Dati et Vincendet, une même complaisance pour les « cultures urbaines »

Dati Vincendet captures ecrann

Lors des questions au gouvernement du 2 avril, Alexandre Vincendet (député Horizons du Rhône) et Rachida Dati (ministre de la Culture) ont formé un duo des plus démagos sur l’air de « la culture pour tous ». L’ouverture, par M. Vincendet, avait une tonalité hugolienne. Se souvenant du temps où il était maire de Rillieux-la-Pape, il entonna : « Parce que, comme vous, je considère que l’accès à la culture est un moyen d’émancipation, qu’il permet de sauver des vies (sic), à Rillieux-la-Pape, j’ai construit une des plus belles médiathèques de France, en plein cœur des quartiers difficiles. » Cette huitième merveille du monde des médiathèques, c’est L’Echappée, sise dans le quartier de la Velette.

« Cet équipement a d’ailleurs été protégé par les habitants eux-mêmes lors des émeutes de l’été dernier », ajoute le député. Au matin du 1er juillet 2023, le maire de Rillieux-la-Pape, Julien Smati, donnait une autre version des faits : « La médiathèque L’échappée a été, elle aussi, attaquée par des jets de pavés, des intrusions, des dégradations en son sein et une tentative d’incendie. » Moins épique que la légende urbaine du député.

Le Centre chorégraphique incendié en 2017

Le décor étant planté, M. Vincendet a demandé à Rachida Dati des crédits pour achever la restauration du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape. Il a rappelé que le centre a été incendié en 2017. Depuis, ça traîne. Et il aimerait, quand le CCN rouvrira, qu’il fasse partie des centres privilégiés par la nomination, à leur tête, d’un chorégraphe hip-hop.

Or ,le CCN n'a pas été incendié par la foudre ni par un mégot de cigarette. Un feu de voiture s'est propagé à l'édifice qui a été sérieusement endommagé. Et pour cause : il est entièrement en bois, un matériau de choix pour un incendie criminel. Vincendet, alors maire, regretta « que quelques délinquants privent toute une ville d’un équipement œuvrant au quotidien en faveur de la culture pour tous ». Précision : le CCN est lui aussi dans le quartier, populaire ou difficile (au choix), de la Velette… Il faut un certain entêtement pour s’accrocher de la sorte à cette légende urbaine de la « culture pour tous ».

Toujours plus de chorégraphes hip-hop

Entrant alors en scène, Rachida Dati a réitéré son engagement - fait la première fois sur Skyrock - de nommer davantage de chorégraphes hip-hop à la tête des Centres chorégraphiques nationaux. Précisément, d’en doubler le nombre d’ici à 2026. Il existe dix-neuf CCN en France, dont quelques-uns, déjà, sont dirigés par des maîtres du hip-hop. Mehdi Kerkouche dirige le CCN de Créteil et du Val-de-Marne. Fouad Boussouf celui du Havre Normandie. On ne fera pas mieux qu’à Rennes avec une co-gouvernance de six personnes issues du hip-hop et qui « revendiquent une gouvernance horizontale, solidaire et tournée vers les communs ».

Quel que soit leur nombre, le doubler n’est pas anodin. « Les Centres chorégraphiques nationaux ont pour mission principale la création d’œuvres des artistes chorégraphiques qui les dirigent. » Plus de dirigeants hip-hop, cela veut dire moins de ballets classiques et moins de danse contemporaine. Mais Rachida Dati l'a expressément dit devant l’Assemblée : « Je partage votre conviction sur les cultures urbaines qui n’ont toujours pas leur place, et la place qu’elles méritent, dans notre modèle culturel. » On la savait relativiste, mais ce relativisme n’est pas égalitaire : il signifie moins de culture française et plus de « culture urbaine ». Le hip-hop se fera sa place au détriment des danses françaises.

Problème : « Le milieu du hip hop, très masculin, est réputé depuis toujours pour nourrir une culture anti LGBTQIA+ et misogyne », reconnaissait Radio France, en 2021. Comment concilier le doublement de chorégraphe hip-hop avec le grand projet des CCN, « un chantier sur l’égalité femmes-hommes dans les postes de direction des Centres chorégraphiques nationaux » - où les femmes ne gouvernent seules que 16 % des établissements ? Qui sera sacrifié, les femmes ou les maîtres de cette « culture urbaine » qu’il faut à tout prix promouvoir et subventionner ? Sans vouloir jouer les Cassandre, on se doute de la réponse.

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Comme on a détérioré l’enseignement pour l’adapter à tous (le classement Pisa nous montre où cela nous a mené), on va maintenant continuer à abaisser le niveau de la culture pour l’adapter à tous ? Ca ne s’appellerait pas la décadence par hasard ? Décadence financée par le con-tribuable de surcroît !

  2. Qui, à l’Assemblée, étudie et vote les budgets alloués aux ‘Centres chorégraphiques Nationaux’ , à l’heure où les finances publiques représentent le souci n°1 du Gouvernement ???
    La nouvelle ministre de la Culture est elle au courant des coupes réclamées par Bercy qui, à défaut d’obtenir satisfaction, se chargera de la besogne nécessaire … (?)

  3. Dame Dati comme tous ceux et celles qui sont entrés dans le cercle macroniste ont vite pris le pli, elle ne fait pas exception , c’est une personne avec une ambition débordante qui trahirait sa famille pour une place au soleil , mais ils sont nombreux à LR d’avoir un comportement similaire , il lui reste plus qu’à espérer que le vent ne tourne pas trop et qu’elle se retrouve enfouie dans le naufrage.

  4. Que ne ferait dame Dati pour être au centre de la place du village ? tout son parcours politique en est la triste constatation

  5. Dati a baissé dans mon estime .
    Au lieu de défendre aka namakura et le hip hop , elle ferait mieux de défendre nos racines restaurer nos châteaux, et lieux historiques

  6. Rachida Dati, exclue du LR, qui donne un prénom contraire à l’assimilation à sa fille, est en tête des sondages pour la mairie de Paris. Les Français se suicident. Il y a des moyens plus simples: comme disaient les Dalton (Joe Dassin), « tranche toi la gorge et jette toi sous le train ».

  7. Plus d’argent , le pays est endetté comme jamais , les français croulent sous les impôts et les taxes et surtout en enlevant la taxe d’habitation certains ne participent plus au financement de ces structures dont ils profitent . Nous contrinuables et propriétaires refusont de financer seuls ces lieux de loisirs . De plus combien sont régulièrement dégradés par des petits voyous qui à force d’avoir tout gratuit ne se rendent plus compte du coût de ces installations .

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