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Audio - Coronavirus - Editoriaux - Entretiens - Politique - 13 avril 2020

François Bert, à propos de l’allocution d’Emmanuel Macron : « Énormément de flou ! »

François Bert analyse sans concession la prestation du président de la République. « Il faut que le président de la République passe du guide touristique au chemin ! »

François Bert, pourquoi souhaitez-vous prendre la parole ce soir, après le discours du Président ?

J’aide quotidiennement des dirigeants, publics ou privés, à prendre de bonnes décisions, à juste temps, en écoutant les bonnes choses. En résumé, mon sujet est de discerner pour décider.
Mon souhait est donc de contribuer, par ma réflexion, à la manière dont on peut prendre ces décisions au plus haut sommet de l’État. Emmanuel Macron a parlé de temps long. En effet, la décision a besoin d’être incarnée et non pas soumise aux besoins de communication, au détriment de l’action.

Comment jugez-vous le discours du Président. A-t-il donné l’image d’un chef qui s’adresse à la nation ?

Non, pas du tout. Le « en même temps » tue tout, chez Emmanuel Macron. Dès qu’il est sur un ton enlevé, le fait de vouloir être sur tous les fronts finit par diluer complètement les choses.
« J’aimerais pouvoir tout vous dire et répondre à toutes vos questions, mais c’est impossible. » J’ai trouvé cette phrase particulièrement intéressante, parce qu’elle résume bien, selon moi, la posture d’Emmanuel Macron. La toute-puissance est le manteau doré de l’impuissance. À vouloir se positionner sur tous les plans en croyant qu’on a la réponse à tout, au lieu d’accepter le chemin humble et délicat de la réalité, on finit à côté de l’épure.
Dans cette prestation, il y a des éléments de clarté, il ne faut pas tout jeter. Il y a une date, et nous rentrons dans une phase où les tests vont pouvoir être distribués de manière plus systématique. Une montée en puissance semble s’être également mise en place sur les respirateurs, même si j’attends de voir la mise en œuvre. Il y a cependant, par ailleurs, toujours énormément de flou. Sur les masques, on ne sait pas s’il faut attendre le 11 mai ou pas. Sur les recherches sur la chloroquine, et la décision du Président d’aller rencontrer le professeur Raoult, il n’y a pas eu de réponse. Et enfin, en matière de perspectives d’avenir sur l’indépendance de la France, il y a également un flou important.

Trouvez-vous comme nous que le Président a davantage utilisé la formule « Je souhaiterais » plutôt que des verbes d’action? Le rôle d’un Président n’est-il pas plutôt d’agir ?

Je reviens sur cette question de la toute-puissance du discours qui agit en lieu et place de la possibilité de l’action. Sur le bilan de l’action, il y a eu d’énormes loupés. J’en vois au moins quatre :
– Les masques. Je vous renvoie, dans ce domaine, à vos confrères de Mediapart notamment, et ce mensonge d’État. On a menti pour dissimuler que nous ne disposions pas des stocks nécessaires. Et nous n’avons pas su les renouveler de manière guerrière.
– Les frontières. Les malades auraient dû être confinés en Chine et certainement pas dans l’Oise, sans parler des frontières intra-européennes.
– Les tests. L’utilisation des tests aurait permis de confiner les malades uniquement, plutôt que l’ensemble de la population.
– La gestion des respirateurs. C’est un élément important de la létalité. Il y a 15 jours encore, le privé n’avait pas été mobilisé.

Lorsque le Président dit « J’ai vu, comme vous, beaucoup de ratés », cette esquive nous révèle beaucoup de choses sur sa façon d’agir. C’est bien lui qui était aux commandes. On est donc encore plus dans le souhait que dans l’action.

Tous les Français, ce soir, se sont demandé s’il y avait un pilote dans l’avion et où allait cet avion. Qu’en est-il, selon vous?

À un moment, dans son discours, il dit : « C’est difficile pour tout le monde d’admettre que la pénurie mondiale empêche les livraisons. » Encore une fois, il préfère rejeter la faute sur l’extérieur. On a bien vu la montée en puissance des moyens français, mais sur la manière de diriger, il faut qu’il passe de la carte touristique au chemin. Je veux dire par là qu’il doit arrêter de décrire tout ce qu’il pourrait souhaiter de manière générale avec de beaux mots, pour donner des lignes unidirectionnelles. C’est comme cela qu’on avance, sur un chemin bien constitué, par étapes. C’est comme cela qu’on montre qu’on avance.
Je donnerai deux exemples, sur ce point, qui me paraissent indispensables pour l’avenir : les frontières puis l’indépendance française. Concernant les frontières, dire que l’on confine tout le monde en France d’un côté mais que, de l’autre, on ne ferme que les frontières extra-européennes est un non-sens absolu. Les dates de confinement fluctuent d’un pays à l’autre et, donc, les circulations continuent d’un pays à l’autre. De même, si on parle d’un axe futur, le Président a parlé d’une indépendance agricole et industrielle, une indépendance française sur tout ce qui est disponible à portée de main. Pourtant, en même temps, il nous parle de stratégie européenne. On ne peut pas dire ces deux choses dans la même phrase. Là-dessus, il faut que la direction soit clairement donnée. Ainsi, l’ensemble des services concernés pourront traduire cela en action.
Le temps long se traduit par de petits pas, et non pas par la proclamation de la toute-puissance toutes les heures.

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