Editoriaux - 22 avril 2019

Attentats du Sri Lanka et de Christchurch : au prisme du politiquement correct

Le parallèle entre les attentats au Sri Lanka et celui de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, se traduit par la phraséologie politiquement correcte qui consiste à noyer le poisson dans une dénonciation globale de la violence et du terrorisme, comme s’ils étaient des réalités en soi, des causes efficientes qu’il s’agirait de combattre en tant que telles. En réalité, il y a des terroristes qui sont par définition violents, et ce sont eux qui doivent être combattus.

On remarquera, d’abord, une absence de symétrie dans leur désignation. Le « suprémaciste blanc » australien, Brenton Tarrant, a été clairement identifié et l’extrême droite a subi l’amalgame habituel qui consiste à propager la culpabilité de proche en proche vers tout ce qui ressemble à une défense de l’identité occidentale et des frontières. Mais, à la réflexion, c’est encore une fois la dissymétrie qui devrait, ici, susciter l’étonnement. Il n’y a aucune égalité entre les discours conservateurs qui défendent l’identité de la nation ou de la civilisation, qui sont désormais suspectés de « phobies » diverses, et les menaces suivies d’agressions contre cette identité. La phobie est une attitude pathologique mais, curieusement, elle accentue les peines judiciaires devant les tribunaux, et « morales » dans les médias. A contrario, on observera que les agressions commises par des étrangers sont souvent édulcorées par des considérations d’ordre psychiatrique ou culturel. En résumé, l’islamophobie est un crime aggravé. La christianophobie est un dérangement mental en grande partie excusable par le passé colonial et oppressif du christianisme, et par les difficultés de la vie des immigrés ou des ressortissants des anciennes colonies, baignant dans des atmosphères culturelles différentes des nôtres.

Or, lorsque l’on quitte la désinformation de la pensée unique qui asphyxie les grands médias et que l’on en revient aux faits, on s’aperçoit qu’il y a, d’un côté, à Christchuch, comme naguère en Norvège, un acte isolé commis par un homme seul, dont les idées extrémistes de droite fondées sur le délire de la puissance nourrissent le narcissisme. Dans ce comportement, n’y a-t-il rien de pathologique ? En revanche, les attentats commis au Sri Lanka contre les chrétiens dans trois églises lors de la messe de Pâques (la plus grande fête chrétienne) ont été coordonnés par un groupe d’hommes, et l’on suspecte particulièrement une organisation islamiste, déjà coupable d’attaque contre les bouddhistes – majoritaires dans le pays. Le chef de la police, Pujut Jayasundara, a même précisé qu’il avait appris, il y a dix jours, que le National Thowheet Jama’ath projetait de s’attaquer à des églises. Là encore, on ne peut que s’étonner de la très grande prudence dont ont fait preuve les autorités sri-lankaises, les médias, les chefs d’Etat étrangers et jusqu’au pape lui-même. Tous se sont gardés de prononcer le mot « musulman » ou même « islamiste », comme s’il s’agissait de nitroglycérine. Même à titre d’hypothèse. Pourtant, le mode opératoire, la cible, le jour choisi, la haine commune des chrétiens dans leurs églises et des Occidentaux dans leurs hôtels convergent vers cette origine.

La double question de la dissymétrie et de la prudence confinant à la peur mérite d’être posée. Il est évident qu’une guerre existe entre des musulmans et l’Occident. Que l’on veuille éviter de dire que c’est un conflit entre tout l’islam et tout l’Occident est compréhensible, car ce serait faux. Mais vouloir accentuer quelques réactions extrémistes d’un côté en minimisant l’ampleur collective de la violence ciblée de l’autre relève de l’aveuglement et de la lâcheté. Beaucoup de musulmans vivent leur foi de façon sereine, mais les textes n’invitent pas toujours à cette sérénité. Ils justifient le prosélytisme et la conquête, au besoin par la force. Majoritaires, comme au Pakistan, ou minoritaires, comme au Sri-Lanka, nombreux sont les musulmans qui sont islamistes, c’est-à-dire développent une hostilité envers les autres groupes religieux. Il faut avoir l’honnêteté et le courage de le dire et s’interroger sur les raisons pour lesquelles ces deux vertus sont si rares dans nos médias et chez nos hommes politiques.

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