Cet article vous avait peut-être échappé. Nous vous proposons de le lire ou de le relire.
Cet article a été publié le 24/12/2022.

L'an passé, nous avions publié cet article en forme de lettre de notre amie Marie Delarue. Un an et quelques jours après, il n'y a sans doute pas grand-chose à enlever ou à ajouter. Jugez-en vous-mêmes...

Monsieur le Président,
Cher Monsieur Macron,

Je m’adresse à vous en ces derniers jours de l’Avent parce que je forme un vœu : qu’ils soient ceux de « l’avant ». L’avant de la renaissance, donnant tout son sens à cette fête.

Vous semblez aujourd’hui, comme le père Noël, disposé aux cadeaux (retour des visas en nombre pour les Marocains, puis pour les Algériens…), alors oui, j’espère un geste de votre part. Et comme je ne veux pas trop demander, je vais me contenter pour l’instant de la justice, et tout particulièrement celle qu’on doit aux victimes.

Certes, il n’est pas élégant de parler de soi, mais si je déroge à la règle, c’est parce que les exemples vivants sont d’un autre pouvoir, comme disait votre ami Corneille.

Voilà donc ma petite histoire, l’une des plus ordinaires dans la France actuelle, aussi bien elle vous dira comme il en va pour les justiciables de ce pays. Depuis bientôt six ans qu’elle dure, j’en ai déjà rapporté quelques étapes à nos lecteurs et je vais les résumer pour vous.

Victime d’un vol avec violence dans une rue de Paris, un soir de février 2017, j’ai laissé sur un trottoir mon sang, mon coude gauche, mon genou droit, un peu de mon crâne, quelques milliers d’euros de matériel et tout ce qu’il me restait d’illusions.

Je vous épargne le récit des heures passées à l’hôpital, les convocations à la médecine légale, celles de la police judiciaire… Une descente était prévue dans la cité du XXe où mon jeune agresseur était repéré, un juge d’instruction devait être nommé, on me tiendrait au courant sans tarder.

Quatre années ont passé. Sans nouvelles. J’ai quitté un Paris que je ne supportais plus pour le soleil, et puis un jour, mon téléphone a sonné. C’était une avocate commise d’office qui m’avisait du passage de mon agresseur devant le tribunal pour enfants, une semaine plus tard, le 5 mai 2021. « Voulez-vous vous porter partie civile ? » Pas le temps de s’étonner : il fallait envoyer dare-dare le dossier.

Le juge avait un rhume, ou le Covid. Bref, pas de procès. Ce serait sans doute pour l’automne suivant.

Arrive le 26 octobre. Nouvelle avocate « au service des victimes », nouveau dialogue surréaliste (voir mon papier du 28 octobre 2021). Pour vous résumer la chose, on m’apprend qu’en raison d’un texte passé en catimini au creux de l’été, je devrai, moi la victime, débourser 360 euros pour couvrir les frais de ladite avocate. Pour obtenir une indemnisation à la hauteur du préjudice subi. « Il faut que vous preniez un avocat et ce sera à vos frais. On peut aussi demander 1 euro symbolique mais ça n’aurait guère de portée pédagogique (sic). Or, il faudrait quand même que ce jeune ait une sanction », me dit-elle.

L’agresseur, mineur au moment des faits et devenu depuis majeur, est passé malgré tout devant le tribunal pour enfants. Tous ses frais pris en charge, bien sûr. Le procès a eu lieu le 8 novembre 2021.

J’ai reçu, le lendemain de l’audience, un mail de l’avocate que je vous communique ci-après :

« Chère Madame,

Le mineur mis en cause dans le dossier a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, mise à l’épreuve sur le plan pénal. L’une des obligations de la mise à l’épreuve est d’indemniser les victimes. Il est possible que le juge de l’application des peines prenne contact avec vous à ce titre. Sur le plan civil, solidairement et in solidum avec ses parents à vous payer la somme de 2.013 € au titre du préjudice matériel et 1.500 € au titre du préjudice moral.

