Didier Maïsto a publié, en mars dernier, Passager clandestin, où il raconte son expérience des 18 derniers mois, en particulier aux côtés des gilets jaunes.

Au micro de Boulevard Voltaire, il explique son combat pour « permettre au débat d’exister » en dehors du politiquement correct et « donner la parole à tous, de façon transparente et démocratique ».

Vous avez publié Passager clandestin aux Éditions Au diable vauvert. Dans ce livre, vous racontez votre expérience. Pourquoi avoir écrit ce livre et en quoi peut-il intéresser le lecteur ?

C’est l’histoire d’une prise de conscience politique. J’ai eu la chance et le privilège de vivre plusieurs vies. Une vie médiatique, une vie politique et une vie dans le monde des affaires. J’ai constaté qu’il y avait véritablement une oligarchie qui s’était arrogé tous les pouvoirs de cette démocratie dite représentative qui ne représente malheureusement plus qu’elle-même.
Cette oligarchie avait de l’or et en a fait du plomb. Elle nous conduit, aujourd’hui, dans la situation où nous sommes, c’est-à-dire une espèce de terrain vague qu’est devenue la France, où des tribus s’affrontent de façon de plus en plus virulente, en fonction de leurs particularités. On est tout à fait à l’inverse de notre Constitution : sa couleur de peau, sa religion, sa préférence sexuelle, etc. Autant de tribus qui cohabitent difficilement. On est dans la négation même de ce qui a fait la grandeur et la particularité de la France.

Pouvez-vous citer une anecdote de votre livre où vous avez pris conscience de l’installation d’une oligarchie ?

Je l’ai vu plusieurs fois dans la désignation des chaînes de télévision. On fait des compétitions à l’envers. C’était le CSA de M. Boyon. J’avais rencontré un certain nombre de personnes du cabinet de M. Sarkozy. On m’avait dit qu’il fallait que je les rencontre parce que cela ne se passe pas au CSA mais à l’Élysée. Effectivement, cela m’a été confirmé. Le CSA n’était qu’une caisse de résonance, un organisme un peu fantoche et fantôme qui a enregistré la volonté élyséenne de fournir des canaux d’information à un certain nombre de personnes qui sont déjà dans le système ou ceux qui ne vont pas faire de vague. C’est une espèce de monde consanguin : beaucoup de similitudes entre le monde politique et médiatique. C’est un peu le même monde issu de cet État profond magnifiquement représenté par M. Jouyet, l’ancien secrétaire de l’Élysée de François Hollande, pour ne citer que lui. La morale de l’histoire, c’est qu’il n’y a pas de côté. Il n’y a qu’une seule face. C’est le dieu multiface de Game of Thrones, sauf qu’il n’y a qu’une seule face. On habille cela par du marketing. Il n’y a plus aucune différence. Ce n’est pas nouveau, sauf que c’est, aujourd’hui, exprimé avec beaucoup plus d’acuité et de visibilité. Entre un député PS, LR et LREM, c’est exactement la même politique européiste, mondialiste, l’Europe est un grand pays, vive le grand marché européen et vive la mondialisation ! Cela nous a conduits à cette petite oligarchie des quelques personnes. On le voit dans les médias et dans les instruments de mesure de l’audience des médias, notamment Médiamétrie, qui est un véritable scandale d’État, que tout le monde connaît dans le système, mais que je suis le seul, aujourd’hui, à remettre en cause.

Quel est le scandale avec Médiamétrie ?

Médiamétrie est présenté comme un organisme pratiquement de droit public comme l’INSEE qui se bat pour l’intérêt général et qui, justement, vient réguler le marché et mesure les audiences de manière objective et scientifique, mais en réalité, il n’en est rien. C’est un organisme de droit commun dans lequel il y a les principaux annonceurs. Les gens sont chargés de les commercialiser. Ils ont des panels complètement illusoires. Vous avez un répondant pour 100 appels. Les chiffres sont toujours les mêmes. Nous sommes peu mesurés ou mal mesurés.

Certaines chaînes de télévision et des journaux ont quand même une sensibilité. CNews est plutôt classé à droite, BFM plutôt au centre et Le Figaro plutôt à droite.

La ligne éditoriale générale est très largement lissée et toujours assez peu critique vis-à-vis du système en général. Heureusement subsistent quelques fenêtres de liberté. Dès que vous faites cela, vous êtes traité de crypto-fasciste, de populiste ou de complotiste. Le système coche toutes les cases.
Récemment, j’en ai fait les frais avec L’Obs. C’était assez significatif et, d’ailleurs, je ne suis pas fâché. Dans le titre et le chapeau, il faut cocher toutes les cases comme au temps de stimuli pavloviens. J’ai bien mis le mot « complotiste », le mot « extrémiste », le mot « conspirationniste » et le mot « populiste ». Ces mots ont tous des suffixes en « iste » et en « phobe ». À ce moment-là, on essaie d’avoir un vocabulaire et une sémantique tout à fait dépréciatifs. J’allais presque dire que cela m’arrange, puisque ces stimuli pavloviens sont tout à fait analysés comme tels par la population qui fait encore preuve de bon sens.
Cela donne aux gens envie de lire et de découvrir.

Quel est votre objectif à la tête de Sud Radio ?

