Editoriaux - Histoire - 30 décembre 2018

Georges Loinger : disparition d’un grand résistant

Comme beaucoup de héros, Georges Loinger était un homme modeste. Comme beaucoup d’hommes modestes, il s’en est allé discrètement, le 28 décembre dernier, dans sa cent neuvième année. Pour la très grande majorité des Français, il est un homme méconnu, voire inconnu. Pourtant, Georges Loinger a été un grand résistant, pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a sauvé des centaines d’enfants juifs. Ingénieur et diplômé en éducation physique et sportive, il est mobilisé en 1939 dans un régiment d’infanterie avant d’être fait prisonnier pendant la bataille de France. Envoyé dans un stalag en Bavière, il reçoit presque tous les jours, pendant ses sept mois de détention, une lettre de son épouse, qui dirige une maison abritant 125 enfants juifs allemands dont les parents avaient été arrêtés en 1938 en Allemagne.

Celle-ci lui demande de revenir car “il y a des choses terribles qui se passent” 1. Georges Loinger parvient à s’évader à la mi-décembre 1940. Il réussit à passer la frontière en se joignant à un groupe d’Alsaciens qui travaillent régulièrement en Allemagne. Il se réfugie dans sa ville natale, Strasbourg, où il est né dans une famille juive en 1910. Il crée un réseau de résistance dont l’une des activités est de sauver des enfants juifs. Avec sa femme, ils s’installent à Annemasse, près de la frontière suisse, le seul pays à peu près sûr à cette époque. Ils trouvent un stratagème pour faire évader les enfants : organiser un match de football près de la frontière, ce qui permet de faire franchir la frontière à deux ou trois enfants qui rejoignent des maisons de l’Œuvre de secours aux enfants, puis des familles et institutions chrétiennes ou laïques… C’est Georges en personne qui accompagne le plus souvent les enfants. Il fait partie du réseau Garel, à Lyon, très actif entre 1942 et 1944. Sa sœur, Fanny Loinger (1915-1992), est aussi membre de ce réseau. Mais ce n’est qu’après-guerre qu’ils découvriront qu’ils ont travaillé côte à côte sans le savoir.

À la Libération, il reprend ses activités dans le secteur maritime en devenant directeur de la filiale française de la compagnie de navigation israélienne Zim Integrated Shipping Services. Parallèlement, il facilite le passage des rescapés du nazisme en Palestine et joue un rôle important dans l’affaire de l’Exodus (1947), quand ce bateau fait escale en France. Georges Loinger était le doyen des résistants juifs de France. Il était commandeur de la Légion d’honneur, commandeur des Palmes académiques, médaillé de la Résistance, croix de guerre 1939-1945, officier du Mérite de la République fédérale d’Allemagne, citoyen d’honneur de Strasbourg… “Avec lui s’éteint un homme d’exception dont les combats resteront dans les mémoires”, écrit la Fondation pour la mémoire de la Shoah dans un communiqué de presse.

Notes:

  1. www.le-souvenir-francais.fr / Entretien avec Georges Loinger en mai 2018.

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