29 mai 1825 : Charles X, le dernier sacre de France
Le 29 mai 1825, sous les voûtes millénaires de la cathédrale de Reims (voir l'article de notre confrère Samuel Martin sur la magnifique exposition qui se tient aux Gobelins, à Paris, jusqu'au 20 juillet), Charles X était sacré roi de France. Il ignorait alors qu’il serait le dernier monarque, héritier de traditions remontant à Clovis, à recevoir un tel honneur. Deux siècles plus tard, cet événement grandiose et hautement symbolique apparaît comme une parenthèse enchantée, un moment suspendu dans le temps, dans une période où la monarchie des Bourbons vit ses derniers instants.
Le roi est mort, vive le roi !
Le 16 septembre 1824, Louis XVIII s’éteint au palais des Tuileries après avoir régné pendant une dizaine d’années sur une France bouleversée par la Révolution et l’Empire. Ses funérailles royales seront alors les dernières que connaîtra la France. N’ayant pas de descendants, son successeur se trouve être son frère, le comte d’Artois, qui monte ainsi sur le trône sous le nom de Charles X. Âgé de soixante-sept ans, ce prince à l’allure noble, ancien émigré et fervent catholique, incarne l’Ancien Régime dans une France profondément marquée par les bouleversements révolutionnaires puis impériaux.

Reproduction de la chapelle ardente de Louis XVIII. © Eric de Mascureau
Dès le début de son règne, Charles X manifeste sa volonté de frapper les esprits et de restaurer les symboles traditionnels de la royauté, à commencer par le sacre. Là où son frère avait renoncé à organiser un tel événement, estimant que la situation politique ne s’y prêtait guère, Charles X y voit au contraire un moyen de réconcilier les Français autour d’une idée commune.
La résurrection d’un rite ancien
La cérémonie, fixée au 29 mai 1825, représente alors un véritable défi logistique. Depuis 1775 et le sacre de Louis XVI, bien des choses ont été perdues ou oubliées du fait de la parenthèse révolutionnaire et impériale. Ainsi, il faut se replonger dans les archives pour retrouver le rituel exact, concevoir les décors et confectionner les costumes de tous les acteurs de cette journée exceptionnelle. On part retrouver également des trésors oubliés comme la sainte ampoule, dont une partie du contenu avait été miraculeusement préservée pendant la Révolution. Il faut aussi reforger les regalia (objets symboliques de la royauté) et réaliser une nouvelle couronne.
On répartit aussi les tâches avec soin : un grand aumônier est désigné pour superviser la cérémonie religieuse, un grand maître des cérémonies pour le protocole, un grand maître de France pour les festins, un grand chambellan pour la musique, les costumes et les présents offerts. Le tout est coordonné avec le concours du garde-meuble de la Couronne, chargé de fournir l’ameublement nécessaire pour la cathédrale mais aussi pour les résidences dans lesquelles le roi et sa famille résideront.
Face à des dépenses aussi nombreuses qu’inévitables, le budget voté par la Chambre des pairs et la Chambre des députés est rapidement dépassé. Cependant, les préparatifs sont achevés dans les temps, permettant ainsi à Charles X de se mettre enfin en route pour Reims afin d’y être solennellement consacré lieutenant de Dieu sur Terre.
Une journée inoubliable
Arrivé en cortège depuis le palais du Tau le 29 mai, Charles X entre dans la cathédrale de Reims vers 8 heures, entouré de princes, de pairs de France, d’une myriade d’évêques et de membres de la noblesse d’Ancien Régime comme d’Empire. Le roi commence la cérémonie en prêtant plusieurs serments rituels, notamment sur la Charte constitutionnelle de 1814, puis reçoit ensuite une paire d’éperons et l’épée royale. Mgr de Latil, archevêque de Reims et héritier de saint Remi, l’oint ensuite avec l’huile sainte avant de poser sur ses épaules un somptueux manteau fleurdelysé et de lui remettre l’anneau, les regalia puis la couronne.

Reconstitution de la cathédrale de Reims lors du sacre de Charles X © Eric de Mascureau
Désormais sacré, Charles X monte sur le jubé et se présente face à son peuple rassemblé, qui l’acclame aux cris de « Vive le roi ! » En cet instant solennel, la France semble n’avoir jamais connu ni aimé autre chose dans son Histoire que la royauté. La cérémonie s’achève par la messe, célébrée vers 11h30. Le roi repart ensuite vers le palais du Tau pour déjeuner, tandis qu’une foule enthousiaste ne cesse de l’acclamer le long du chemin.
Le festin du sacre dure alors moins d’une heure. Les heureux convives sont invités à un service « à l’ambigu » leur permettant de se servir à leur guise parmi huit plats présentés simultanément. Les mets les plus succulents et les boissons les plus délicieuses sont alors présentés et dégustés dans de la porcelaine de Sèvres, dans des verres en cristal de Montcenis ou encore dans de l’argenterie et des bronzes dorés venus des Tuileries.
