Proust, prénom Gaspard. J'imagine qu'il figure peut-être sur la liste des personnalités pressenties pour venir un jour « Dans votre salon » grâce à BV. Il appartient, en effet, à ces figures rares pour lesquelles talent et liberté vont de pair. Liberté à l'égard des modes idéologiques - ce qui le fait souvent passer pour réac - mais aussi à l'égard de ses propres fans. Un profil singulier dans le paysage médiatique qui lui vaut certainement d'être accueilli, depuis six mois, dans la matinale de Dimitri Pavlenko, sur Europe 1. Il vient de publier un ouvrage qui reprend ses chroniques, Mea culpa.

C'est pour cette actualité qu'il était, jeudi, l'invité de Léa Salamé, sur France Inter. Un peu l'hommage du vice à la vertu (le vice, c'est l'humour façon Inter, bien sûr, pas Léa Salamé). Un entretien à regarder pour mieux connaître qui est Gaspard Proust. Entre autres bonheurs, sa justification de ses attaques anti-écolos, lui qui est un amoureux de la nature et des sommets. Il cite Dostoïevski : « Une grande idée que vous vénérez saintement récupérée par des incapables », etc.

Grands moments, encore, quand Léa Salamé vient le chercher sur sa participation, en pleine campagne présidentielle, au Grand Débat des Valeurs organisé par Valeurs actuelles. Il assume ce qui est, pour lui, « un acte de liberté » et une prise de risque : « Je ne vis pas pour avoir un bon article dans Télérama. La vie, c'est plus grand, c'est autre chose ! » Son recrutement par la radio détenue par le groupe Lagardère et Vincent Bolloré ? « Vous pensez que c'est Bolloré qui tient mon stylo ? » Et pourquoi le privé et pas le public ? « Je ne veux pas être financé par des gens qui potentiellement ne m'aiment pas. » Tremblement de terre dans les studios de nos médias publics.

Là où Léa Salamé est certainement dans le vrai, c'est quand elle cherche, pour expliquer l'individualisme réac de Gaspard Proust, du côté de l'enfance et de l'adolescence. Etre le petit-fils d'une déportée à Ravensbrück et avoir grandi, d'abord derrière le rideau de fer, en Slovénie (allez écouter ce qu'il dit de sa prof d'histoire communiste là-bas), puis dans l'Algérie des années 80-90 avant de faire une brève incursion dans le monde de la banque suisse, cela vous donne certaines perspectives intéressantes sur le monde actuel.

Cette même semaine, pour sa carte blanche sur Europe 1, il était face à Sandrine Rousseau. Nouveau morceau d'anthologie. Et de liberté, à front renversé. Sandrine Rousseau comme vous ne l'avez jamais vue, enfin débarrassée de tous les oripeaux de son idéologie et de ses délires, mais aussi des attaques de ses adversaires. Sandrine Rousseau enfin humaine. Grâce à Gaspard Proust ! Chapeau, l'artiste !

Et n'oubliez pas de réécouter sa chronique du lendemain, excellent débriefing de l'humoriste sur ce moment Sandrine Rousseau, la muse dont il est tombé amoureux !

Un humour fin, littéraire, poétique parfois, souvent élégant, avec ce qu'il faut d'excès et de vulgarité sans lesquels il n'y aurait pas d'humour mais qui le dénaturent quand ils règnent seuls en maîtres comme trop souvent - notamment sur Inter. Un être rare, talentueux, doué d'une profondeur historique et littéraire qui fait souffler un air de liberté dans un paysage médiatique qui en a bien besoin.

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5 février 2023

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8 commentaires

  1. J’ADORE Gaspard Proust, c’est un artiste !!! dites aux médecins d’arrêter les anxiolitiques et autres cachets et de prescrire du Gaspard Proust d’autant qu' » une journée sans rire est une journée perdue ». Chapeau l’artiste pour ne pas avoir achevé Sandrine Rousseau qui est déjà caricaturale et c’est dommage car elle dit aussi des vérités et, en plus, elle était plutôt sympa (cela montre qu’elle ne se prend pas complètement au sérieux). Ninon

  2. Je me souviens de Proust à ses débuts quand il cotoyait pour se former les chansonniers du feu-Caveau de la République. Il était déjà excellent

  3. Un personnage avec du panache. Magnifique face aux fromages du système et aux mollusques du capital. Enfin de la couleur, enfin du caractère. Un beau parcours ce qui ne gache rien. Il aurait pu être l’associé de Spagiari ou combattant vendeen en 1793. Des gens comme ça il ne faut pas les perdre, ils sont le sel de la vie au milieu de la pourriture ambiante.

  4. Gaspard Proust c’est la grande classe . C’est l’artisanat humoristique face à l’industrielle Foresti et consorts . Et c’est un homme libre pas comme ces humoristes militants à l’image de celui qui était invité récemment chez Salamé pour casser Marion Maréchal ,
    Je l’avais raté à Paris pour un spectacle mi humoristique mi musical qui démontrait toute la culture du monsieur, je l’ai vu par contre dans une salle remplie de gens qui parfois riaient jaune parce qu’avec lui cela part dans toutes les directions . Marine Lepen n’est pas épargnée mais au moins est elle reconnue comme faisant partie du sérail politique à l’identique des autres et son électorat respecté . Un bon point de plus pour le personnage !

  5. Je ne connaissais pas Gaspard Proust , c’est du grand art , moment de rire assuré – Léa Salamé et Sandrine Rousseau en deviennent humaines et sympathiques – double salto réussi

  6. Votre article et les quelques exemples cités m’invite à aller écouter la matinale de Dimitri Pavlenko, sur Europe 1 et de lire son ouvrage reprenant ses chroniques, Mea culpa.

  7. Avec le nombre important de députés, pourquoi avons nous droit à la Rousseau avec autant d’insistance ? Les autres n’ont rien à dire ? Ou bien c’est juste parce qu’elle nous sort des âneries à foison ? En tout cas ça frise l’overdose.

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