Vous recevrez la décision directement, en principe, et vous pourrez ensuite demander au SARVI de vous indemniser d’une partie des condamnations prononcées.

Vous pouvez de votre côté, munie de la décision, engager des poursuites en recouvrement contre ce jeune qui est maintenant majeur et qui travaille en CDI. Je tiens à votre disposition la copie de sa fiche de paye. »

« Il est possible que »« En principe »… Alors sachez, Monsieur le Président, qu’en ce jour de Noël où je vous écris, je n’ai toujours rien reçu de la Justice française. Treize mois et quinze jours après le jugement, la décision du tribunal n’est toujours pas arrivée jusqu’à moi.

Ne soyez pas étonné, alors, que des Français – comme des affaires récentes l’ont hélas montré – soient tentés de faire justice eux-mêmes.

Joyeux Noël tout de même !

8979 vues

27 décembre 2023 à 16:55

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

46 commentaires

  1. Avant 2012 , avec les avoués , l’affaire était réglée en un trimestre . Mais qui a supprimé les avoués ? Le rapport DARROIS ( rapport en pdf sur internet)

    Jean-Michel DARROIS, avocat, commandeur du 18 mai 2011, grand officier du 29 décembre 2023 (JO du31/12/2023)

  2. Quetion : le laxisme judiciaire en faveur des seuls « Jeunes » (ou des politiciens de gauche) a-t-il figuré à un seul programme électoral de Président de la République, élu ? Si des Juges ont décidé d’appliquer une pollitique pénale sélective, faisait fi de la vie et /ou de l’intégrité physique des Citoyens électeurs sans en avoir référé à personne, ils sont en infraction, et c’est grave pour un Magistrat…..Au lieu d’écrire à Macron il faut persuader un éventuel futur candidat de mettre à son programme, DES SANCTIONS LOURDES contre ces Juges, et l’obligation de rembourser leurs salaires perçus…..Eux si fort pour traquer les emplois fictifs chez les seuls politiques qui dérangeraient leurs actions en cas d’élection, il faut leur montrer qu’on ne les respecte pas

  3. Que dire de plus de cette société à la dérive, qui depuis des années maintenant n’est plus ni conduite ,ni dirigée,simplement manipulée comme un simple objet par une minorité d’incompétents dont le seul but est : leur pouvoir et les attributs,et avantages qui vont avec!!!

  4. Je suis a peu près certain que le président de la République ne lira jamais ce courrier, qui va être mis au panier par ceux qui sont chargés de lire les doléances des Français.

  5. Je n’ai pas d’autre mot à dire sinon que c’est une honte ce truc que l’on ne pourrait décemment appeler justice !C’est révoltant dans tous les sens du terme !

  6. Mais patientez donc, pourquoi tant d’empressement ! Qui a dit « Justice » ? ce machin au service des crapules ; d’ailleurs le Larousse devrait officialiser un nouveau gros mot, celui de justice bien entendu sans le « J  » majuscule.
    Il n’y a rien de bon à attendre de cette institution pervertie et gôôôchisante, vu ce qui est présentement à sa tête…
    Il faut bien d’ailleurs reconnaître que les premières victimes de ce machin sont nos pauvres fonctionnaires de la sécurité publique, les flics.

  7. A ces frais il faut rajouter ce que les contribuables payent pour cette justice pourrie ! N’est ce pas Mitterand qui déplorait « la force injuste de la loi » ?

  8. Pour ma part, ma mère a été agressée deux fois à TARBES par des « inconnus » au bataillon des gens biens, un dédommagement a été créé au titre du « pression doloris »de 12 000 euros, moins l’avocat, donc reste environ 9000 euros.
    Ma mère est décédée, elle n’a jamais touchée cet argent, l’affaire a duré plus de cinq années…….
    Vive la FRANCE !!!! les inconnus étaient évidemment de braves français de papiers comme l’on dit enfin maintenant

Les commentaires sont fermés.