La fin d’une parenthèse d’exception
Le lendemain du sacre, lors d’une cérémonie solennelle, Charles X restaure l’ordre du Saint-Esprit, ordre de chevalerie fondé par Henri III en 1578 et supprimé en 1791. Louis XVIII avait souhaité le rétablir au début de son règne, mais seul un roi sacré, en tant que grand maître, en avait le pouvoir. Quelques jours plus tard, le 6 juin, Charles X regagne enfin Paris. Les foules se massent alors sur les trottoirs et aux fenêtres, impatientes d’apercevoir le souverain sacré. Selon le journal Le Moniteur, « la capitale a revu son roi ; 500.000 habitants se sont pressés sur son passage, l’ont salué de leurs acclamations et ont épuisé tous les moyens d’exprimer les sentiments dont ils étaient animés ».
Mais cette liesse populaire, ces fastes retrouvés, ce cérémonial d’un autre âge n’étaient, au fond, qu’une parenthèse enchantée où la France semblait retrouver son passé glorieux, sa foi et son roi, comme si rien n’avait changé depuis 1789. Cependant, les réalités du pouvoir et les tensions politiques refont rapidement surface. En 1830, à peine cinq ans après ce jour de sacre, écho éclatant d’une tradition millénaire, Charles X est renversé lors des Trois Glorieuses, provoquant l’exil du dernier roi de France.
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15 commentaires
Merci pour votre bel article…
« Charles X est renversé lors des Trois Glorieuses provoquant l’exil du dernier roi de France », Cette conclusion de l’article n’est ni fortuite ni une erreur historique de la part de son auteur… Elle exprime implicitement le discrédit qui frappe – aux yeux des royalistes traditionnalistes – l’accession au trône en 1830 de Louis-Philippe, roi « des Français », et ce du fait de sa conception libérale – et non absolue de Droit divin – de l’exercice du pouvoir monarchique. Cela tient sans doute également aux antécédents régicides de son père Louis-Philippe d’Orléans, lui même guillotiné le 6 novembre 1793…
J’ai omis de préciser la date du dernier événement cité : mai 1958.
Plusieurs anniversaires marquent cette semaine. Outre le dernier couronnement d’un Roi de France , en la personne de Charles X le 29 mai 1825, on note l’ascension victorieuse de l’Everest par Hillary et le sherpa Tenzing , victoire annoncée le 2 juin 1953, à la veille du couronnement de la Reine Elizabeth II. Et nous n’oublions pas la démarche du Président Coty appelant le Général de Gaulle devant le constat de l’état dramatique de la France.
Une pensée ne me quitte pas : qui se lèvera en cette fin mai 2025 pour sauver une France dont l’avenir est plus que préoccupant ? Inutile de détailler les observations largement partagées.
Dites-vous que Charles X fut le dernier roi de France parce que son successeur, Louis-Philippe 1er – roi lui aussi- , s’était donné le titre de roi constitutionnel des Français ?
Charles X était ‘roi de France’, Louis-Philippe ‘roi des Français’ seulement. En fait, le dernier ‘roi de France’ fut Henri V, Comte de Chambord, petit-fils de Charles X, mort sans descendance.
le pognon que ça a coûté a ruiné – encore davantage – le pays. Ces rois n’en avaient cure. idem St Louis, Fr1er, avec leurs croisades ruineuses, Luis XIV et ses fastes, L XVIII et ses caprices… Napoléon, Louis XI étaient plus pragmatiques.
Que dire de Macron qui hait la France et adore se faire passer pour un roi. Il ruine la France sans vergogne.
Vous avez de l’histoire de France non pas des connaissances, mais des ignorances phénoménales. Pour faire court, disons tout de même que pendant un millier d’années, la France sous ses rois s’unifia, prospéra et atteignit ses frontières naturelles, tandis qu’elle a connu depuis 1792 :
– une guerre civile d’une dizaine d’années qui a fait quelque 600,000 morts et dévasté tout l’Ouest du pays,
– le Premier Empire et ses sempiternelles guerres,
– la restauration de 1815,
– la révolution de 1830,
– celles de 1848, de 1852,
– le second empire,
– la révolution de1870 (le retour à la monarchie fut à deux doigts d’être voté),
– suivies de deux guerres mondiales catastrophiques pour le pays,
pour en arriver à la déliquescence actuelle de la France. Il y a de quoi pavoiser, vraiment!
Napoléon a dit: « Un trône n’est qu’une chaise garnie de velours ». Charles X était un roi sot, qui croyait pouvoir faire comme si la Révolution et l’Empire n’avaient pas existé. Et son trône est redevenu chaise.
Rien n’a changé et auhourd’hui le trône est devenu tabouret.
Une chaise percée !!
La sottise est bien partagée.
Des caricatures circulèrent : un piquet avec une couronne de travers pour se moquer de « notre PIEU(X) ROI »…