[CINÉMA] Le Mage du Kremlin, le film outrancier sur l’ascension de Poutine

Écrit par Giuliano da Empoli et publié en France chez Gallimard, le livre a aujourd’hui son adaptation au cinéma.
film Le mage du Kremlin
image AlloCiné

Grand Prix du roman de l’Académie française en 2022, Le Mage du Kremlin, écrit par Giuliano da Empoli et publié en France chez Gallimard, a droit aujourd’hui à son adaptation au cinéma par Olivier Assayas. Dans son roman, l’ancien conseiller politique de Matteo Renzi, classé au centre gauche de l’échiquier politique italien, imaginait la visite d’un journaliste et universitaire américain dans la datcha de Vadim Baranov, un ancien producteur de télévision devenu conseiller officieux de Vladimir Poutine dans les années 90. Réunis intellectuellement par une passion commune pour la littérature de Zamiatine, le journaliste américain et Baranov (personnage fictif, librement inspiré de Vladislav Sourkov) échangent alors sur l’ascension de Poutine et sur son exercice controversé du pouvoir…

Le témoin d’une époque

Construit comme un immense flash-back, le récit débute sous l’ère Gorbatchev, en pleine perestroïka. Une période de libéralisation du régime et d’américanisation des mœurs durant laquelle Vadim Baranov (Paul Dano), occidentalisé comme une partie non négligeable de la jeunesse russe, abandonne sa vocation artistique pour se lancer dans les affaires, les médias, puis dans la vie politique. L’occasion pour lui de côtoyer les oligarques, futurs milliardaires qui se partageront, toute la décennie durant, l’économie du pays ; et notamment Boris Berezovski, l’actionnaire majoritaire de la chaîne de télévision ORT, dont il devient très vite le bras droit. Ensemble, Baranov et Berezovski envisagent l’après-Eltsine et décident de promouvoir l’accession de Vladimir Poutine (Jude Law) aux plus hautes fonctions de l’État. Un jeu dangereux qui finira par se retourner contre eux…

La création d’un « monstre »

Tourné en Lettonie avec des acteurs anglo-saxons, comme le récent Limonov de Kirill Serebrennikov, le film d’Assayas signale en intertitre d’ouverture le caractère fictionnel de son récit, mais s’attache tout du long à nous en jurer la véracité… Évoquant la mauvaise gestion de la tragédie du sous-marin Koursk et les sulfureuses personnalités politiques qui ont gravité autour de Poutine (Boris Berezovski, Evgueni Prigojine, Edouard Limonov), Le Mage du Kremlin peint un chef d’État apathique, dangereux, assoiffé de pouvoir sur l’ensemble du monde et, peut-être nous dit-on, suffisamment machiavélique pour fomenter contre son propre peuple les attentats à la bombe de septembre 1999, attribués officiellement aux séparatistes tchétchènes, pour mieux leur déclarer la guerre… Une insinuation lâchée au cours de la discussion par le journaliste américain, assurant qu’il existe « des preuves ».

De la même manière, le film insinue l’assassinat de Berezovski, officiellement mort par suicide. Outre ses clichés sur la Russie, ce film bavard et foncièrement académique dans sa mise en scène s’avère finalement incapable d’analyser de façon rationnelle l’ascension de Poutine.

1 étoile sur 5

 

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

71 commentaires

    • Allez le voir avant de critiquer.
      Vous pourrez ainsi vous faire une idée.
      Vous avez pour habitude de critiquer les livres que vous n’avez lus ?

  1. Contrairement au livre qui ne versait pas dans l’outrance et qui pouvait se lire (presque) comme un roman de fiction, le film est une charge grossière contre Vladimir Poutine qui se voit dépeint comme le diable absolu. De plus, on s’ennuie et même le jeu des acteurs, pourtant plutôt bon ne parvient pas à donner de l’éclat à l’ensemble. En parlant d’éclat la qualité d’image est plutôt médiocre, à l’exception de quelques scènes d’extérieurs souvent tournées avec des drones. Ne perdez pas votre temps et votre argent.

    • Pourquoi, Poutine n’est pas un monstre froid ? Il faudrait réviser vos critères,
      et étudier de plus près son passé et sa mentalité totalitariste ! Un criminel !

      • Je vous parle d’un film et vous me reprochez une analyse du personnage réel ? Vous aussi révisez vos critères. Je ne connais pas Poutine, difficile de se faire une opinion quand on sait que presque tous les médias occidentaux nous mentent, et ça c’est factuel.

