Politique

Thierry Mariani pose enfin la question de l’alliance avec le Front national

Professeur d'Histoire
 

Les élections italiennes ont constitué une démonstration grandeur nature : ni la droite traditionnelle ni la droite patriote ne peuvent accéder seules au pouvoir. Comparaison n’est pas raison, mais force est de constater que la situation politique transalpine ressemble, par bien des aspects, à la nôtre : une droite usée par les affaires et le pouvoir (Berlusconi) qui finit juste derrière une droite plus jeune et plus intransigeante sur les sujets non négociables (immigration, identité, insécurité, etc.). Et qui ont gagné en s’alliant. Ce fut aussi l’ordre d’arrivée en France, il y a un an : Marine Le Pen : 21 % ; Fillon : 20 %. Et le second tour, malgré la prestation déplorable de Marine Le Pen, rassembla tout de même près de 11 millions d’électeurs, 34 % des voix. Mais en France, il n’y avait pas d’alliance…

Pour les deux droites françaises, désormais, la question de l’alliance est incontournable. Marine Le Pen, durant son année post-électorale où elle tente de refaire surface, l’a mise sur la table le 19 novembre dernier en demandant à Laurent Wauquiez de lui « proposer une alliance politique ». Et, aujourd’hui, c’est l’ancien ministre et ancien député LR Thierry Mariani qui aborde enfin le sujet dans Le Journal du dimanche. En plein congrès du Front national, il fait le constat que la droite a toujours eu besoin d’alliance pour gagner. Pendant quarante ans, ce fut avec la droite centriste. Or, celle-ci a disparu ou s’est fondue peu ou prou dans le macronisme, « à quelques exceptions près ».

Thierry Mariani n’y va pas par quatre chemins et sa logique est imparable :

« Peut-on arriver au pouvoir tout seuls ? Peut-on constituer une majorité sans alliés ? La réponse est non. Sans alliés, nous allons rester dans l’opposition pour longtemps. Il est temps de renverser la table. Le Front national a évolué. Regardons si un accord ou un rapprochement sont possibles. Si on veut des alliés, ils seront forcément de ce côté-là si on veut appliquer un programme de droite. »

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Enfin ! Car cette logique, cette réalité, les électeurs de base, le peuple de droite l’attendent depuis longtemps.

Et il invite Laurent Wauquiez à aller au bout de sa stratégie chamboule-tout :

« Pourquoi ne pourrait-on pas avoir au moins des discussions ? Le FN change de nom, ce qui est un signe. C’est le moment de réfléchir à autre chose. […] Il faut un accord entre tous ceux qui veulent qu’il y ait une politique différente en France, qui retrouve les valeurs de la nation. Le FN et Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan sont évidemment de ceux-là. »

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Thierry Mariani n’a certainement pas parlé sans l’aval de M. Wauquiez. Après ses sorties à l’EM de Lyon, c’est une nouvelle salve de la part du chef LR destinée à montrer qu’à droite, les lignes bougent.

Les électeurs et les militants sont impatients de les voir bouger vraiment. Finis les ni-ni, les lignes rouges, les fronts républicains, les cordons sanitaires, les digues. À la base, tout cela est tombé depuis longtemps. Le peuple a une bonne longueur d’avance sur les élites et les chefs de la droite. Celui qui rattrapera ce retard et se mettra enfin en cohérence avec les attentes du peuple deviendra son prochain leader.

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