Je n’ai pas varié. Dès 1992, je me suis engagé aux côtéx de Philippe Séguin, avec lequel j’ai un peu travaillé contre l’Europe de Maastricht. Je suis constant dans mes choix. Nous voulons donner la voie à cette France souverainiste. Je remarque, d’ailleurs, après ces cinq années vilipendées, stipendiées, insultées et moquées, que force est de reconnaître que cette ligne éditoriale a les faveurs de la classe politique et médiatique. Tout le monde, y compris le président de la République, n’a plus que ce mot à la bouche, souveraineté nationale, relocalisation, réindustrialisation de la France. Ce n’est pas forcément mes idées ou celles de l’actionnaire. C’est surtout permettre au débat d’être suivi et organisé de façon tout à fait honnête et transparente.
On donne la parole à toutes les personnes qui ont des choses intéressantes et importantes à dire. J’observe que cette façon de faire est plébiscitée. On a d’excellents chiffres. Nous avons fait plus de 50 % en audience, le mois dernier.
Ce débat a lieu d’être. Je suis contre la criminalisation de la pensée. C’est le degré zéro de la pensée. Il faut arrêter de faire des murs, comme à la grande époque soviétique, pour empêcher les gens les plus intelligents de partir et surtout de les museler et se taire. Nous offrons cette parole en respectant toutes les lois connues. Le CSA et tous les organismes régulateurs, quels qu’ils soient, n’ont que le mot pluralisme à la bouche. Chiche, allons-y, faisons vivre le pluralisme, le débat ne nous fait pas peur si on respecte la loi.

La fin de la société liquide devrait s’accompagner d’un retour en grâce de l’État, des territoires et du pouvoir régalien de l’État…

Il y a des problèmes de sémantique, de vocabulaire, de logique et de compréhension du propre discours sans aller dans le métalangage. Qu’est-ce qu’un soupçon avéré ? Je ne sais pas bien…
Si on a un soupçon, on fait une enquête et si l’enquête est concluante, on sanctionne.
Si on a un soupçon, on est dans la présomption d’innocence. C’est un principe fondateur du droit français. On ne va pas condamner les gens sur un soupçon. Un soupçon avéré ne veut strictement rien dire. C’est comme quand vous mettez l’émotion au-dessus du droit. Le droit, c’est un peu rébarbatif. C’est le système de pensée normatif le plus évolué pour permettre d’échapper à l’arbitraire, surtout lorsqu’on dit libres et égaux en droit. Il ne faut pas que le droit divorce de la volonté populaire, sinon on est dans le juridisme et l’excès.
Si on fait des exceptions à tout, on se fait des mots d’auto-excuse. On est dans des symboles qui sont guignolesque et « farcesques ». Tous les vernis que nous avons posés sont en train de craquer. Si on ne respecte plus le droit dans un pays comme la France, qui est vraiment l’État de droit avec des codes qui font plusieurs milliers de pages, une doctrine, une Constitution, de la jurisprudence, on est dans le retour de l’arbitraire, la loi du plus fort. Il y a deux poids deux mesures. Personne n’était spécialement ému pour les gilets Jaune,s au contraire : factieux, séditieux, antisémite, homophobe, raciste. On a dit à peu près tout et n’importe quoi. Et là, à l’occasion des événements aux États-Unis, l’émotion était mondiale. Comme l’a dit Philippe de Villiers, « ce sont des pétochards ».

Pourquoi êtes-vous venu avec un exemplaire de la Constitution ?

Tous les jours, sur Sud Radio, de 21 heures à 22 heures 30, je fais une émission. J’écoute les auditeurs. Je leur parle souvent de droit. J’ai imprimé l’exemplaire de la Constitution pour ce soir. Je trouve que si on la lit, c’est presque une nouvelle de science-fiction un peu drôle. On peut lire que le peuple français proclame solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789. La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances et son organisation est décentralisée.
Au cours des 18 derniers mois, absolument tous ces principes ont été battus en brèche. Cela n’a pas du tout été la détermination des peuples. Elle n’est pas du tout indivisible et laïque. La laïcité n’est pas l’islamophobie.
« Sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Aujourd’hui, il y a une volonté manifeste de certains groupes d’antagoniser et de racialiser la société française. Je trouve que l’on fait un bond en arrière incroyable. Je ne dis pas que l’intégration, l’assimilation marche encore. Elle a du plomb dans l’aile. Au début de mon propos, je parlais de tribus et de terrain vague. Si l’on va vers cela, il y aura des affrontements entre les différentes communautés. On le voit déjà tous les jours. Comme nous ne savons plus qui nous sommes et que l’on ne veut plus nous définir en fonction de notre Constitution, de notre drapeau et de notre hymne, on n’a plus du tout d’identité.

Voyez-vous se dessiner une personnalité qui pourrait reprendre ce pays en main et en refaire un pays souverain, s’il n’est pas trop tard ?

Pour l’instant, je ne vois personne. Je pense qu’il faut démarrer par les idées. Elles sont là et établies. Aujourd’hui, ces idées de souverainisme sont très largement majoritaires dans le pays. Il faut que ces idées s’incarnent dans des hommes. Nous verrons bien. Peut-être qu’émergera quelqu’un qui n’est pas du tout issu du sérail politique, un artiste, un intellectuel, un chef d’entreprise, un médecin, quelqu’un qui a fait quelque chose de sa vie, qui a payé ses impôts et qui produit soit des biens, soit une œuvre et qui s’est occupé des autres et non de son petit nombril. Je suis assez confiant. On a encore un peu de temps…

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