Sept années après l’engagement armé de la France au Sahel, l’impression d’un enlisement de l’opération prévaut dans l’opinion publique, qui pense qu’il est urgent de se sortir de ce bourbier sanglant. On serait tenté d’y adhérer si la question était aussi simple. Cette gravissime décision ne peut dépendre d’un simple sondage d’opinion mais doit reposer sur la froide analyse de l’enjeu géostratégique et idéologique de l’affrontement en cours.

Ce qui se joue au Sahel est l’instauration d’un califat djihadiste, s’étendant de la Mauritanie au Tchad. Immanquablement, ses métastases terroristes gagneraient l’Europe, la menaçant dans sa intérieure. Une victoire djihadiste au Sahel provoquerait également la déstabilisation de toute l’Afrique, avec un inéluctable effet boomerang pour l’Europe, encore elle.

De surcroît, le désengagement de la France ne manquerait pas d’être présenté comme la capitulation, en rase campagne, de son armée. Que resterait-il, alors, du crédit de la France dans le monde ? Nous sommes donc contraints de gagner cette guerre imposée. Encore faut-il ajuster la stratégie générale à appliquer.

L’histoire militaire enseigne qu’une stratégie gagnante consiste d’abord à jouer des vulnérabilités propres des belligérants. La vulnérabilité de se situe essentiellement au sol, sur un théâtre d’opérations immense qu’il lui est impossible de contrôler en surface. À cet égard, il importe de stimuler fermement les pays concernés pour reconquérir leurs territoires avec notre assistance. Comme nous sommes loin du compte, les déplacements au sol des unités de Barkhane, opérationnels et logistiques, doivent tendre vers zéro car ils tombent fatalement dans des pièges sanglants. Nos opérations terrestres doivent se limiter aux coups de main des Forces spéciales. Cette mutation est permise par notre arsenal en moyens aériens de transport.

La première vulnérabilité de l’ennemi est politique et logistique. L’hydre djihadiste se dégonflera d’elle-même si on lui coupe la queue constituée par ses soutiens étrangers en financement et armements. Informée par nos services de renseignement extérieurs, notre diplomatie doit se montrer d’une intransigeante fermeté vis-à-vis des pays impliqués. Nous devons même nous réserver le droit d’actions diverses de représailles en vertu du droit de poursuite.

L’autre vulnérabilité déterminante de l’ennemi est opérationnelle, procédant de l’épée de Damoclès de notre monopole du ciel et de l’espace. En compensation de notre effacement terrestre, nous devons exploiter à fond cet atout décisif en intensifiant notre action dans la troisième dimension. Satellites, drones, hélicoptères et avions doivent conjuguer leurs efforts pour déceler et détruire immédiatement tout ce qui bouge chez l’ennemi. Ainsi paralysé, il sera vaincu.

Dernière observation de taille : il importe d’inciter nos alliés européens, tout autant concernés que nous, à prendre toute leur part de Barkhane. Le sang versé de nos soldats, auxquels nous ne rendrons jamais assez hommage, nous autorise à hausser le ton. En cas de besoin, nous devons brandir la menace d’une déduction de nos opérationnelles de notre contribution financière au budget de l’Union européenne.

En bref, comme nous l’avons appris de Clemenceau, pour gagner une guerre, il ne faut pas la faire à moitié !

18 janvier 2021

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