Editoriaux - Société - 4 février 2020

Do you parlez french ?

Il y avait, autrefois, au temps où parler français était naturel voire évident, un ministère de la Francophonie. On se souvient qu’Alain Decaux en fut le titulaire pendant trois ans, sous Mitterrand. Et puis Emmanuel Macron parut, qui fit disparaître le maroquin : pas de « francophonie » pour une « start up nation » ! C’est bien fait pour ses feet !

Le site officiel, machin.gouv., pétarade pourtant : « La diffusion de la langue française est une priorité de la diplomatie française. » Et d’annoncer, des cocoricos plein la glotte : « La stratégie internationale de la France pour la langue française et le plurilinguisme, présentée par Emmanuel Macron le 20 mars 2018, s’articule autour de 33 mesures pour apprendre, communiquer et créer en français. »

Qu’en est-il, dans la vraie vie ? Commençons.

Chez les officiels, d’abord : le slogan, pour les Jeux olympiques de Paris en 2024, est : « Made for sharing » ; du pur Molière, n’est-ce pas. Ah ! la valeur de l’exemple… Ah ! le croche-pied à la loi Toubon…

Dans l’industrie, ensuite : l’un de nos plus beaux fleurons, le constructeur PSA, vante ses voitures à la télévision accompagné de « Unboring the future », un mot qui n’existe même pas dans le dictionnaire.

Dans le commerce, enfin. Faisons un tour dans un centre commercial de moyenne importance d’une ville de province (comme on disait autrefois). On y trouve, ici, une « Kids zone », un « BrowBar » avec traduction en dessous (bar à sourcils !), un « Size Up mascara », de la « Cool lingerie », allant de pair avec l’indispensable « Magnetic Attraction », et là, une mise en garde : « Good vibes only ».

On trouve aussi plein de conseils : « Click and collect », « Let’s play », « Feel free, feel good » – c’est un conseil gratuit offert aux femmes au moment d’enfiler leur culotte –, « Act for Food » et son sous-titre (« des actions concrètes pour mieux manger »).

On peut également s’adonner à l’« Art Therapy », sécuriser ses affaires dans un « Monkey-Locky », faire réparer son portable chez « We fix », s’acheter des lunettes chez « Visual » ou lécher la vitrine de « Claire’s ». Une petite faim après tout cela ? Offrez-vous le « Batch cooking des grands chefs » et, selon votre humeur, achetez des fringues « Made for fun » ou « Made for hard work » !

Oui, je sais, je suis vieux jeu ! Oh ! Pardon, old-fashioned. J’aime la blanquette de veau – mais pas avec une sauce à la menthe – et la langue française sans ces tord-prunelle prétentieux.

Quelqu’un pourrait-il dire à tous ces tripoteurs de mots, ces fossoyeurs de phonèmes, ces naufrageurs de la langue, que, dans cette Angleterre tant mise à contribution et désormais déseuropéanisée, la devise de l’ordre de la Jarretière (en anglais dans le texte !) est « Honni soit qui mal y pense » et la devise des souverains, « Dieu et mon droit ». Les Britanniques sont fiers de parler français depuis des siècles. Et chez nous, on danse la carmagnole devant l’autodafé des grammaires et des dictionnaires français. Pauvres de nous !

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