On apprend, dans Le Parisien de ce mercredi, que la SNCF a un service spécialisé : une « nudge unit » de plusieurs employés. Des gens qui nous fabriquent des « nudges » (parce qu’en anglais, c’est mieux). Des aides, si vous préférez, sous forme d’affiches et de dessins pour nous inciter aux bons comportements : arrêter de pisser dans les couloirs déserts, jeter ses déchets, préparer son ticket avant d’arriver au tourniquet… bref, toutes ces choses qu’on ne saurait faire sans tuteur. La SNCF est très fière de ses nudges, une politique discrète, dit-elle, « inspirée des sciences comportementales ». Et du modèle chinois.

Le monde entier, plus exactement le monde occidental, honnit les Chinois. Des barbares qui ont enrégimenté leur milliard et demi d’habitants, les transformant en fourmis dociles au fond de leurs termitières. Champions de l’ingénierie sociale, ils ont repris et amélioré cette pure merveille qu’est « le crédit social », inventé dans les années 1920 par un Écossais sur des fondements purement économiques.

Le système de M. est autrement plus tordu, qui consiste à mettre en place une notation des citoyens et des entreprises corrélée à un système de récompenses et de pénalités pour ceux respectant ou ne respectant pas les règles édictées. Chacun se voit ainsi attribuer de 350 à 950 points, soit le fameux « crédit social », établi à partir des données dont dispose le à propos de son statut économique et social. Un système de surveillance de masse qui utilise les données du big data pour, officiellement, lutter contre les fraudes. Toutefois, sous prétexte de bonne moralité, on voit bien que ce système est éminemment politique et vise à étouffer dans l’œuf toute velléité de protestation.

Lancé dans les années 2000, expérimenté depuis 2014 et généralisé depuis 2020, ce système – appelé « l’œil céleste » – a donné sa pleine mesure lors des confinements « zéro Covid » de ce printemps où les populations des grandes métropoles ont été littéralement emmurées vives.

On a, de ce côté de la planète, poussé des cris d’orfraie. Pour la forme. Car la pandémie organisée a permis de tester et d’affiner partout les dernières trouvailles de l’ingénierie sociale. La méthode est désormais bien rodée : on commence par paniquer les citoyens, puis on feint de les sauver d’une horrible à condition qu’ils soient bien sages et bien disciplinés, jusqu’à croire qu’il est meilleur pour leur santé de boire un café debout plutôt qu’assis. Alors, le modèle chinois a essaimé. D’ores et déjà, nos voisins italiens s’en sont inspirés. Le « crédit social » est en vigueur à Rome et à Bologne en attendant, c’est certain, de gagner tout le pays. Pour récompenser les citoyens vertueux, il faut utiliser l’application Smart Citizen Wallet, parce que c’est toujours mieux en anglais d’aéroport.

Le Français, qui persiste à se croire forte tête, se dit qu’il ne tolérera jamais ça. Tu parles ! En réalité, et sans s’en rendre compte, il a déjà basculé du côté obscur de la soumission, habitué qu’il est à s’entendre dire quotidiennement : fais pas ci, fais pas ça, mouche ton nez, mets ton masque, crache dans ton coude, bois de l’eau, aère ta chambre, sors ton parapluie, n’embrasse plus ta grand-mère, mange cinq fruits et légumes, dénonce ton voisin sur Tousanticovid, etc.

Incapable désormais de piloter son existence, le citoyen du nouveau monde s’en remet en tout et pour tout à l’État, soutenu dans sa tâche par ses grandes entreprises pourvoyeuses elles aussi de bon conseils. Comme la SNCF.

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8 juin 2022

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23 commentaires

  1. Notre démocratie est pré-populaire. Nicolas Berggruen, parrain et financier d’Emmanuel Macron, nous avait prévenu : « Le paradoxe de la démocratie : afin de sauver la démocratie, nous devrons peut-être en avoir moins ». Autrement dit, pour avoir davantage de libertés, il faut moins de libertés. On se croirait chez Orwell. Ou en URSS. Cela dit, ne surjouons pas l’étonnement : ils sont nombreux ceux qui, depuis deux siècles, nous disent que la démocratie n’est que le paravent d’une tyrannie.

  2. et enfin:
    • Modification du contrat social : le citoyen avait des droits en République Française, mais avec Macron, il aura aussi des devoirs qui pourront passés avant ses droits et c’est l’Etat qui décidera des devoirs et tout devient alors possible, surtout le pire
    • ….comme je l’écrivais déjà LAREM devient LADEM cad, La Dictature En Marche

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