[EDITO] Yaël Braun-Pivet veut faire un sort à ce « truc » « pas sain » qu’est l’héritage

La Macronie cherche de l’argent partout. Elle furète, soulève les matelas, fouille les bas de laine sous les cadavres.
Capture d'écran @France2
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C’est un tic, c’est un toc, c’est un vice, c’est une marotte, c’est une manie ! Yaël Braun-Pivet est repartie, tonitruante, à l’assaut de « l’héritage » : « C’est le truc qui vous tombe du ciel, il y a un moment où cela suffit », a-t-elle lancé, à l’emporte-pièce, ce mercredi 15 octobre, sur le plateau de France 2. Il faut « taxer les héritages » car, ajoute-t-elle, « ce n’est pas sain ».

La Macronie cherche de l’argent partout. Elle furète, soulève les matelas, fouille les bas de laine sous les cadavres à peine froids. Roland Lescure annonce d’ores et déjà une hausse d’impôts de 14 milliards (en rendant, par exemple, 200.000 foyers fiscaux, jusqu’ici exonérés, imposables à l’impôt sur le revenu par le biais du gel de barème… Nienvenue à ces nouveaux Nicolas et, surtout, bon courage !). Ce n’est pas si mal, mais ce n’est pas encore assez, pour la présidente de l'Assemblée.

Rétropédalage

Déjà, le 2 septembre, sur l’antenne de France Inter, elle affirmait vouloir faire « bouger sur la fiscalité des hauts patrimoines », « engager des travaux sur la question des transmissions de patrimoine ».

Hier, elle a donc récidivé. Yaël Braun-Pivet ne le sait peut-être pas, mais elle est devenue LFI : ce qu’elle développe est peu ou prou la théorie de l’économiste d’extrême gauche Thomas Piketty.

La saillie irréfléchie a fait réagir. Par son ton, tout d’abord, méprisant : « ce truc », c’est la sueur sur le front de feu vos parents. Certes, il tombe bien du ciel - en tout cas, de l’avis des croyants. Un professeur de droit fiscal à l’université de Rouen, Frédéric Douet, a résumé d’une phrase lapidaire, son projet : « J’irai taxer sur vos tombes », comme Boris Vian allait cracher. Éric Ciotti parle, lui, « d’impôt de la mort ». Un peu de respect, a minima, avant de faire les poches des macchabées.

Sur X, même Julien Courbet a réagi : « Ma maman, qui avait la maladie d’Alzheimer, durant les rares moments de lucidité qu’elle avait, n’avait qu’une obsession : savoir s’il y avait un peu d’argent sur son compte pour ses enfants. Taxez-moi sur mon gros salaire, c’est plus juste, pas la transmission. »

L’émotion a été si forte, sur les réseaux sociaux, que Yaël Braun-Pivet a été obligée de se justifier, sur LinkedIn, pour calmer le jeu. Elle prétend ne vouloir s’occuper que des super héritages. Où commence le super ? Là est la question. On connaît le refrain, on nous l’a déjà chanté mille fois, notamment avec la CSG : on pose le principe, puis on abaisse tout doucement le curseur.

Elle parle, écrit-elle, des « héritages rebond », l’accumulation au fil du temps, depuis les grands-parents, qui pour elle n’est la sueur de personne. Bah si, pourtant, c’est la sédimentation du travail (qui peut être aussi de l’habileté à bien gérer ses biens, ce n’est pas interdit) de toutes les générations.

Notons, au passage, que Yaël Braun-Pivet vit elle-même au Vésinet - on est autorisé à le dire, ce n’est pas un mystère, puisqu’elle l’a précisé elle-même dans ses diverses professions de foi. C’est là qu’elle a donné un cadre de vie confortable à ses enfants, car elle est une bonne mère qui veut le bien de sa progéniture, comme tous les parents. Qu’écrit Le Parisien, au sujet du Vésinet ? C’est la ville la plus bourgeoise des Yvelines, le revenu fiscal des ménages par département y est le plus élevé, plus haut qu’à Versailles ou à Saint-Germain-en-Laye. Il y a beaucoup d’espaces verts, de résidences de luxe et d’hôtels particuliers XIXe. En plus, c’est bien desservi. C’est l’aisance de leurs parents qui permet aux cinq enfants de Yaël Braun-Pivet d’en profiter. Tant mieux pour eux, ce n’est pas de l’argent volé. Mais on peut dire que ces enfants sont des héritiers. Un héritage anticipé, d’une certaine façon, mais un héritage quand même.

