Editoriaux - Justice - Radio - Rencontres - Société - 26 octobre 2017

Le choix du jour : « Balance ton porc » ou tape toi un(e) vieux(eille) riche !

Convenez-en avec moi, chers lecteurs : on vit décidément une époque formidable ! Grandiose, même. C’est chaque matin l’épate, la surprise qui vous cloue sur place, les bras bleus à force de se pincer pour y croire… C’est pourtant vrai : nous habitons désormais en Absurdie, continent merveilleux où l’ahurissant se jette à gros bouillons dans l’océan du n’importe quoi.

Ainsi – chose qui n’aura pu vous échapper – nous assistons, depuis trois semaines maintenant, au grand loto du « balance ton porc ». Tremblez, célébrités, hommes connus ou méconnus, petits chefs de bureau, collègues à l’affection tactile, partisans du free hug ou vous tous qui aimez contempler les silhouettes féminines comme autant de cadeaux offerts au regard ! Sachez-le, la nature vous a faits salopards et vous allez devoir payer pour toutes vos turpitudes. Allez, hop ! Au tribunal ! Et tant pis pour la justice engorgée.

Et donc, dans cette atmosphère de dénonciation tous azimuts et de chasse au mâle libidineux, qu’a-t-on vu s’installer aux portes des universités parisiennes ? De grands panneaux publicitaires du site RichMeetBeautiful.fr sur lesquels on peut lire ce slogan : “Hey les étudiant(e)s, romantique, passion et pas de prêt étudiant, sortez avec un sugar daddy ou une sugar mama.” Traduction : « Hé, les jeunes, vous n’avez pas de fric et vous êtes plutôt mignon(ne) ? Alors tapez-vous un vieux ou une vieille pleins de pognon. »

Ben quoi ? Où est le problème ? Faut être pragmatique si l’on veut avancer dans la vie, non, et voilà un moyen simple et facile d’y parvenir.

Cette merveilleuse idée, allez savoir pourquoi, en a choqué certains. Qui en ont référé à la mairie de Paris, laquelle a “saisi le procureur de la République et la plateforme de signalement Pharos” pour demander la fermeture du site RichMeetBeautiful.fr. L’adjointe chargée de la lutte contre les discriminations a précisé à l’AFP : “Outre le trouble à l’ordre public d’une publicité qui peut être vue par des mineurs, ce site est une violence faite aux femmes. Derrière ces images dorées, des jeunes peuvent tomber dans la prostitution”, a-t-elle précisé. “Nous voulons une enquête qui pourrait amener à des poursuites pour proxénétisme”, a-t-elle ajouté.

Question, en passant : pourquoi une violence “faite aux femmes” ? Autant qu’il me semble, l’offre vise les deux sexes. On notera, d’ailleurs, que l’annonce publicitaire respecte scrupuleusement l’égalité en utilisant l’écriture inclusive. Bravo !

De son côté, la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) a décidé de porter plainte pour « proxénétisme », estimant dans un communiqué que “cette publicité a pour objet d’attirer les étudiant-es en situation de précarité […] et de les inciter à accepter de se livrer à des actes sexuels avec des personnes plus âgées”. Et de dénoncer : “D’un cynisme total […], la société prospère sur la précarité rencontrée par une partie des jeunes. Après plusieurs pays européens, elle s’attaque aujourd’hui aux campus français, en proposant une solution indigne.”

Pourtant, Marlène Schiappa, notre sémillant secrétaire d’État à l’Egalité entre les femmes et les hommes, n’est pas convaincue par l’analyse. Interrogée ce jeudi sur Sud Radio, elle n’a pas caché sa perplexité : “Est-ce qu’il s’agit de rencontres consenties ou est-ce qu’il s’agit de proxénétisme et d’une forme d’incitation à la prostitution qui pourrait tomber sous le coup de la loi ? On est en train de regarder très précisément les aspects juridiques. Mais, très honnêtement, il y a un doute”, a-t-elle dit.

Nous voilà bien !

Enfin, pendant que tout ce beau monde discute, il me vient une idée. Jeunes gens, en étant un peu astucieux, il y a sûrement moyen de doubler la mise : se taper un(e) vieux(eille) riche ET l’accuser de harcèlement sexuel. Vu le contexte ambiant, ça ne devrait pas être trop difficile à plaider…

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