Fabien Di Filippo : “Cela dénote certains préjugés, notamment dans la gauche communautariste”

Fabien Di Filippo, député de Moselle, réagit aux derniers propos du député LREM Aurélien Taché, comparant le voile islamique au serre-tête porté par certaines fillettes catholiques.

Aurélien Taché a comparé le voile islamique et le serre-tête prétendument catholique. Cette comparaison en a choqué beaucoup. Est-ce votre cas ?

Oui, bien sûr. Je suis choqué pour deux raisons.
Je suis tout d’abord choqué par l’idiotie du propos. Il est évident que le serre-tête, par ailleurs porté par beaucoup de femmes, n’a aucun caractère religieux. Cela dénote certains préjugés dans la gauche communautariste.
Je suis également choqué par cette façon de défendre des valeurs multiculturalistes et communautaristes. Or, on se rend compte aujourd’hui que le développement de ces valeurs en France pose de réels problèmes.

Cette remarque faisait écho à la polémique sur le hijab sportif. Certains s’y sont opposés et, devant la pression d’Internet, Décathlon® a fait marche arrière. Quelle est votre opinion sur ce vêtement ?

Je pense qu’il y a, actuellement, un mouvement sur l’égalité homme-femme qui se développe dans tous les domaines. De façon générale, c’est plutôt une bonne chose.
Il y a donc un débat sur la liberté de la femme à porter ce vêtement. S’agit-il d’un moyen d’asservissement ? Je rappelle que les hommes ne portent pas de foulard, dans la loi islamique.
Le sport, c’est bon pour la santé, c’est bon pour l’épanouissement. Une femme, dans la société d’aujourd’hui, doit pouvoir faire du sport sans forcément devoir se voiler.

Sur un autre sujet, ne pensez-vous pas que les propos de François-Xavier Bellamy sur sa plus grande proximité avec Juncker plutôt qu’Orbán et qu’Emmanuel Macron plutôt que Marine Le Pen est le révélateur d’un problème de ligne politique sur les questions européennes au sein de votre famille politique ?

Je m’inscris en faux avec cette idée. On ne peut pas, ainsi, isoler une déclaration de tout ce qu’il y a derrière. J’ai été heureux d’accueillir François-Xavier Bellamy en Moselle, dans un territoire qui est au cœur de l’Europe. Le sens du message est de dire que si on veut sauver l’Union européenne, il faut totalement la refonder.
Nous ne sommes plus à un moment où il faudrait fonder un Marché commun avec des normes commune, qui d’ailleurs nous étouffent. Aujourd’hui, pour construire la paix, il y a des défis bien plus importants et différents qui frappent à notre porte. L’Union européenne doit nous permettre de les surmonter collectivement si elle veut perdurer. Je veux parler du défi migratoire, du défi économique face aux protectionnismes américain et chinois, et du défi de notre identité et de nos valeurs communes face à l’idéologie islamiste. Cette guerre idéologique est probablement la guerre la plus difficile à gagner. L’Europe doit revoir ses priorités et faire de ses défis l’avant-garde de son action.
Ces idées-là, je les porte tout comme les portent Les Républicains et François-Xavier Bellamy, sans aucune ambiguïté. Le Rassemblement national veut déconstruire l’Europe, quoi qu’il en dise, même s’il court après Les Républicains pour s’acheter une crédibilité. Il n’y parvient pas puisque ses alliés veulent complètement déconstruire la construction européenne. Cela aboutirait à une multitude de Brexit dans chacun des pays. De l’autre côté, il y a Emmanuel Macron qui plaide pour davantage de fédéralisme bruxellois. On peut regarder à la marge, au millimètre, le nombre de points qui nous conviennent, mais la vérité est qu’aucune des deux voies ne porte un avenir pour l’Europe. Les deux sont tout aussi mortifères.
D’un côté, Emmanuel Macron se voit le grand leader d’une Europe encore plus élargie vers les Balkans et d’autres pays. Ce fédéralisme et cet élargissement seraient une catastrophe. On constate déjà que l’Europe a trop de pays, et qu’elle est trop hétérogène économiquement et socialement pour bien se construire.
De l’autre côté, il y a ceux qui veulent exploser complètement l’Union européenne et replier la France sur elle-même. Cela posera un certain nombre de problèmes pour affronter les défis que j’évoquais avant et pour poursuivre notre développement économique.
Il faut une Europe qui respecte les nations, c’est sûr. Mais surtout, il faut une Europe qui soit très forte sur la défense de ses frontières, de ses marchés et de son identité. Nous n’avons rien dit d’autre que cela !

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