      • Hadrien a raison les campagnes anti Trump et Poutine font rage sur les chaines d’infos subventionnées ceci dit en passant, je ne dis pas qu’ils sont parfaits, mais quand on voit chez nous ce qui se passe franchement, pas de quoi pavoiser

    • Vous appelez ça comment un Président élu à vie, un Pays où les élections ne sont qu’une mascarade lorsque les opposants sont éliminés un par un (le plus souvent physiquement) pour obtenir des résultats dignes d’une république bananière.
      Quant aux Russes, je leur conseille effectivement de souscrire en silence à la diktat du Tsar, sinon ils finissent dans des geôles en Sibérie.
      Tout pays doit permettre l’existence de contre-pouvoirs, sinon c’est une dictature !
      Enfin, comment expliquez-vous que l’homosexualité soit encore considérée comme un délit en Russie ?
      C’est ça une démocratie ?

  2. Quel metteur en scène osera faire un film sur Macron, son viol lorsqu’il était adolescent, son ascencion artificielle, la disparition mystérieuse de sa fortune gagnée chez Rotschild, les ventes de fleurons français aux USA ou à d’autres, les mystères de la biographie de son épouse, etc … Film de fiction bien sûr!

  3. Oui, lorsque l’on est poutinophobe (et donc naziphile) on peut raconter des craques et surtout en faire des films qui ne sont pas interdits . Imaginez un film sur micronimus ou trompette du même style!

    Il est clair que pour moi, Poutinophile et russophile, je trouve cela odieux.
    Mais que voulez vous, en tant que chrétienne, je ne peux qu’admirer quelqu’un qui est notre représentant mondial de la chrétienté (depuis le 28 mai 2016).
    Et que, pendant cette guerre qui a été déclarée, à Lui comme à son pays, par les occidentaux =révolution de couleur de Maïdan, puis traités de Minsk bafoués -ceci avoué publiquement par Merkel et Hollande, ce n’est pas moi qui l’invente!), il fait son possible pour éviter de tirer sur des civils (comme certains autres chefs de gouvernement) .

    Mais voilà = avec les faux drapeaux (les occidentaux savent faire) permettant de faire croire à sa méchanceté, avec l’aide aux agresseurs envoyés avec l’argent de Nicolas et Pimprenelle afin de faire récupérer par le joueur de piano debout des régions qui ont voté pour avoir leur autonomie et être rattachées à la Russie (ils ont fait pareil dans d’autres pays, car si les élections ne leur conviennent pas, ils la refusent et font en sorte qu’elle soit annulée, même micronimus l’a avoué!), il leur est facile de manipuler l’opinion, comme ils l’ont fait d’ailleurs avec les pandémies et l’obligation de se faire injecter.

  4. Étonnants commentaires caricaturaux de la part de lecteurs de BV ! J’ai l’impression que certains ont oublié que l’ogre Poutine mange des petits enfants au petit-déjeuner…

  5. Il est possible que ce film soit un  » film outrancier ». Je ne l’ai pas vu et n’irai pas le voir. Il me suffit de savoir que Poutine, ce communiste du KGB, est au pouvoir depuis 26 ans, fait assassiner ses opposants, a déclenché une guerre aux 2 millions de victimes, ne veut pas de cessez-le- feu, rase entièrement des villes, bombarde les civils, enlève des enfants à leurs familles… Et ceux qui analysent ses discours (la grande spécialiste de la Russie : Françoise Thom) expliquent qu’il projette de ré-annexer les pays baltes. Et ça c’est pas du cinéma.

    • Tout a fait d’accord, c’est une bonne décisions de contribuer a l’éliminer bien qu’il répond a des menaces venus de l’étranger mais le problème c’est qu’a part Poutine il en existe bien d’autre, alors, pourquoi que Poutine ?

    • « 2 millions de victimes, ne veut pas de cessez-le- feu, rase entièrement des villes, bombarde les civils, enlève des enfants à leurs familles » = vous ne confondrez vous pas avec Gaza?

      La Russie a reconstruit entièrement Marioupol depuis qu’elle a été libérée des na zis, et ce sans demander un sou à qui que ce soit, par exemple.

      La Russie tape sur tout ce qui permet à l’armée d’avoir des armes = fabriques, et malheureusement pour la population les sites fournissant de l’énergie pour les usines de fabrication d’armement, ce qui fait que la population se trouve sans énergie), tandis que l’ukraine et donc les pays occidentaux s’en donnent à cœur joie sur les habitations civiles!

      Quant aux enfants soit disant enlevés , ils ont été déplacés vers des lieux plus sécurisés et nombre ont été rendus à leur familles, dès que la zone d’habitation a été sécurisée.

      lisez la presse internationale (et pas forcément russe, rassurez vous) et non occidentale = cela vous fera du bien.
      Quant au projet d’annexer les pays baltes = vous ne confondriez pas avec l’annexion du Groenland par les EU?

  6. Je nirai pas voir ce film. Mais il serait bon que la RUSSIE rejoigne l’Europe, comme le préconisait notre Géneral. De l’Atlantique à l’Oural, Grand pays avec une civilisation, chrétienne comme la notre.

