser notre destin dans les mains de tels individus.

  5. Les promesses n’engagent que ceux à qui on les fait, surtout quand on ne sera plus aux affaires lorsque les factures tomberont et qu’on cherchera une bonne poire pour les régler.

  6. Escalade dans un but de guerre au lieu de construire la PAIX. Voilà ce qui résulte d’associations de ripoux. Les US se sont officiellement « retirés » de cette guerre en Ukraine mais continuent d’en tirer les ficelles. Il en va de leur survie face à la Russie qui elle, ne s’agite pas, mais…attend. Une autre tactique, ignorée des occidentaux…

  7. Macron c’est chaque jour: « Monsieur Flashdance puis un bouc émissaire pour justifier son incompétence, puis rien….ou pire qu’avant!
    Marchand d’avions inexistants et menteur libérateur d’otage écrivain sont ses derniers exploits.
    « Historic man »(chaque réveil de son éminence autoflatteuse est historique pour lui) rejoindra les oubliettes des mégalos en mal de succès…tel le Geai paré de la plume du Paon (la Fontaine).

  8. Macron qui fait son sérieux, montre son menton, avec son frère Zelenski, me fait sourire. Ce qui ne me fait pas sourire dans son affaire des avions de combat genre prêt bail de Roosevelt avec Churchill dont il faudrait étudier les modalités, c’est d’une part le financement avec des fonds « européens » privés avec le drapeau européen à côté qui me fait penser que ça ne va pas être vraiment privé et ensuite l’affaire de la saisie des fonds déposés en banque par des clients russes qui me fait peur car on a un problème avec le secret banquaire, la sécurité des fonds déposés en banque, leur anonymat, ( saisir des fonds, il faut savoir lesquels…et de qui… » on s »est trompés ce n’est pas le compte de Youssoupov c’est le compte de Glucksmann!!! »). Et Macron peut dont aller à la banque chercher de l’argent sur un compte qui n’est pas à lui ? Bon je vais aussi à la banque, j’ai besoin d’argent ! ).
    Quant à ce que le macron signe, heureusement pour nous, cette signature n’a pas de valeur tangible. Quand je fais le compte de tous les projets de développements de transports urbains présentés au public et n’ont jamais été réalisés, j’ai un belle liste. C’est un autre domaine que les avions de combat mais le principe est le même et on me dit in fine quand je demande des comptes, qu’en fait il n’y a pas d’argent ! Oui, je sais, on discute budget au gouvernement, mais il n’y a pas de budget….

  9. Qui paiera ? Moi bien sûr. Ce qui est rassurant c’est où sera l’Ukraine et son Z. d’ici là ? ou encore ce n’est qu’une pantalonnade de plus de notre Pdt paradeur. En fait cela signifie que Trump ne veut pas vendre ses avions et ce pour plusieurs raisons. Et nous cette « initiative » aussi bien venue que celle sur Gaza ne nous gagne pas des amis mais nous met encore un peu plus mal avec les Russes… Bingo.

  10. Foutaises, esbroufes , ILS se sont surpassés…. Délais de construction, délais de formation des personnels, délais de paiement, toutes impossibilités évidentes…. on nous prend pour des niais, en plus de nous traiter comme des vaches à lait

  11. Avec ces deux olibrius malfaisants , ce n’est pas demain que l’Ukraine va retrouver la paix , tout est fait pour pousser la Russie dans une guerre avec l’occident .

  12. Le Top Gun de l’Élysée est au-dessus de ces considérations bassement financières. Voyons, on ne compte pas chez ces gens là .

    Voyez-vous Top Gun se préoccuper des potentialités industrielles de nos entreprises avant de signer un contrat ? Sait-il seulement ce qu’est une ligne de production et ses contraintes ? Non, avant tout, se procurer une occasion de gonfler le torse, de parader.

    A-t-il considéré que Trump ne fournit à l’Ukraine que les armes payées par l’Union Européenne ? Une U.E qui va se mettre à genoux pour faire sa petite guerre contre Poutine, un Poutine à la tête d’une Russie qui ne semble pas exsangue, contrairement à un certain pays de l’Europe.

    Quant à Zélensky, n’est-il pas à la tête d’une gouvernance de tripatouilleurs ? Où passe notre argent ?

  13. Zelensky vient une nouvelle fois faire ses courses en France chez son ami Macron. C’est encore notre portemonnaie qui va en prendre un coup, comme chaque fois que ce type pointe son nez. Lorsqu’on les voit se faire l’accolade, on se demande ce que ça nous réserve comme entourloupe. Oui, il ne faut pas se le cacher, c’est le Français qui va trinquer.

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