Tous les grands-parents, les parents, veulent faire hériter leurs enfants et leurs petits-enfants, poser une petite pierre pour leur faire la courte échelle. Ça leur donne même du cœur à l’ouvrage, pour travailler quand c’est dur et ingrat.

Impôt au cube

François Bayrou, souvenez-vous, avait demandé à « la génération des boomers [d’être avec lui] pour faire baisser la dette des plus jeunes ». La succession, c’est bien cela. Il faudrait, pour rendre ce transfert vertical encore plus efficace, annuler les droits de succession. Et voilà qu’on parle de les taxer un peu plus !

On ne résout cette aporie qu’en modifiant l’hypothèse de base : « l’effort » que l’on demande aux boomers n’a pas vocation à enrichir leurs descendants. Cela servira, par exemple, aux deux milliards que coûte l’accord franco-algérien - il faut bien trouver l’argent quelque part.

Que la France soit l’un des pays les plus taxés au monde, que, sondage après sondage, les Français se révèlent très opposés à tout cela (77 % jugent cet impôt injustifié et 84 % souhaitent que les parents transmettent le plus de patrimoine possible à leurs enfants) importent peu. Que des pays sortant de l’ornière comme l’Italie, alors que leurs droits de succession sont quasi nuls, non plus.

Rappelons que l’argent du défunt a déjà été taxé avec l’impôt sur le revenu et les droits de mutation au moment des ventes immobilières, par exemple. C’est donc de l’impôt au cube. C’est ici que le « il y a un moment où cela suffit » pourrait trouver son sens.

Paradoxalement, d’ailleurs, ce n’est en général pas pour les plus fortunés - même s’ils sont très taxés - que la succession est la plus déchirante. Car ils ont le plus souvent un patrimoine équilibré entre immobilier et valeurs mobilières ou liquidités qui permet aux enfants de s’acquitter des frais de succession sans être acculés à vendre. Il n’en va pas de même des classes moyennes qui ont investi toutes leurs économies dans la maison de leur vie. Leurs enfants, même s’ils sont très attachés à ce lieu dans lequel ils ont grandi, n’auront pas d’autre choix que de la vendre, la mort dans l’âme.

La philosophie sous-tendue pour l’héritage sonnant et trébuchant est la même que pour les autres types d’héritage. La France a été construite, cultivée, labourée, préservée dans ses contours et ses mœurs au prix du sang de nos ancêtres, mais on nous somme de considérer que cet héritage ne nous appartient pas en propre.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

247 commentaires

  1. Très bon article qui fait le tour de la question et dont l’épilogue est tout à fait juste , à une époque où on ne veut nous arracher à notre passé pour faire de nous des « zombies « hors sol ?condamnés à errer d’un pays à l’autre pour trouver ce qui n’existe plus en France .
    Je n’ai hérité de rien sinon du passé de mes parents mais j’aurais bien voulu bénéficier de ce coup de main providentiel que peut être un héritage pour ne pas tomber dans certaines galères . Après les héritages ne sont pas toujours des cadeaux .
    On peut hériter d’une maison sur l’ile de Ré et avoir été assujetti à l’iSF du fait que toute l’intelligentsia socialiste a eu la mauvaise idée d’installer leur villégiatures sur cet endroit sur lequel ils ont eu la mauvaise idée de jeter leur dévolu , et faire monter le prix au mètre carré en interdisant aux jeunes de rester au pays et participant en cela à la spéculation immobilière .
    Lorsque l’on a des enfants aujourd’hui vue la situation d’une France des incertitudes concernant son avenir ,c’est de la provocation de taxer la transmission de biens immobiliers sachant que cela ne va rapporter que 1 pour cent d’impôt.
    On fait des comptes d’apothicaires pour récupérer çà et là des fonds pour assurer le budget alors que l’on aurait tans à faire du côté des dépenses et en premier chef celles liées peu ou prou à l’immigration et aux contraintes que nous nous sommes imposés envers l’Algérie , comme vous le signalez fort justement , auquel je rajouterais l’incongruité qui fait que les personnes de double nationalité ,sous assistanat social , arrivent à envoyer des fonds au pays , pas toujours pour aider leur famille mais souvent pour acquérir des biens immobiliers d’où une double spoliation pour la France; celle de payer des prestations sociales et de ne pouvoir récupérer d’argent sur les fonds investis au Maghreb ou ailleurs . Le mot « immigration » n’a pas été employé par monsieur Lecornu mais c’est pourtant l’éléphant dans le couloir que l’on ne veut pas voir, qui nous coûte un bras et que les dirigeants veulent continuer à financer coûte que coûte , parce que « c’est son projet » , et que l’on a peur des conséquences de fermer le robinet à dépenses sociales qui ne profitent que marginalement aux français qui bossent , mais leur coûtent extrêmement cher !
    On est loin de tout cela au Vésinet, ce ne sont que des soucis de « sans dents » !

