« Grande Irrigation » : le Grand Remplacement loué par Erik Orsenna ?

Homme de gauche indéfectible, l’écrivain salue « l’enrichissement » de la France par l’Afrique.
Capture d'écran Le Figaro TV
Capture d'écran Le Figaro TV

La vieillesse est un naufrage, dit-on. Employée à l’origine par Charles de Gaulle au sujet de Philippe Pétain, cette saillie devenue célèbre mérite sans doute d’être quelque peu nuancée : la vieillesse n'est-elle pas aussi un état d'esprit, comme la jeunesse, comme l'affirmait un autre général, Douglas MacArthur ! Le grand âge, d'ailleurs, relève moins du désastre soudain que de l’aggravation de tendances qui s’était manifestées bien plus tôt dans l’existence. À cet égard, c’est, semble-t-il, le cas pour Erik Orsenna qui, pourtant, n'a pas encore 80 ans.

Ce 24 avril, l’écrivain était l’invité de Libre à vous, émission diffusée sur Figaro TV. L'académicien en a profité pour aborder quelques sujets d’actualité tels que le manque de motivation des jeunes ou le déclassement économique des enseignants, mais aussi pour revenir sur le prix Goncourt qu’il avait remporté en 1988. Son roman portait sur l’Exposition coloniale internationale qui s’était tenue à Paris en 1931, au bois de Vincennes, destinée à présenter les produits et réalisations de l'ensemble des colonies et des dépendances d'outre-mer de la France. « Moi, ce qui me ravirait, c’est qu’il n’y ait pas de colonisation, mais qu’on soit ensemble dans un espace plus large, a ainsi rêvé, à voix haute, Erik Orsenna. Parce que tout ce côté de vitalité, d’humour, de la musique, de l’art… ce qu’on doit à l’Afrique ! » Visiblement enchantée par ce discours, la présentatrice de l’émission, Guyonne de Montjou, l’a invité à développer sa pensée. « La vieille Europe devrait être irriguée par ça ? Vous voudriez que la vieille Europe soit renouvelée de l’intérieur ? » Et l’auteur d’abonder avec entrain : « C’est à mon sens ce qu’il va vraiment se passer. Ce n’est pas le Grand Remplacement, c’est la Grande Irrigation ! À condition que ces pays réussissent à se développer… »

À l’heure où les Français demandent, sondage après sondage, un arrêt immédiat des flux entrants de migrants, l’éloge de cette « irrigation » africaine n’est évidemment pas passée inaperçue. Sur X, le député RN de la Somme Matthias Renault a dénoncé un « esprit soixante-huitard qui veut léguer l’autodestruction comme héritage », tandis que le haut fonctionnaire et polémiste Jean Messiha a étrillé un « ancien conseiller de Mitterrand favorable à l’invasion et à l’islamisation » de la France. Mais le commentaire le plus lu a été posté par Éric Zemmour, qui a vu dans les mots de l’écrivain une validation involontaire de ses idées. « En 2022, toute la classe politico-médiatique, de LFI au RN, m’accusait de "complotisme" quand je dénonçais le Grand Remplacement. Aujourd’hui, la gauche ne manque pas d’inventivité pour le théoriser : grande irrigation, nouveau peuple, nouvelle France... », a-t-il constaté.

La dette éternelle de la France

À écouter Erik Orsenna, nous devrions tant à l’Afrique. La musique, l’art et même l’humour français ne seraient rien sans la contribution de nos anciennes colonies. Un discours teinté de mépris et d’idéologie dont l’écrivain est coutumier. Dans son livre Les Mots immigrés (Stock), paru en 2022, Orsenna développait déjà l’idée que la langue française est le produit d’un « métissage permanent ». Il avait bien entendu été invité, à l’époque, par l’équipe de C à vous, sur France 5, ravie de pouvoir donner un maximum d’écho à cette thèse. « Tous les mots de la langue française sont des mots immigrés ! », avait-il proféré, face à une petite assistance conquise.

