C’est une nouvelle affaire ahurissante qui s’est produite le 30 août. Le maire de la commune d’Arzon — un village de 2.000 habitants situé dans le Morbihan — a reçu le courrier d’un vacancier mécontent. Ce dernier demande de « garder les cloches silencieuses jusqu’à 9 h voire 10 h le matin ». Si possible, le touriste voudrait voir « éteindre la cloche dès ce jour pour nous permettre de profiter tranquillement de cette période de vacances ». De passage dans la commune pour quelques jours de vacances, le vacancier veut ainsi faire taire un monument érigé voilà plusieurs siècles.

Mais le vacancier tombe sur un os, ou plutôt sur un maire décidé, qui répond sèchement. « Sur les cloches, ma position est claire. Chaque pays du monde a une dominante ou une connotation religieuse, explique ce maire, Roland Tabart, à Ouest-France […] Ici, nous avons une entité religieuse catholique, c’est aussi une tradition culturelle. » Par conséquent, « ceux qui viennent à Arzon devraient accepter nos traditions ». Des traditions souvent attaquées par les citadins, vacanciers ou nouveaux habitants des campagnes [souvent appelés néo-ruraux, NDLR], qui n’acceptent pas de vivre au rythme de la France périphérique.

Français des villes contre Français des champs : la guerre est déclarée 

La presse locale ou nationale recense de nombreux citoyens demandant de mettre fin à certaines pratiques rurales. Maurice, ce coq qui a fait la une de l’actualité pendant plusieurs années, est ainsi devenu le symbole du conflit entre ruraux et néo-ruraux. En 2017, un couple propriétaire d’une résidence secondaire sur l'île d'Oléron, excédé par le chant de l’animal, avait décidé d’attaquer en justice la propriétaire du coq, Corrine Fesseau. Après plusieurs rebondissements médiatico-judiciaires, le tribunal correctionnel de Rochefort avait tranché en faveur de Maurice.

Comme à Arzon, les cloches de Saint-Volusien à Foix (Aude) ont été priées de la mettre en sourdine. À cause de nombreuses plaintes d’habitants de la ville, le maire s’est vu contraint de prendre un arrêté pour interdire les sonneries entre 23 h 30 et 5 h 30. Toujours dans le Sud, mais cette fois-ci dans le Var, ce sont les cigales qui posent problème. « On a eu des touristes qui se sont plaints du chant des cigales », confie le maire de la commune à France 3. Les vacanciers demandent alors à l’élu : « Est-ce que vous avez des pesticides pour pouvoir passer sur nos arbres ? »

Si certaines histoires peuvent faire sourire, il existe des situations dramatiques. Comme celle de Vincent Verschuere, éleveur dans l'Oise, condamné à verser 102.000 euros de dommages et intérêts à des voisins. Ils se plaignaient du bruit et de l'odeur de ses vaches depuis l'agrandissement de sa ferme située au cœur du village, à 100 mètres des premières habitations.

Protéger le sensoriel des campagnes

Constatant la multiplication de ces conflits autour des animaux et des clochers de la campagne française, certains élus ont décidé d’agir. En 2019, le maire de Saint-André-de-Valborgne (Gard) en a eu assez. Régis Bourrely a décidé de placarder à l’entrée du village un message à destination des personnes s’aventurant dans sa commune. « Attention village français. Ici, nous avons des clochers qui sonnent régulièrement. Des coqs qui chantent très tôt, des troupeaux qui vivent à proximité, certains ont même des cloches autour du cou ! » Voilà les citadins prévenus !

Deux ans plus tard, le 21 janvier 2021, le Parlement français a voté une loi visant à protéger le patrimoine sensoriel des campagnes. Chaque département peut désormais protéger le patrimoine « sensoriel » qui lui est propre. Dorénavant, ceux qu'agacent les cloches dans le village d’Arzon devront passer leur chemin.

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31 août 2022

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45 commentaires

  1. … et dire que ce sont les mêmes « bobos-pseudo-écolos » qui viennent nous faire la leçon sur la vie naturelle !