  2. Nous sommes redevenus des serfs , taillables et corvéables à merci au profit des malades qui nous dirigent .Bon sang ils vont se décider quand sur un programme commun qui ferait fi de leurs ambitions personnelles , ont ils l’esprit aussi étroit que certains le démontrent sur les étranges lucarnes .

  3. Il n’ a pas lieu de s’étonner, elle est socialiste et fait partie de ceux là même qui n’ont que le mot impôt à la bouche ! Se souvenir de M Thatcher, « Le socialisme ne dure que jusqu’à ce que se termine l’argent des autres ».

    • D’ailleurs la maxime est juste qui dit qu’un gauchiste c’est une personne qui veut taxer la réussite pour financer ses échecs , on pourrait tout aussi bien l’attribuer à un ex dirigeant socialiste avec le bilan qu’il aurait à son passif pour ce qui est de la gestion de la France . Socialisme dont Macron se revendique et dont il est pour le coup , le digne héritier !

  4. Dans cette France du XXIe siècle, tout a été fait pour que l’héritage soit devenu une notion honteuse, voire taboue ; se réclamer d’une famille à la généalogie centenaire, se dire enraciné, avoir du vocabulaire, connaître ses classiques de Molière à Flaubert ou à Astérix, respecter les règles, coutumes et traditions du pays, reconnaître, voire participer aux fêtes, car elles font partie de l’histoire millénaire du pays, oser tout ceci ouvertement, c’est clairement prendre le risque de se faire traiter de réactionnaire d’extrême-droite ou de facho, de se faire ostraciser ou pire.
    L’héritage est maintenant âprement combattu : la génération qui a été élevée sans, à laquelle on a répété qu’il était honteux, à celle qui fut montré qu’hériter était sale, cette génération a accédé maintenant aux responsabilités.
    Or, un pays qui condamne l’héritage, et notamment culturel, est un pays destiné à disparaître. Un pays qui ne comprend pas qu’héritage et capitalisme censé ont tout à voir l’un avec l’autre, et que le rejet de l’un amène au rejet de l’autre et à la misère de tous, est un pays sans racines, un canard sans tête, un pays foutu.

  5. Étrange, K74 ne met pas son grain de sel pour nous prouver qu’il a raison ? Sûrement qu’il doit être à court d’argument valable.

  6. En Espagne, pas de droit de succession. Là l’UE au lieu de pondre que des conneries, pourrait régulariser. Idéologie ou délire de puissance, Mme Braun Pivet me fait souvenirs de Mme Wargon et de l’idéologie de Mr Swarbe : « vous n’aurez plus rien et vous vivrez heureux ». Base du futur prévu ?

    • Renseignez-vous, avec un système de plus vague qui croît avec les années de possession d’un bien et qui plafonne à 25 ans, assorti de frais de succession et notariés non négligeables, l’Espagne n’est pas un pays de cocagne fiscal.

  7. Cette femme semble ignorer que l’Etat prélège des droits de succession pouvant atteindre 60 % ce qui , à mon sens, est une forme de taxe. En italie, ces droits sont de l’ordre de 5%, cela préserve les biens familiaux sans ruiner le pays. Que veut cette femme ? Arriver à niveler par le bas toute économie familiale afin qu’ils puissent, dans leurs bureaux de ministres, profiter d’un maxmum de confort ? Un peu de décence ne leur ferait pas de mal ! Elle devrait s’informer auprès de M. Laurent FABIUS, ex-1er ministre, qui a fait voter une loi portant sur l’impôt sur la fortune en excluant les oeuvres d’arts de son montant. Pas si bête, son père n’était-il pas un anticaire notoire fortuné ? Il ne faudrait pas tout mélanger … Mme Braun-Pivet devrait réfléchir avant d’annonscer une énormité. L’intelligence ne fait pas partie de son héritage.

