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Editoriaux - Table - 3 juillet 2017

Emmanuel Macron : “Ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien…”

“En même temps”, se voulait Jeanne d’Arc et Steve Jobs ; “en même temps” héros d’Uber et héraut du Puy du Fou. Bien vu : il a fait carton plein chez les bobos de gauche et les cathos de droite, flattant le hispter dans le sens de la barbe et caressant la rosière dans celui du jupon.

On ne saurait, pourtant, longtemps cacher sa véritable nature et éternellement dissimuler le côté vers lequel, vraiment, l’on penche pour de vrai. Ainsi, lors d’une visite dans le temple parisien d’une modernité aussi triomphante que mondialisée, la Station F, plus grande incubatrice de start-up au monde – jadis connue sous le nom de Halle Freyssinet, puisque longtemps propriété de la SNCF et désormais celle de Xavier Niel (Mister Free) -, Emmanuel Macron a cru bon d’assurer, devant une assistance passablement maraboutée : “Vous aurez appris dans une gare. Et une gare, c’est un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien.”

“Les gens qui ne sont rien…” L’actuel Président se vante d’avoir été, un temps, l’assistant du philosophe Paul Ricœur. S’il avait été plus réceptif à la pensée du grand homme, il aurait au moins dû apprendre à faire le distingo en « l’être » et « l’avoir », entre les gens qui ne « sont » rien et les gens qui « n’ont » rien ; la nuance n’a rien d’anecdotique.

À l’en croire, les gens qui « n’ont » rien ne « sont » donc rien. À le comprendre, si saint François d’Assise « n’avait » rien, ou si peu, c’est donc qu’il « n’était » que peu de chose ; même si, croit-on savoir, deux basiliques édifiées à Assise tendraient plutôt à démontrer le contraire… Mais qu’est-ce qu’une « basilique » pour Macron, si ce n’est un éventuel « hub » ouvert aux quatre vents, vestige de temps révolus pour touristes ayant plus vocation à être tondus dans « l’avoir » que convaincus dans « l’être » ?

Évidemment, cette phrase macronienne n’ayant rien d’un « dérapage », puisque exprimant la pensée profonde d’un Jupiter ayant négligé de lire Aristote, a eu tôt fait de faire twister les réseaux sociaux, principalement à droite (Thierry Mariani) et à la droite de la ni gauche ni droite (Florian Philippot), lesquels pointent du doigt, et ce, non sans raison, un indubitable mépris de classe.

Mais, autrement plus inquiétant, et finalement plus éclairant, voici résumée, non point seulement la pensée macronienne, mais celle de l’actuel système de pensée dominant : on « est » parce que l’on « a ». C’est l’univers dans lequel nous vivons, monde que nous subissons tous de manière plus ou moins consentante, mais qui ne saurait nous faire oublier qu’à la fin des fins, au moment de passer dans un autre monde, pour secourir âme en possible perdition, le secours de ceux qui « sont » et non point de ceux qui « ont » demeurera toujours plus rassurant à plus ou moins long terme. Sauf si, le pire étant toujours susceptible de se révéler certain, monastères et séminaires ne se retrouvent un jour prochain cotés en Bourse.

PS : à l’heure où ces lignes s’apprêtent à l’être – en ligne -, nous apprenons qu’un jeune forcené, qui « n’était » rien, entendait pourtant « avoir » son heure de gloire en faisant un carton sur un Emmanuel Macron qui serait bien inspiré de réfléchir sur le fait qu’on « est » aussi avant « d’avoir » été. Philosophie de la misère et misère de la philosophie, tel que jadis rétorqué par Pierre-Joseph Proudhon à Karl Marx…

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