  7. Toujours à critiquer les autres mais un film outrancier sur l’ascension de Macron ne leu poserait aucun problème hormis le flop prévisible mais film qui serait imposé en rediffusion systématique sur toutes les chaînes de télévision pour amortir les frais et donner des moyens publics pour recommencer toujours et encore.

  8. Quand je vois certains commentaires je suis abasourdi par la crédulité, sans réserve, de nos concitoyens. Cette capacité à absorber les messages orientés du cinéma et des médias français sans essayer de comprendre l’opinion adverse ou juste de vérifier la véracité du bourrage de crane qu’on nous impose. Si les gens se font manipuler, c’est bien parce qu’ils le veulent. On a Macron, on s’appauvrit, on fabrique nos ennemis, on se fait remplacer… Et on continue à suivre le système les yeux fermés. Nous n’avons que ce que nous avons semé.

    • Oui, mais il faut lire la presse internationale pour faire des recoupements et analyser ce que l’on lit.
      Pour moi qui ne maîtrise absolument pas les langues étrangères, j’adore la possibilité de traduction instantanée des articles, même si quelquefois la traduction un peu bizarre sur le plan grammatical) ou lorsque les mots ne sont pas à la même place dans la phrase (suivant les langues)

  9. je n’ai pas lu le livre , j’ai vu le film , l’acteur qui joue Poutine est très bon , on a l’impression de voir le vrai , pour le reste, j’ai pris cela pour un film de distraction , et non pour un documentaire historique .

  10. Le nouveau film d’Olivier Assayas ne manque pas d’atouts.
    A travers cette adaptation du roman de da Empoli, la genèse de l’arrivée au pouvoir du monstre Poutine (qui ne recule devant aucune méthode pour éliminer ses adversaires) est parfaitement présentée.
    Paul Dano et Jude Law, respectivement dans les rôles du conseiller et de Poutine lui-même sont remarquables.
    Pour autant, plusieurs reproches peuvent être faits au film.
    Ainsi, je l’ai trouvé trop dense avec sans doute trop d’événements compressés en un peu plus de 2h, ce qui donne un sentiment d’étouffement.
    De plus, le rythme toujours intense du film aurait sans doute mérité plus d’alternance entre temps forts et temps faibles.
    Enfin, comme il a été précisé, ce nouvel opus d’Assayas est également peut-être trop bavard.
    Sinon, « Le mage du Kremlin » reste une œuvre de qualité, ce qui n’a pas toujours été le cas avec Olivier Assayas.
    On se souvient, entre autres, du très moyen « S’ils Maria ».

    • Parmi tous les talents bavards du polymathe de service, nous avions oublié celui d’éminent critique de cinéma.

      • Je vous trouve dur, c’est un excellent critique de cinéma. Ces choix bien tranchés sont sûr, il suffit juste de les prendre à l’envers.

      • Vous êtes excellentissimes tous les deux !!!
        Ah mais ses gouts c’est quelque chose, marrant que je lis ses critiques élogieuses, ça me fait fuir dans le sens inverse
        Et un film sur O Marleix, « suicidé » alors qu’il s’apprêtait à dénoncer certaines dérives de macron, et d’autres aussi, l’assassinat politique n’est pas réservé qu’au « monstre » Poutine, qu’on remonte plus loin chez nous, Boulin, Bérégovoy….

    • Le Monstre Poutine qui est toujours aussi aimé de son peuple (qui parfois trouve qu’il n’est pas assez méchant avec ceux qui l’agressent depuis 20 ans environ!)

      • En attendant en Russie ils ont bien moins de problème d’immigration que nous, les gens peuvent se promener sans crainte, voyez leur métro j’ai vu des vidéos c’est magnifique, et propre , leur économie se porte bien mieux que la nôtre, pourtant nono lemaire devait la faire couler, bah non c’est la notre qui a coulé …

  11. Entièrement d’accord avec l’article. J’ai lu le livre et il est bien moins outrancier. Je n’ai vu du film que la bande annonce et cela m’a dissuadé d’aller le voir. On comprend très bien le message de la BA et dès lors du film « Poutine est assoiffé de pouvoir et de sang ». Un film dans la lignée de la servilité des bienpensants envers les maitres occidentaux. Un film de propagande grossière qui plaira aux thuriféraire du système européen, en roue libre, qui nous prépare chaque jour un peu plus à une UE totalitaire. A moins que ce ne soit qu’un énième remake raté de Dracula ?

      • C’est peu être vrai, en tout cas, vos commentaires oiseux vous vous en faites une roue, comme le paon. Revoir votre « faconde », votre fondu enchaîné me semble urgent.

      • ce que vous ne comprenez pas, c’est que ce genre de commentaire me fait (et à d’autres) envie de penser totalement l’inverse.
        Il est vrai que Vladimir Poutine n’est pas un dirigeant de gauche. qu’il refuse le wokisme, qu’il est très croyant. Donc pour une frange de la population cela ne le fait pas.

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