    • Alors qu’ils cherchent leurs niches fiscales, s’attaquant aux aides ménagères, par exemple, moi qui suis handicapée je vais faire comment ?
      Les tableaux de fabius et sa caste par compte, rien !!!
      Les gauchistes ont le chic pour préserver leur intérêts et nous pourrir la vie

  8. taper sur les héritages ça fallait encore le mettre sur la table, mais plafonner les salires des hauts fonctionnaires ça ne lui est pas venu à l’esprit plafonner les indemnités des députés et sénateurs non plus, baisser les dépenses de l’état, pas pensé non plus, et pour couronner le tout ils vont emprunter 300 milliards d’euros en 2026 probablement pour raccorder les éoliennes offshores au réseaux terrestre, on est pas sorti avec en plus une ex patronne du WWF comme ministre de l’écologie et antinucléaire.

    • Plafonner les indemnités des politiques , d’accord , surtout quand cela leur sert surtout à faire de la tambouille de partis , et alors qu’ils ne font rien de concret pour leurs administrés ou ceux qu’ils représentent à l’assemblée nationale . Par contre je serais plus réservé pour ce qui est de ceux des hauts fonctionnaires , qui font fonctionner tant bien que mal la machine , malgré les complication liées à notre double appartenance à la nation et l’UE. Il y a déjà beaucoup trop de fonctionnaires qui pratiquent le » pantouflage « , il ne faudrait pas non plus les entrainer définitivement vers le privé où ils pourraient espérer bien plus .

    • Et oui vous avez raison sur tout
      Et dire qu’ils se sont auto augmenté de 400 euros pour les députés et 700 pour les sénateurs et pour nous , pensions invalidité et retraite, on va se serrer la ceinture
      Je n’en peux plus je paye un peu d’impôts et je n’ai droit à rien et pourtant je survis !!!
      Quand les Français vont ils se réveiller enfin ?

  9. Mes parents ont acheté un restaurant avec l’argent de la vente de leur villa ,donc je me suis retrouvé à la tête de la cuisine et j’ai fait tourner la boutique ,1 jour de repos par semaine, 3 semaines de congés, puis ils ont acheté une autre maison ,une ancienne grange que mon père et moi avons entièrement transformé en habitation, je ne me plain pas et je ne suis pas un cas unique et cette co-ne vient me dire que mon héritage va me tomber du ciel ,surtout qu’elle ne tombe pas sur moi parce que la c’est le ciel qui va lui tomber dessus

  10. Et ça se dit intelligent. Oublient ils, ces gens-là, que pour avoir un patrimoine même hérité, il faut l’entretenir ? Qu’à cet entretien s’ajoute bien souvent un emprunt avec remboursement d’intérêts? Que cela demande du travail par soi-même mais aussi en donne aux artisans, aux entrepreneurs ? Il y a un côté absurde qu’ils ne savent même pas détecter tant la réflexion est absente de leur soi-disant cerveau en omettant tout simplement de tourner leur langue 7 fois avant de parler. Pfff! Aberrant tout ça.

  11. J’ai failli m’étouffer quand j’ai vu « ce truc qui tombe du ciel »
    Et que dire des aides qui tombent sur les comptes de personnes qui ne cotisent pas, ne payent pas d’impôts , là c’est normal
    L’héritage, c’est le fruit du travail de toute une vie, ceux qui ont cotisé toute leur vie et payé des impôts et il faut encore en payer
    Les maisons souvent vendues car les taxes ne permettent pas de la garder, souvent un crève cœur pour ceux qui y ont grandi ou passé des vacances
    Ces gens me dégoutent mais à un point

  12. Puisqu’on parle gros sous, J’attends avec impatience que le parquet financier mette son nez, avec impartialité et honnêteté, dans les comptes de campagne de tout ce petit monde et particulier ceux de notre maître des pendules…

  13. Rappelons que cette odieuse donneuse de leçon, au service des lobbys qui nous gouvernent, voulait faire passer en octobre l’odieuse loi sur l’euthanasie, déroulant la suite du plan de destruction de la France chrétienne : « vaccination » bientôt obligatoire dans les EHPAD, loi sur l’euthanasie, et captation des héritages !

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