Editoriaux - Rencontres - 13 août 2017

Douce France : Hossegor survivra-t-elle à la modernité ?

Si vous passez par Hossegor, prenez le temps de vous recueillir dans l’église de la Trinité, que le curé de la paroisse avait fait construire en 1951, pour remplacer l’ancienne chapelle, avec sa façade décorée d’une rosace, sa tour carrée et sa toiture pyramidale. Elle fut édifiée par étapes, au gré des dons des fidèles. Des vitraux étonnamment modernes, comme le Christ en croix et la Création, lui donnent une lumière quasi surnaturelle. Cette église, dans laquelle étaient célébrés de nombreux mariages et baptêmes parmi les estivants, était le port d’où partaient couples et enfants pour l’aventure de la vie.

À l’entrée, sur la gauche, derrière une vitrine, une crèche offerte par Suzanne Labatut, une artiste peintre installée à Hossegor. Tous les personnages et les animaux ont été réalisés avec du papier journal, du carton, de la paille et du bois flotté. Autour de l’Enfant Jésus, Marie et Joseph, des personnages typiquement landais : une fermière, une paysanne qui ramasse des fagots, des bergers sur leurs échasses… et, bien sûr, les rois mages.

Suzanne Labatut possédait une villa, bâtie par l’architecte Jean Prunetti, en 1924 : une villa aujourd’hui classée, un îlot de verdure au cœur de ce qui allait devenir la ville. Elle avait fait les Beaux-Arts à Paris, ce qui était rare pour une fille, à son époque, avait voyagé au Maroc, s’était spécialisée dans les paysages landais, mais surtout les portraits d’enfants. Proche de la nature, elle faisait partie intégrante de cette Hossegor naissante.

Cette station balnéaire située au sud des Landes, à proximité de Dax et de Bayonne, aux portes du Pays basque, jouxtant le port de Capbreton, garde encore le charme de ses origines. Autour du lac et le long du canal qui rejoint la mer, en plein centre-ville, se dressent des villas au milieu de pins et de chênes plus que centenaires, où se rassemblaient des familles, pendant les vacances.

Voici cinquante ans, les enfants se retrouvaient entre cousins. Outre les joies de la plage, ils pouvaient s’ébattre dans cette nature authentique, construire des cabanes, faire des tours à vélo en ville et alentour, sans risquer qu’un chauffard ne vînt les faucher. Ils laissaient leurs bicyclettes sans antivol : l’idée ne serait venue à personne de les dérober. Ils allaient pêcher dans le canal (qui n’était pas pollué) des mulets, à marée montante et, à marée basse, des crevettes et des crabes.

On allait faire ses courses dans une crèmerie réputée, l’on se ravitaillait en bon vin, un peu plus loin, chez un caviste où il n’était pas rare de rencontrer François Mitterrand, coiffé d’un large chapeau, avant qu’il ne s’établît à Latche, ou Alain Juppé, qui n’était pas encore maire de Bordeaux, dont les parents avaient une propriété près du lac. Au carrefour central, un garde-champêtre a longtemps réglé la circulation. On se désaltérait en bavardant au Café de Paris ou, près de la plage, au Bar Basque.

Depuis, la ville a changé. En été, moins de familles. Beaucoup de touristes. De plus en plus de surfeurs, car les vagues y sont souvent belles. Au-delà de minuit, on peut faire de mauvaises rencontres, comme ces « jeunes » venant le week-end tabasser par plaisir ceux qui s’attardent dans les rues qui mènent à la plage.

Hossegor faisait partie de cette « douce France » que Boulevard Voltaire a voulu célébrer au mois d’août. Mais faut-il employer l’imparfait ? La mémoire des plus anciens a longtemps perpétué ces souvenirs. Il ne tient qu’à nous de continuer à les faire vivre. Le soir, quand les derniers bruits de la circulation se sont éteints, que la nature s’endort, que le ciel est parsemé d’étoiles, que la lune diffuse une pâle lumière sur le sommet des pins, prêtez attention, écoutez le silence : vous entendrez peut-être le murmure nostalgique des voix qui se sont tues.

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