Culture - Editoriaux - Histoire - 20 septembre 2018

Un certain 21 septembre…

Le calendrier nous adresse parfois de ces clins d’œil que le docteur Jung appelait des synchronicités, par exemple, quand la date du 21 septembre rapproche deux événements aussi disparates que le sont, en apparence, l’abolition de la royauté en France (1792) et la mort du poète Virgile (-19). Disparates, certes, mais peut-être pas sans de secrètes analogies.

En effet, de même que le 21 septembre 1792 était déjà porteur du 21 janvier 1793, qui vit la décapitation de Louis XVI, de même le meurtre du prince des lettres latines par l’empereur Auguste venait, en quelque sorte, sceller dans une transgression suprême sa totale mainmise sur les libertés romaines.

Une grande différence, toutefois, c’est que l’exécution du roi de France se déroula en pleine lumière et sous les yeux de tous, tandis que le meurtre de Virgile fut maquillé en une vulgaire insolation. Grâce à quoi Auguste pouvait continuer à passer pour un grand ami de la victime et, moyennant quelques habiles retouches apportées au texte sulfureux laissé par le défunt, imposer pour longtemps une lecture de l’Énéide pleinement conforme à ses vœux.

Vingt siècles d’imposture et de mystification. On n’en sort pas aisément. S’il faut en croire Arthur Schopenhauer, « Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence. » Bonnes nouvelles, donc, le ridicule ne tue pas toujours, et il peut même se retourner contre les rieurs. Pourtant, il est une arme encore plus redoutable que le ridicule, et c’est le silence. L’entrée de Virgile dans ce Panthéon des lettres que se veut la collection de la Pléiade (2015) en a fourni, dernièrement, la navrante illustration. Pas un mot sur la thèse de l’assassinat du poète, une thèse pourtant déjà en circulation depuis plus de vingt ans, et qui venait de recevoir, aux États-Unis, l’onction de la Virgil Encyclopedia (2014). Allez comprendre…

Mais peut-être la situation est-elle meilleure du côté de nos « grands » (et subventionnés) médias ? Pas vraiment. Cette valeureuse presse toujours si prompte à s’enthousiasmer devant l’exhumation du moindre bout d’os de dinosaure, ou à s’enflammer pour des causes humanitaires plus ou moins limpides, là, quand il s’agit de remettre en cause nos certitudes sur un géant de la littérature universelle, elle reste froide comme marbre, frigorifiée, sans voix. Serait-ce que ces grands chasseurs de « fake news » devant l’Éternel, ces gardiens incorruptibles du temple de la Pravda, n’accordent leur estampille qu’aux produits de leur propre cuisine, et condamnent comme complotiste toute nouvelle qui sort des bornes de leur horizon intellectuel et du strict champ de leurs intérêts idéologiques ? Ou peut-être qu’à leurs yeux, l’Histoire, dès qu’elle remonte au-delà de 1789, n’a plus le droit d’exister ? Quant à la poésie…

Il faut dire que, dans l’état où se trouve notre pays sous le règne actuel, les malheureux Français n’ont pas forcément le temps ni le cœur de s’aller rafraîchir aux sources vives de la poésie, fût-elle la plus belle du monde. C’est bien dommage.

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