Éducation

Projet de loi Orientation et réussite des étudiants : le Sénat fait de l’obstruction

 

Alors que Parcoursup est déjà en place, le Sénat, après l’Assemblée nationale, vient d’examiner le projet de loi Orientation et réussite des étudiants (ORE). On peut s’étonner que le dispositif destiné à remplacer la plate-forme admission post-bac (APB) ait été appliqué avant le vote de la loi, mais il fallait faire vite. La discussion risque cependant de se prolonger : le Sénat, majoritairement à droite, a fait de la résistance en présentant de nombreux amendements.

Compte tenu du choix de la procédure accélérée, le texte n’ayant pas été voté dans les mêmes termes par les deux Assemblées, une commission mixte paritaire va chercher un accord, faute de quoi le dernier mot reviendra au palais Bourbon.

Le sénateur LR Jacques Grosperrin avait annoncé la couleur : « Nous ne donnerons pas un blanc-seing au gouvernement. Nous voulons un vrai débat, une vraie réflexion. » Et de montrer du doigt les formations sous tension (STAPS, psychologie…) « qui mènent à une impasse professionnelle ». Les places doivent être ouvertes, non pas seulement en fonction des vœux des étudiants, mais aussi des débouchés.

Voilà qui déchaîne les foudres d’une gauche qui sort son revolver chaque fois qu’elle soupçonne une sélection déguisée. N’est-il pas naturel que chaque lycéen puisse accéder aux études supérieures de son choix, même s’il n’a pas les compétences requises et si les débouchés sont incertains ?

Jacques Grosperrin n’a pas tort de se soucier des débouchés, qui sont un facteur à prendre en considération. Encore qu’il soit difficile de prévoir quels seront les métiers de demain. On peut se demander si le rôle de l’enseignement supérieur et de la recherche est de se plier aux besoins du marché du travail ou d’apporter aux étudiants le bagage de savoirs et de savoir-faire qui leur permettront de s’adapter à des métiers dont beaucoup ne sont pas encore connus.

Le plus piquant, dans cette affaire, c’est que ce sénateur, fauteur de scandale, ne semble pas dénué d’arrière-pensées politiciennes. En 2011, alors qu’il siégeait à l’Assemblée nationale, il avait déjà fait parler de lui en faisant adopter un rapport dont le contenu ne devait pas être si limpide, puisqu’il dut s’y prendre à deux fois.
Lui qui défend aujourd’hui une forme de sélection préconisait alors la suppression des concours nationaux de recrutement. Il faisait un plaidoyer pour les sciences de l’éducation en minimisant leur mainmise sur la formation des professeurs : « Il convient de rappeler que les enseignants-chercheurs de cette discipline, à qui l’on prête trop souvent une forme de magistère au sein de notre système éducatif, ne représentent que 18 % du corps enseignant en IUFM. »

On ignorait que les sciences de l’éducation fussent une discipline. Les professeurs stagiaires qui ont fréquenté les IUFM et leurs avatars, les ESPE, ceux qui subissent encore les pressions et les pratiques d’infantilisation d’une grande partie des formateurs apprécieront. Il est vrai qu’il a lui-même écrit une thèse en sciences de l’éducation : La relation maître-élèves dans l’enseignement du judo en France. Une sacrée référence !

Il n’est pas certain, au demeurant, si l’on porte un regard rétrospectif sur les dernières décennies, que les politiques éducatives de droite et de gauche diffèrent beaucoup. Le principe du « et en même temps… » devrait, en cette occasion, continuer d’être appliqué. Souhaitons que Jean-Michel Blanquer, qui prépare une réforme du lycée et du baccalauréat, ne cède pas à cette tentation !

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