Editoriaux - Société - 4 février 2020

Quand les trans mettent les féministes en transe

Trans Madame Doubtfire

Rien ne va plus dans Féministeland.

« Le mouvement Collages féminicides se déchire sur la question trans », titre Le Monde. En effet, sur Twitter l’ex-Femen Marguerite Stern, initiatrice de la campagne de collages sauvage dénonçant les féminicides, s’est insurgée contre la captation de son mouvement anti-féminicides par des trans. « Une prise de position, rapporte le quotidien, qui a provoqué sa mise au ban. »

Marguerite Stern est accusée d’être « transphobe ». Se revendiquant féministe universaliste, par opposition aux féministes intersectionnelles – vous suivez ou vous êtes déjà largué ? -, elle reproche au transactivisme de renforcer les stéréotypes de genre : « J’observe que les hommes qui veulent être des femmes se mettent soudainement à se maquiller à porter des robes et des talons. » Je peux témoigner en effet avoir été très impressionnée, enfant, par les génuflexions obliques (et chancelantes) des trans brésiliens pressés, comme dirait Flaubert, mettant un cierge dévot dans la chapelle Sainte-Rita, leur QG de l’époque, avant de repartir rue Pigalle sur leurs échasses vertigineuses. Dame (sans jeu de mots), c’est que n’ayant pas été dotés par la nature, les trans vont chercher leurs attributs féminins dans le commerce. Et pour compenser un mollet noueux et une épaule de déménageur, les arborent plus ostensiblement que de raison. Pour Marguerite Stern ils sont « les outils inventés par le patriarcat qui font de nous des femmes ». Or, rappelle-t-elle, « nous sommes des femmes parce que nous avons des vulves. C’est un fait biologique. » Un peu cru mais implacable. Et assez réactionnaire. Elle aurait pu aussi rajouter « des utérus » et autres menus accessoires point encore vendus au rayon cosmétique de Monoprix.

Marguerite Stern, qualifiée aussitôt de « cis » (individu s’identifiant à son sexe biologique) et de « terf » (féministe excluant les trans et refusant qu’un ressenti d’identité de genre suffise à déterminer qui est une femme), est désormais insultée et menacée de mort. « Des sisters, pas des cisterfs », tel est le slogan déployé par ses compagnes de lutte lors d’un collage à Montpellier.

Elle a reçu néanmoins le soutien l’ancien ministre des Droit des femmes Laurence Rossignol : « Il y a une injonction au silence sur ce sujet », « le changement de logiciel pour réexaminer le féminisme à travers la transexualité n’aboutit qu’à invisibiliser les femmes ».

Et si, mes chéries, c’était la dernière entourloupe du patriarcat ? Faire sa Madame Doubtfire pour tirer à soi, comme dans le lit conjugal, la couverture. Prenons le sport : il y a un an, le 17 février 2019, l’ex-championne de tennis Martina Navratilova, qui n’aurait visiblement pas aimé affronter un John McEnroe en jupette, mettait les pieds dans le plat. Pour elle, permettre aux « hommes qui décident de devenir des femmes » de participer à des compétitions féminines est « de la triche ». Car évidemment, en dehors de la ci-devant ambassadrice des pôles qui a appelé naïvement de ses vœux des équipes de foot mixtes, personne n’a jamais imaginé mettre femmes et hommes sur le même ring de boxe. Si les sexes sont égaux, leurs barèmes de sport au bac ou dans l’armée – physiologie oblige – ne le sont pas.

Pour le militaire que les objectifs de parité de son ministère inquiète, il y a peut-être là subterfuge à creuser et moyen de finasser pour sauver son avancement.

Le problème de la rhétorique intersectionnelle, de la convergence des luttes est celui, en somme, de tous les carrefours : les routes se croisent pour mieux partir dans des directions opposées. Et c’est la femme qui est abandonnée sur le rond-point.

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