Nous voilà donc 46 millions de Français sous couvre-feu. C’est que « nous sommes en guerre », ne l’oublions pas. Bientôt, peut-être, il nous faudra descendre à la cave pour échapper aux bombardements de pesticide anti-Covid-19 à fin de décontamination de la vie sociale.

Dès ce vendredi minuit, direction la niche. Un suppo et au lit ! À partir de ce week-end, l’extinction des feux sera à 21 heures. Pas bouger jusqu’au lendemain 6 heures. Heureusement, nous dit-on, « malgré les rumeurs insistantes, le couvre-feu n’a pas été avancé à 19 h par le gouvernement, en tout cas pour le moment ». Ça sent quand même le préambule au confinement, car si les Français n’enfilent par leurs charentaises à l’heure dite, « deux possibilités sont sur la table : avancer le couvre-feu à 19 h, donc, mais aussi le généraliser à toute la France ». C’est RTL qui le dit, informé par des milieux bien informés.

Là, un nouveau problème se pose : que faire de ses soirées ? Il faut occuper les petits et les grands. Papa et maman peuvent jouer au docteur et les enfants se farcir des niaiseries télévisuelles, à moins que ce ne soit l’inverse. Marlène Schiappa va encore être sur les dents, ce qui est une position des plus inconfortables car, c’est sûr, les violences conjugales pourraient repartir à la hausse.

C’est pour éviter ces désagréments en cascade que France 2, télévision payée par notre chère contribution à l’audiovisuel français, a eu une belle idée : rassembler de belles personnes sur un plateau pour offrir, de 23 heures à minuit, un « divertissement culturel » aux noctambules privés de sortie. Ça s’appelle « 6 à la maison », allusion à l’injonction présidentielle sur la règle des 6 à la maison. Voilà le concept : « Artistes, humoristes, intellectuels, acteurs de l’actualité : chaque soir, quatre invités se réunissent autour d’Anne-Élisabeth Lemoine et Patrick Cohen pour proposer aux téléspectateurs une émission à la fois sérieuse et légère autour de la culture et de l’actualité, dans une ambiance chaleureuse et moderne. » C’est sympa, non ?

Je n’ai pas vu la première, qui avait lieu mercredi soir. J’ai regardé vingt minutes de la seconde. Comment dire… Il m’a fallu beaucoup de conscience professionnelle et un canapé solide pour m’y cramponner, tant le danger était grand de sombrer dans cette nullité abyssale.

Le Parisien y consacre, ce vendredi, un papier gentillet sur le thème « Pas facile de trouver le bon rythme pour la première d’une émission ». Sans doute. Néanmoins, « dans la foulée du retour de la série à succès “Dix pour cent”, ce talk-show culturel, dérivé nocturne de “C à vous”, a tout de même rassemblé un million de téléspectateurs, soit 9,1 % de part d’audience ». Le papier ne dit pas combien nous étions, jeudi soir. Il est sûr, en tout cas, que je ne renouvellerai pas l’expérience.

Ce sont Anne-Élisabeth Lemoine et Patrick Cohen qui présentent l’émission dans un décor repensé façon maison, puisque c’est le concept. Pas terrible, surtout la chambre à coucher où sévit l’humoriste de service, le chroniqueur Bertrand Chameroy. Pour la première, les invités étaient Julien Doré, François Berléand, Bérengère Krief et l’ineffable Thierry Ardisson dont Le Parisien nous dit qu’il a fait, tout du long, un récital de « moi, je… » Jeudi soir étaient au menu Bruno Solo, Jacques Weber, Olivia Ruiz et Lucien Jean-Baptiste.

Chacun y va de sa petite histoire qui n’intéresse personne ; Olivia Ruiz travaille son épaulé-jeté (décolleté asymétrique), on rattache en douce la blouse de Mme Lemoine qui plonge trop bas malgré l’heure tardive, Weber qui ne trouve rien à dire raille l’accent du Premier ministre et, malgré les éclats de rire forcés de la présentatrice, l’humoriste puni dans la chambre à côté ne fait rire personne…

Combien nous coûte ce monument de vacuité à la sauce bobo ? En ces temps de crise sanitaro-économique, on aimerait bien savoir.

23 octobre 2020

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