Dimanche 26 janvier 2020, lors de l’élection visant à élire le conseil régional de l’Émilie-Romagne, au nord-est de l’, le candidat du parti démocrate et de sa coalition de gauche a vaincu la candidate de la Ligue et de sa coalition de droite par 51 % contre 44 % des voix ; les médias s’en sont chaudement félicités en titrant, notamment, sur la défaite cinglante infligée à . En réalité, il s’agit là d’une victoire en trompe-l’œil qui pourrait préparer la chute du gouvernement italien de Giuseppe Conte.

Certes, la victoire de la gauche est incontestable, surtout si on la compare aux résultats des dernières élections européennes où la Ligue de Salvini avait devancé le parti démocrate ; la presse a donc beau jeu de fanfaronner en affirmant que le mouvement des Sardines, « une vague de manifestations pour dire non à l’extrême droite », parti de Bologne, la capitale de la région, en janvier 2020, a réussi à mettre un coup d’arrêt à la tentative de reconquête du pouvoir par Matteo Salvini. Mais pour quatre raisons au moins, ces fanfaronnades sont infondées.

La première raison, c’est que l’Émilie-Romagne est un bastion historique de la gauche italienne. Lors des premières élections régionales en 1970, la coalition de gauche avait déjà réalisé ici son meilleur score national, un peu au-dessus de 50 % des voix, et lors des dernières élections en 2014, la coalition était encore à ce niveau. La victoire de 2020 n’a donc vraiment rien d’inattendu. La deuxième raison est que le candidat du parti démocrate, Stefano Bonaccini, était le président sortant et une des rares personnalités vraiment respectées au sein de la gauche italienne. Il s’agit donc, en partie, d’une victoire personnelle déconnectée des enjeux nationaux.

La troisième raison, c’est que la victoire de Bonaccini est due à la très forte mobilisation des grandes métropoles cossues de l’Émilie-Romagne : Bologne, bien sûr, mais aussi Parme, Ravenne, l’ancienne capitale de l’Empire romain d’Occident, ou encore la clinquante station balnéaire de Rimini, sur l’Adriatique. Le parti démocrate a donc surtout confirmé qu’il était devenu le grand parti de la bourgeoisie urbaine et que « les sardines » était l’exact opposé des gilets jaunes, à savoir un mouvement de jeunes privilégiés des centres-villes. Pas sûr que cela soit un avantage pour les scrutins à venir.

Enfin, si on observe les dynamiques, il s’avère que la coalition au pouvoir à Rome – l’alliance improbable entre le parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles – est la véritable perdante de la soirée du 26 janvier. En effet, la candidate de La Ligue a progressé de 15 points depuis les précédentes élections, la coalition démocrate a stagné et le Mouvement 5 étoiles a subi une cuisante défaite, avec à peine 3,5 % des voix. Une vingtaine de députés du mouvement, mécontents de l’alliance contre-nature avec le parti démocrate, ont déjà quitté leur groupe, poussant le leader du mouvement Luigi Di Maio à la démission, le 22 janvier, et si le résultat désastreux du 26 janvier entraînait encore 4 ou 5 défections, le gouvernement italien serait menacé.

Si on ajoute à cela que la droite italienne a écrasé la gauche dans un autre de ses bastions, la Calabre, où le candidat sortant de gauche a vu son score divisé par deux – mais ça, on n’en parle beaucoup moins dans la presse française -, il est clair que si Matteo Salvini n’a pas connu un triomphe romain, il n’a pas non plus subi la défaite cinglante que l’on nous décrit.

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