Editoriaux - Justice - 17 mai 2017

Édouard Philippe, « un pote de droite » pas si transparent que ça…

Macron est formidable. Il éprouve des difficultés à débaucher à droite pour faire sa petite start-up de quinze « potes » ? C’est par souci de « transparence » ! Il s’agit de patiemment vérifier leurs déclarations à la HATVP, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Et les Français poussent des « Ah ! Oh ! Que c’est beau ! » Qu’est-ce qu’elle aura été utile, l’affaire Cahuzac ! Création du PNF destiné à sauter sur un candidat de droite qui avait des chances de l’emporter. Et aussi de cette Haute Autorité qui a validé sans broncher les déclarations à ellipses du candidat Macron, aujourd’hui Président.

Sauf que cette HATVP, elle n’avait pas vraiment validé celles de M. Édouard Philippe, notre nouveau Premier Ministre d’un gouvernement “plus transparent que moi, tu meurs”. Elle lui avait même attribué un « blâme » pour ses refus de répondre et de se plier aux obligations que les lois Ayrault d’octobre 2013 imposent aux parlementaires.

Certes, en tant que Premier ministre, il aura deux mois pour rendre ses nouvelles copies. Et, donc, on devrait pouvoir lire ses versions « retravaillées » d’ici le 15 juillet. Et l’on sait que la HATVP sait être un correcteur très compréhensif, même pour ses mauvais élèves…

C’est Mediapart qui a révélé qu’Édouard Philippe faisait partie de cette « poignée » (tiens, il aime bien se retrouver dans ces petites minorités agissantes, notre Édouard) de parlementaires (23 sur 1.048 entrants ou sortants) montrés du doigt par la HATVP pour ne pas avoir satisfait à leurs obligations de déclaration.

D’abord, il avait rendu une déclaration incomplète. Omission. On connaît. Et il avait même indiqué qu’il n’avait “aucune idée” de la valeur de son appartement parisien, “aucune idée” non plus de celle de ses biens de Seine-maritime et d’Indre-et-Loire. C’est vrai, quand on a beaucoup de maisons ici et là, difficile de se tenir à jour du prix du m2 ! Pour vous et moi, c’est compliqué et le fisc ne plaisante pas avec vos hésitations. Alors, imaginez pour un énarque et un élu, comme cela doit être difficile…

Certes, par cette mauvaise volonté mise à remplir sa déclaration, M. Philippe était cohérent avec son vote contre les lois « Cahuzac » d’octobre 2013. Mais la HATVP ne lui en a pas tenu rigueur puisqu’elle n’avait pas décidé d’activer l’article 40 du Code de procédure pénale, et de transmettre le dossier à la Justice, comme elle l’a fait pour d’autres parlementaires.

Mais M. Philippe est aussi fâché avec la transparence pour ce qui concerne ses revenus. Il a refusé de les dévoiler à la date de son élection comme député, et pour les cinq années précédentes, dans sa « déclaration d’intérêts et d’activités » également exigée par la loi, afin de prévenir d’éventuels conflits d’intérêts. Un peu d’Édouard Philippe dans le texte ?

Je ne suis pas certain de comprendre la question. Vous voulez connaître mon taux horaire au jour de l’élection ? Ma rémunération mensuelle moyenne ? Annuelle ?

Non, le total des millions suffira, cher Édouard…

En face de sa période en tant que “directeur des affaires publiques d’Areva (2007-2010)”, il n’avait mentionné aucun chiffre…

On peut penser ce que l’on veut de cette quête hystérique de transparence, cette bonne conscience que la gauche s’est achetée à bas prix grâce à Cahuzac. On peut même refuser de s’y plier comme M. Philippe. Mais alors, il ne faut pas se présenter comme le héraut de cette transparence érigée en nouvelle valeur supérieure de la République macroniste.

Mais, surtout, dans les derniers jours qui vous restent pour remplir votre déclaration d’impôts, en cas de difficulté sur vos revenus ou votre patrimoine, une seule formule : “Aucune idée !”

À lire aussi

Anémone : cette autre face, cet autre film

Depuis cette révélation, je n'ai jamais plus entendu cette comptine dans l'insouciance, ni…