Gilets jaunes : Macron est une chance pour la France

Depuis les révolutions bourgeoises, le clivage droite/gauche s’est imposé à la vie politique sur le modèle anglo-saxon selon des règles binaires et instaurant un processus d’alternance. Les puissances d’argent sont les premiers bénéficiaires de cette imposture, dénoncée avec force par Étienne Chouard, où on entretient depuis deux cents ans le bon peuple dans l’illusion démocratique. Les partis de droite ou de gauche, conservateurs ou progressistes, ont ainsi créé un paysage de tranchées où les opposants se regardent en chiens de faïence et la pensée politique s’est transformée, petit à petit, en une masse de gélatine d’une redoutable inertie, sclérosant tout à la fois les capacités de développement, de créativité, d’imagination, mais surtout la soif de liberté et d’indépendance du peuple français. Ceux qu’on appelle aujourd’hui « les élites », hors-sol, planent avec délectation au-dessus des tranchées et ont tout intérêt à consolider cette ligne Maginot intellectuelle dans la tête des Français.

Macron qui, j’en suis de plus en plus convaincu, est une chance pour la France a percé la ligne Maginot par un blitzkrieg politique sans précédent en forme de coup d’État par la force financière et médiatique. Il n’a fallu que dix-huit mois pour que le peuple français réponde à ce blitzkrieg d’en haut par un formidable blitzkrieg d’en bas. Ce réveil est miraculeux car, comme le dit Onfray*, “le ministre de l’Information est dans la tête de chaque journaliste… le peuple est sous perfusion de connerie depuis des années … le peuple a du mérite à ne pas être plus crétin qu’il n’est, parce que vu les crétins qui nous gouvernent médiatiquement, éditorialement, idéologiquement, intellectuellement, spirituellement, etc., il reste un bon sens populaire. […] je crois au génie du peuple.” On peut y croire, en effet, car ce génie, souhaitons-le, va forcer les partis à dialoguer.

Si on arrivait non plus à parler en termes de camps ou de partis mais, comme le faisait Maritain, en termes de sensibilités, un énorme progrès serait franchi pour le bien de ce pays. Je l’ai déjà dit ici, il y a un péché de droite et un péché de gauche, comme il y a des vertus de droite et des vertus de gauche. Chaque électeur est capable, en son for intérieur, de faire cet examen de conscience politique. Peut-être les abstentionnistes en ont-ils une conscience plus aiguë que les autres.

Les gilets jaunes ont une incroyable maturité politique, reconnue de Todd à Chouard et de Finkielkraut à Onfray, et qui surprend tout le monde. Ils ont la force intuitive de ceux qui ne passent pas leur temps dans le narcissisme médiatique. On est surpris, au hasard des micros tendus sur les ronds-points, en écoutant Johan, la trentaine, plein d’assurance décortiquer calmement et sans notes le plus grand casse de l’Histoire qu’a été la privatisation de la dette publique en 1973** (vidéo visionnée près de 900.000 fois en quelques jours !).

Nous vivons la grande Histoire de France en direct et grâce aux réseaux sociaux (qui, pour une fois, trouvent leur vraie fonction sociale) en accéléré et en vidéo sur le vif, chaque manifestant ayant, aujourd’hui, qualité de reporter. Ces réseaux sociaux dont la fonction première était d’abrutir la planète deviennent une arme redoutable dans les mains, les yeux et les oreilles rebelles du peuple français.

Une nouvelle page de l’Histoire de France est en train de s’écrire : celle où les Français sortent de chez eux et de leur torpeur et se parlent à nouveau, par-dessus les partis et les syndicats.

* Vidéo en ligne : « Michel Onfray, Les Français sont opprimés »
** Vidéo en ligne : « Gros malaise sur le plateau d’M6 après l’intervention d’un gilet jaune »

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