  2. Les cloches sonnent traditionnellement à l’heure des offices, et lors d’événements exceptionnels. Du temps où les cloches étaient sonnées par un bedeau, n’allez pas me faire croire qu’il les sonnait toutes les demi-heures, y compris la nuit, ou bien que plusieurs bedeaux étaient payés pour se relayer à ces tâches parfaitement superflues.
    En fait, les nuisances datent du temps de la mécanisation des sonneries de cloches, quand les maires rivalisaient entre eux pour épater leur électorat des “bénéfices” de la modernisation.
    À notre époque, nous réalisons pleinement les conséquences désastreuses de l’industrialisation sauvage, et les nuisances sonores de ces cloches en font partie. Si ce maire tient aux traditions, qu’il limite les sonneries de cloches à celles qu’un bedeau ferait, s’il en existait encore. Personne n’a plus besoin d’une cloche pour savoir l’heure.

  3. Les cloches entre 23h et 5h30? C’est sûrement la pendule de l’église! Les cloches ne sonnent qu’aux angélus : 7h et 19h, ainsi qu’aux cérémonies.
    Quant à ce fermier qui a été condamné, ce sont les magistrats qu’il faudrait condamner. Honteux.

  4. Si certains villages veulent maintenir certaines “traditions”, bien qu’ils aient abandonné l’heure solaire pourtant traditionnelle, encore faudrait-il que les vacanciers qui les considèrent plutôt comme des nuisances soient avertis de celles-ci avant de s’engager financièrement pour un séjour dans ces villages.
    En prenant parti pris pour les locaux opposés aux habitants des grandes villages au prétexte que quelques râleurs caricaturés, l’article se fait le complice de toutes les arnaques quand le séjour enchanteur promis n’est pas au rendez-vous.
    S’agissant des cloches, il me paraît normal qu’elles restent silencieuses pendant un minimum de huit heures consécutives de nuit, parce les habitants locaux ont aussi le droit d’avoir un sommeil tranquille. Qu’ils soient habitués aux nuisances sonores et résignés ne signifie pas que ces nuisances sont sans impact sur leur santé. Il est donc heureux que certains vacanciers se plaignent pour le bien-être des locaux.

  5. Il m’arrive d’aller à Paris , et plusieurs fois j’ai écris à la Mairie de Paris pour faire interdir la circulation des voitures dans la rue ou je dormais .
    Madame le Maire ne doit pas savoir lire car elle ne m’a jamais répondu .
    Maintenant je reste dans ma campagne , et malgré les cloches de l’église et les poules, je dors bien .

  6. Et les sirènes des ambulances et de la Police dans les villes ? Et les rodéos urbains si dangereux ? Et les pétarades (illégales !) des motos , scooters et autres deux roues ? Le bruit est permanent en ville … Alors si ces « Parigots têtes de veau » ( c’est ainsi qu’on appelait le touristes en Bretagne après la guerre ) ne sont pas contents , qu’ils restent en ville !

  7. Il ne faut tout de même pas abuser !… si les bruits d’un village à la campagne ou en bord de mer gênent ces personnes qu’ils n’y viennent pas.. cela devient insupportable que ces personnes entravent la nature, les sons des volatiles, le cliquetis des mâts , les cloches même pour l’avoir entendu le bruit des vagues sur les galets

  8. De plus en plus indécents ces plaintes de personnes venus se mettre au vert (pas politiquement) tout comme des retraités dans un village pour se plaindre du bruits des cloches de l’église, dont j’ai été témoins ou du coq qui chante et autre bruits agréable des campagnes, venir passer sa retraite dans ces lieux c’est comme certains émigrés qui connaissaient le lieux choisi et qui viennent se plaindre par la suite, alors se plaindre est inopportun.

  9. Bon, comme dans tout, il faut savoir raison garder. Pour le cas du coq Maurice, on a eu quand même eu une propriétaire du coq qui n’a pas voulu faire la moindre concession en éloignant un peu la demeure du coq des fenêtres de ses voisins, des agriculteurs retraités qui ont été proprement stigmatisés. Jeune, je n’avais trouvé pour me loger qu’un appartement à 15 mètres d’une église en centre ville dont les cloches sonnaient toute la nuit. C’était quand même infernal, et même l’église doit savoir vivre avec son temps, ce qu’elle a fait d’ailleurs je crois savoir dans ce cas précis.

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