La thèse défendue était limpide : la langue française ne serait pas française, elle serait un simple conglomérat de mots empruntés ici et là, et notamment à la langue arabe. Rappeler nos origines gauloises et romaines, déplorer l’emploi des « wesh » et « wallah », seraient le signe d’un racisme évident, et plus sûrement encore d’une islamophobie intolérable. « Eh oui, y en a que ça dérange, avait-il poursuivi. Y en a qui dénoncent le Grand Remplacement, et moi je parle du Grand Enrichissement. Et c’est comme ça que ça se passe… »

Un boomer de gauche

Erik Orsenna peut être vu comme la caricature du boomer, cet Occidental qui a pu profiter à fond d’une France florissante et qui lègue aujourd’hui à ses petits-enfants un pays aussi endetté qu’envahi, sans le moindre sentiment de honte ou de culpabilité. Mais l’écrivain est avant tout un homme de gauche qui a adhéré au PSU à l’âge de 17 ans avant de faire une belle carrière dans les hautes sphères et de devenir la plume et le conseiller culturel de François Mitterrand. Un engagement que l’académicien n’a jamais renié. Il y a moins d’une semaine, encore, il s’en prenait publiquement à Vincent Bolloré, comparé à un « ogre » qui détruit tout sur son passage. L’écrivain a notamment pris l’exemple de la chaîne Canal+ qui aurait, selon lui, perdu son âme. « J’étais conseiller culturel de François Mitterrand au moment de sa création [en 1984]. C’était la chaîne de la liberté, de l’insolence, se souvient avec émotion Erik Orsenna. Elle se contente maintenant de diffuser des matchs de foot et du cinéma. »

Ah ! Comme tout serait simple si l’ensemble des médias étaient de gauche !

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 28/04/2026 à 15:00.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

76 commentaires

  1. Je suis stupéfait de voir combien de commentateurs sont « modestement » supérieurs à un académicien !
    Avec, quand même, pas mal de fautes de français … Mais on ne peut pas tout avoir : intelligence et orthographe ! Etre de gauche, ça ne pardonne pas !

  2. Conseiller culturel de Mitterrand… On comprend mieux pourquoi nous en sommes là, à ce point de (presque) non retour… Quelle infamie ! L’âge ne lui dicte pas ses pensées. Celles-ci sont ancrées depuis longtemps en lui, ce sont ses convictions profondes. Il est donc sans excuses car il s’agit de la trahison de l’Occident et de la France.

      • Je suis d’accord avec vous. Néanmoins les convictions ne sauraient être des œillères. Il faut savoir en changer lorsqu’elles se heurtent à la réalité. Il se trouve que très souvent à gauche particulièrement, les convictions tournent le dos au réel. Sauf chez Mélenchon qui est passé d’une conviction laïque affirmée à un soutien forcené à l’islam.

      • Malheureusement, chacun a aussi SA conception de la réalité. Il n’y a pas de vérité universelle,
        ce serait trop simple ! Dommage que votre avis se termine par le petit refrain « obligatoire »
        sur Mélenchon ! (Mélenchon …que je n’apprécie pas spécialement … )

  3. Incompréhensible de la part d’un académicien, comment peut-il prendre les gueux que nous sommes, attachés à leurs coutumes, leur histoire, leur langue, leur identité pour des imbéciles ? Très décevant, heureusement que nous avon s Boualem Sensal pour remonter le niveau !
    PNG

    • « Nous devrions tant à l’Afrique « . Il est vrai que les Voltaire, Diderot, Montesqieu, Balzac, Verlaine, et bien dautres venaient d’Afrique. Quant à la musique, les Bach, Chopin, Schubert, Mozart, Ravel, etc. venaient aussi sans doute d’Afrique.. de l’Est !
      Dites moi, monsieur Orsenna, la sénilité, quelle origine ?

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