« J’emballe, j’emballe… », se vantait Guy Bedos en grattant le dos de Sophie Daumier, dans une séance de drague lourdingue restée célèbre. Petit emballeur, néanmoins, le socialo-atrabilaire n’arrivait pas à la cheville de , le roi de l’emballage, qui vient de le rejoindre dans l’au-delà.

Christo Vladimirov Javacheff est mort, dimanche, à l’âge de 84 ans. Son épouse et partenaire Jeanne-Claude Denat de Guillebon l’avait précédé, voilà onze ans. Sans Jeanne-Claude, pas de Christo, alias générique pour désigner le couple qui œuvrait en commun – la tête et les jambes, en quelque sorte.

Après l’emballement amoureux est venu le temps de l’empaquetage, leur marque de fabrique. Jeune, Christo Vladimirov empaquetait des bouteilles. Il est passé bien vite à une autre dimension : l’œuvre monumentale. Leur art consiste en l’empaquetage de lieux, de bâtiments, de monuments, de parcs et de paysages, dit leur bio commune. « Ils s’intéressent à la structure, à l’usage, à la beauté ou à la dimension symbolique des lieux sur lesquels ils interviennent temporairement, qu’ils “révèlent en cachant”. » C’est un concept gourmand en temps et sans doute en argent. Le gigantisme et l’éphémère, puisque ces emballages ne durent que quinze jours.

Les Parisiens ont tous gardé en mémoire l’empaquetage du Pont-Neuf. Le plus vieux pont de disparut ainsi, le 22 septembre 1985, sous des kilomètres de polyester jaunasse. « Couleur pierre de Paris », dit l’artiste. La note nous livre les secrets de cette haute couture : 40.875 m2 de toile polyamide retenus par 13.076 m de corde et plus de 12 tonnes de chaîne d’acier.

« Empaqueté, ce pont perd toute son histoire et son ancienneté pour devenir une architecture moderne et presque aérodynamique », disent alors les Christo. Le Pont-Neuf réapparaît le 7 octobre après avoir croisé 3 millions de visiteurs, se vantent les promoteurs de la chose, oubliant de décompter ceux qui venaient flâner devant les bouquinistes ou faire leurs courses à La Samaritaine…

Christo a emballé le Reichstag, à Berlin, tendu un rideau en travers d’une vallée du Colorado, barré des rues avec des murs de barils de pétrole… Succès porté par beaucoup de savoir-faire et surtout de faire-savoir, les médias raffolant de son art de la communication.

Faut-il le dire ? Ses installations éphémères coûtent des fortunes. Qui paye ? Mystère. Un mystère qu’on aimerait toutefois pouvoir lever, sachant que nous aurons le bonheur, la gloire et l’avantage de voir l’Arc de Triomphe empaqueté du 15 juillet au 31 octobre 2021.

Initialement prévu pour cet automne 2020, le gros paquet a été différé pour cause de coronavirus malin. Le directeur du Centre des musées nationaux l’a tweeté à la mort de l’artiste : « Nous aurons bien sûr à cœur de réaliser ce projet pour rendre à cet artiste un peu de l’amour immense qu’il a voué à Paris. »

Pour nous préparer à cet événement grandiose, le Centre Pompidou ouvrira, le 1er juillet, l’exposition « Christo et Jeanne-Claude, Paris ! » – ce qui ne nous dit toujours rien, hélas, du financement… mais en cette période où toutes les vannes sont ouvertes, on peut imaginer que c’est, là aussi, « coûte que coûte ».

L’enthousiasme d’ est d’ailleurs à la hauteur : monumental. On le sait, notre Président a le style fleuri voire ampoulé, une tendance certaine à l’emphase. Le décès de l’empaqueteur lui a arraché de grands mots : Christo avait « la folie des grandeurs et le génie de la splendeur », a-t-il écrit, et ses œuvres « transformaient les édifices et les paysages du monde en événements poétiques ». Et d’ajouter : « Faire éprouver la grandeur d’un monument ou d’un paysage, absorber les regards dans le drapé et l’ondoiement de ses étoffes, éblouir par la vivacité et le chatoiement de leurs couleurs : Christo recherchait toujours et partout l’émerveillement. »

Christo va-t-il encore nous emballer ? Réponse dans un an.

À lire aussi

Nouvelle vague sur Lampedusa : pas de pause Covid-19 pour les migrants !

On détecte en nombre des cas positifs parmi ceux qui débarquent… …