Tout dépositaire de l’autorité publique qui obtient un intérêt dans une opération dont il assure la surveillance commet une prise illégale d’intérêts. Il risque cinq ans de prison et 75.000 € d’amende. Un ministre ou un parlementaire dont l’action fait baisser un impôt se rend, en droit strict, coupable d’un tel délit, d’autant plus qu’il est de tradition que, lors du vote d’une subvention en faveur d’une association, les membres de celle-ci ne participent pas au scrutin. Mais jamais aucune poursuite n’a été engagée sur ce thème, car l’adoption d’un budget deviendrait impossible et seules les hausses des prélèvements seraient légales.

Néanmoins, on peut (moralement) tiquer devant les gains réalisés par quelques membres du suite à la réforme de l’ISF. La plus grande bénéficiaire sera le ministre du Travail Mme Pénicaud. Elle possède 7,7 millions de biens, dont 1,8 million d’immobilier. Elle ne sera plus taxée que sur ses deux maisons et elle paiera, en 2018, 62.000 € de moins qu’en 2017, soit 3,5 années de revenus d’un smicard selon la comparaison démagogique de M. Corbière. M. Hulot gagnera, lui, 8.500 € et Mme Nyssen 3.000 €. Mme Pénicaud minimise le montant de la ristourne obtenue et, pour éviter la polémique, annonce qu’elle va investir la somme économisée dans un fonds qui soutient l’ sociale et solidaire. Ce placement sera peut-être éthique, mais l’argent ne sera pas dépensé à perte et elle récupérera sa mise avec, sans doute, des bénéfices (sinon, les gestionnaires du fonds sont nuls). De plus, elle affirme soutenir avec son argent personnel de artistes, ce dont on ne peut que la féliciter.

Que penser de tout cela ? Pour ma part, je trouve ces reproches d’enrichissement personnel un peu malsains et populistes. La réponse de Mme Pénicaud, obligée de préciser ses sociales, me met fortement mal à l’aise. Doit-on toujours culpabiliser les riches ? Pour moi, l’essentiel est que tout soit déclaré et public, que rien ne soit occulte ou trouble (comme le salaire de Mme Fillon). Ensuite, ceux qui sont visés par ces reproches occupaient dans le « civil » des fonctions importantes dans des sociétés. Ils percevaient souvent des revenus conséquents. Par exemple, Mme Pénicaud gagnait quatre fois plus en 2016 et avait nettement moins de travail. Quelques ministres (pas la majorité, mais une forte minorité) ont fait preuve d’une forme « d’abnégation » en acceptant leur fonction. On peut, bien sûr, s’indigner et trouver injustifiés les salaires perçus par une poignée de cadres supérieurs.

Enfin, être ministre n’apporte guère d’avantages une fois qu’on a été éjecté du gouvernement. Quelques membres du cabinet précédent sont chômeurs et ont un revenu à peine supérieur au SMIC. L’un prétend même qu’il est prêt à accepter n’importe quel poste et même à vendre des pizzas. On verra si ce sont des paroles en l’air.

Pour revenir à Mme Pénicaud, rassurons-nous : lorsqu’elle ne sera plus ministre, elle ne sera pas obligée de devenir pizzaïolo !

4 janvier 2018

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