Cinéma - Culture - 13 septembre 2019

Cinéma : Les Hirondelles de Kaboul, le film d’animation adapté de Yasmina Khadra

Lorsque l’écrivain Yasmina Khadra, auteur de Ce que le jour doit à la nuit, se voit porter à l’écran par Les Armateurs, la boîte de production de films d’animation à l’origine des Triplettes de Belleville et d’Ernest et Célestine, on se dit spontanément qu’on tient là potentiellement le dessin animé majeur de l’année 2019.

Coréalisé par Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, dessinatrice en chef sur le projet, Les Hirondelles de Kaboul nous raconte les destins croisés de deux couples afghans durant l’année 1998, à l’époque où les talibans contrôlaient depuis deux ans déjà l’essentiel du territoire national et se heurtaient aux résistances du commandant Massoud. D’un côté, nous avons Atiq, gardien désabusé de la prison pour femme, et son épouse Mussarat qui est à l’agonie. De l’autre, Zunaira, jeune femme peintre opposée à la violence du régime et mariée à Mohsen qui éprouve le remords d’avoir participé à une lapidation publique. Un jour, un accident terrible survient, Zunaira est condamnée à mort et, en attendant son exécution, est emprisonnée sous la surveillance d’Atiq…

Récit d’un sauvetage inespéré dans une société en voie de déshumanisation totale où la musique même est interdite et où les femmes portent le tchadri sous peine de lapidation, Les Hirondelles de Kaboul n’est pas un film léger. On le comprend dès les premières minutes du récit, lorsqu’une femme est mise à mort sous nos yeux par une foule en liesse aux cris de « Allahu akbar ». Un passage difficile, heureusement adouci par le choix du dessin animé et par un filmage en deux dimensions à base d’aquarelles. Précisément, le pari du film de Zabou Breitman et d’Eléa Gobbé-Mévellec repose sur le contraste entre la dureté de ce qui nous est raconté et les procédés de mise en scène, ceux-là faisant habituellement écho à des films tous publics, du moins à destination des plus jeunes. Une innocence feinte, en somme, pour dépeindre une société qui semble avoir perdu depuis longtemps toute naïveté.

On pardonnera volontiers les libertés prises avec le roman d’origine, concernant notamment la profession de Zunaira ou le destin de certains personnages, dans la mesure où celles-ci ne trahissent en rien le propos général de Yasmina Khadra. Seule la fin, un brin téléphonée, risque de frustrer une partie des spectateurs, mais pour un film de 1 h 20 aux allures de conte moderne, le péché est véniel.

Les Hirondelles de Kaboul, par ailleurs, est l’occasion d’entendre pour la dernière fois, dans le rôle de Nazish, ancien mollah respecté et déplorant l’intégrisme religieux, la voix de Jean-Claude Deret, père de Zabou Breitman, décédé en 2016, quelques mois seulement après l’enregistrement sonore du film.

4 étoiles sur 5

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