[CINEMA] Le Molière imaginaire, une œuvre sauvée par son titre…

molière py laffite

Nous l’attendions avec un mélange de curiosité et de méfiance, il nous a finalement déçu et profondément agacé. Le film d’Olivier Py consacré aux dernières heures de la vie de Jean-Baptiste Poquelin aurait pu être magnifique s’il n’avait cédé au sensationnalisme branchouille de son époque.

Le récit imagine l’ultime représentation du Malade imaginaire au théâtre du Palais-Royal, en cette soirée fatidique du 17 février 1673 où le dramaturge, atteint d’une virulente pneumonie, dut rassembler sur scène ses dernières forces avant de s’éteindre à son domicile de la rue de Richelieu.

Tourné intégralement en plan-séquence – c’est-à-dire sans la moindre coupe –, Le Molière imaginaire est loin de démériter, quand on sait la difficulté, pour un cinéaste, de synchroniser en continu ses comédiens et son équipe technique. La moindre erreur de texte, en effet, le moindre mouvement raté de la caméra, impliquent de devoir tout recommencer depuis le début. L’écueil, ici, fut d’autant plus important que les dialogues du film d’Olivier Py sont très écrits – seuls des comédiens rompus à l’exercice théâtral et à son immédiateté pouvaient relever un tel défi.

Par cette prouesse technique, le cinéaste rend un parfait hommage au théâtre et marche dans les pas de Philip Barantini avec son récent The Chef, et surtout d’Alexandre Sokourov avec L’Arche russe, dont il semble s’inspirer.

Éclairé uniquement à la bougie, Le Molière imaginaire bénéficie, en outre, de couleurs chaudes renforçant la sensation de proximité avec les personnages. Par conséquent, il se dégage de l’ensemble une chaleur moite propice à toutes les confessions dont nous sommes rendus témoins dans les coulisses du théâtre.

Outrance et caricature

Le problème, hélas, n’est pas tant le dispositif de mise en scène – bien que celui-ci tendrait à véhiculer l’idée fausse que Molière est mort sur les planches – que ce à quoi il est employé. Par une approche essentiellement fellinienne qui n’a pas lieu d’être (on pense au Satyricon), le cinéaste joue en toute occasion la carte de l’outrance, qu’il s’agisse de filmer des gueulantes vides d’intérêt ou des blagues scatologiques, de s’appesantir avec gourmandise sur d’interminables tripotages entre hommes (le comble de la subversion chez nos élites haussmanniennes et « progressistes »…) ou de représenter complaisamment une certaine noblesse décadente, poudrée à l’excès et emperruquée comme dans les pires caricatures de la presse révolutionnaire, et pissant à qui mieux mieux dans des seaux.

Spectacle pathétique qui aboutit à un sentiment général de gesticulations vaines, déconnectées du véritable sujet de nos préoccupations : Molière et le Grand Siècle.

Dans le rôle du dramaturge tourmenté au seuil de la mort par sa postérité, par la trahison de tous et par l’indifférence d’un roi qui tarde à venir voir sa dernière pièce, Laurent Lafitte livre une composition énergique et tout à fait convaincante, bien qu’il ait fallu broder autour d’un personnage dont on sait peu de choses en vérité. Seul rayon de lumière dans un parterre de protagonistes plus antipathiques les uns que les autres, ce Molière ne trouve sa justification, précisément, que dans son caractère fantaisiste et imaginaire.

2 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Le « théatre filmé » n’est pas une technique nouvelle. Dans les années 60-70 ‘était pratique courante aux « Buttes’ (Chaumont). J’ai travaillé sur des productions ainsi avec les réalisateurs de l’époque (Bluwal, Santelli, etc) . Le dernier auquel j’ai participé, c’était au théatre de l’Odéon avec Raymond Rouleau . techniquement, c’était coton, les caméras étaient énormes, les micros sans fil n’existaient pas ou pesaient une tonne. Tout résidait dans la préparation, le découpage, le travail de la scripte. Un jour, j’écrirai peut-être mes souvenirs de 35 ans de TV….

  2. De toute façon, à quoi pouvait on s’attendre de la part d’un Olivier Py, qui cumule les mises en scène aberrantes, les choix de sujets provocateurs, les décors se voulant provocateurs, etc, dans toutes les prestations qui lui ont été confiées pour « faire moderne » ? Il a rendu en particulier totalement indigeste le festival d’Avignon tant qu’il ya été. Il sévit maintenant à l’Opéra ; tous les espoirs sont donc permis.

  3. Vous attendiez quoi de cet individu , qui dans sa mise en scène de Carmen fait arracher et piétiner le drapeau français ? Un espoir peut être, une prise de conscience des français qui marquerait le début de la fin de la dictature islamo gauchiste ?

    • Et dans un opéra (Aïda si je ne dis pas de bêtise), il avait fait apparaître des migrants avec valise puis un sol jonché de mannequins symbolisant les victimes des camps nazis.
      Faudrait qu’il arrête le militantisme bobo-gaucho-woke et sûrement que son talent ressortirait

  4. La production française n’est plus du tout de la qualité de ce qu’elle était. Tant dans le jeu des comédiens et acteurs que dans les prises de son, que dans l’élocution. Une grande faiblesse plombe et s’ajoute, le poids du lobby LGBT lequel s’insinue dans chaque production ouvertement ou par filouteries. Une exemplarité qui concoure à la distanciation des êtres humains se croyant obligés de s’engager dans une voie ou dans l’autre afin de se révéler à la face de leurs contemporains « dans le vent » ou « dans l’air du temps », comme vous le souhaitez.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

L'intervention média

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois