Editoriaux - International - 22 septembre 2018

Éric Zemmour est-il sioniste ?

Eric Zemmour est un esprit indépendant, courageux, réellement libre. Il n’est pas un simple journaliste, mais un intellectuel qui possède une vaste culture historique, politique et littéraire. S’il est attaqué, il sait se défendre. S’il attaque, il le fait parfois en invectivant son interlocuteur ou interlocutrice. Natacha Polony et Hapsatou Sy en savent quelque chose, même si cette dernière a profité de la dernière polémique en date pour organiser une riposte médiatique qui participe d’une montée aux extrêmes et d’une rente de situation. Quoiqu’on pense des arguments de Zemmour sur l’assimilation, la démagogie n’est pas forcément du côté de celui/celle qu’on croit. Mais, là n’est pas l’essentiel. En effet, il faut revenir au fond et discuter les thèses de Zemmour avec sérieux et honnêteté.

Pendant très longtemps, Eric Zemmour ne s’est pas véritablement prononcé sur le conflit israélo-palestinien. Il accusait même Bernard- Henri Lévy d’être « Zola à Paris et Barrès à Tel-Aviv ». Il considérait que ce conflit ne nous regardait pas, sans se rendre compte que cette neutralité axiologique ne pouvait que faire le jeu des dominants (les colonisateurs israéliens) contre les dominés (les autochtones Palestiniens). Islamophobe revendiqué, il cautionnait la stratégie sioniste du Choc des civilisations (sans se rendre compte notamment qu’Israël soutenait les djihadistes de Syrie) Puis, il a glissé peu à peu vers un sionisme modéré certes, mais ascendant.

« Je pense qu’Israël, a pu s’exclamer Eric Zemmour au micro de Radio Courtoisie en 2011, a une pratique de la souveraineté qui est exactement celle qu’avait la France pendant des siècles, c’est ça qui m’intéresse, c’est-à-dire une défense farouche de sa souveraineté, comme la France jusqu’au général de Gaulle, et qu’ils n’hésitent pas à employer la guerre comme moyen de défendre une politique et une souveraineté, exactement comme l’a fait la France pendant mille ans, c’est ça qui m’intéresse. Et je pense que le rapport complexe des Français vis-à-vis d’Israël vient de là. Moi je pense toujours l’armée israélienne, c’est 1792, c’est le peuple en arme qui se bat avec les généraux de trente ans qui discutent et tutoient les soldats (…) Je pense que l’armée des Français de 1792 à 1805, c’était ça, exactement la même chose (…) Les Israéliens ont été installés sur une terre où il y avait déjà des gens, je dis des gens parce que je ne dis pas un peuple, vous savez bien un peuple il faut un sentiment d’appartenance et un destin commun qui n’existait pas chez les Palestiniens de 1948, puisqu’ils se sentaient arabe et c’est tout… ».

Et depuis alors ? Selon Zemmour, l’État d’Israël possède l’immense qualité de défendre sa souveraineté nationale-étatique et de faire encore de la politique dans un monde dominé par l’économie. Mais, il oublie que les résistants palestiniens font de même dans le sens opposé. D’ailleurs, comment Zemmour peut-il être contre l’immigration en France, mais pas en Palestine ? Doit-on lui rappeler que le sionisme est une idéologie d’exportation qui s’est transformée en une pratique d’exclusion de ses ressortissants ?

Au printemps dernier, Zemmour est allé plus loin en approuvant les tirs israéliens sur les manifestants de Gaza durant leur “marche du retour”. Selon lui, Israël ne faisait que défendre ses frontières contre les « terroristes » du Hamas. Un peu court ! Pourquoi le terrorisme d’État pratiqué par Israël ne paraît-il pas l’offusquer ? Qui est l’agresseur en titre ?

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