Editoriaux - Société - 15 septembre 2018

Insécurité : du déclin, du désastre et de la mort dans l’air

Il n’y a pas de quoi rire.

Pourtant, les dérives de notre société sont telles, sur le plan des agressions et de l’insécurité, qu’on est presque fondé à imaginer un monde délirant où tous ceux chargés d’assurer l’ordre, de dispenser un enseignement ou d’éteindre les incendies devront être eux-mêmes protégés et défendus. De sorte qu’on peut à l’infini disserter sur les protecteurs de ces défenseurs et les défenseurs de ces protecteurs sans que jamais cette chaîne absurde soit interrompue.

On s’était moqué de Ségolène Royal – et son contradicteur le premier – parce que, lors de son débat avec Nicolas Sarkozy en 2007, elle avait suggéré l’idée de faire raccompagner le soir chaque femme policier par un policier.

Pourtant, quand on voit la révolte des pompiers, un corps très aimé des Français littéralement aux abois à cause de la multiplication des agressions dont ils sont victimes, il est clair qu’un point limite a été atteint puisque – on oscille entre accablement ou indignation – « ils demandent désormais le soutien des forces de l’ordre lors de leurs interventions à risques » (Le Figaro).

Déjà, quand dans des cités les pompiers avaient été mal accueillis parce qu’ils représentaient l’État et la France officielle alors que leur mission aurait dû susciter reconnaissance et admiration, il avait été facile de comprendre qu’avait changé le monde et qu’une part de notre pays – des voyous, parlons net – s’en prenait à nos « anges gardiens », comme les pompiers se sont si justement qualifiés.

Maintenant, c’est pire. Trop de violences, trop de désordres, trop d’hostilité et d’entraves, trop de haine, même. Pour qu’on soit obligé de demander le soutien de la police pour accomplir son métier au service de tous et afin que la sauvegarde du protecteur soit elle-même assurée, inutile de se leurrer : on est confronté, dorénavant, à un univers qui a totalement perdu ses repères.

Allons plus loin, poussons jusqu’à l’absurde ces désastres du quotidien riches d’enseignement. Le pompier devra être en sécurité grâce à la police, l’enseignant devra être préservé de la violence de certains élèves et de quelques parents, toutes les forces d’ordre et d’autorité de moins en moins respectées n’auront que la ressource, pour intervenir, de se faire accompagner.

La police elle-même soumise à mille rébellions, outrages et résistances, subissant des atteintes parfois infiniment graves, n’aura pas le choix : pour interpeller les auteurs de violences et favoriser la paix publique, elle sera contrainte de se faire accompagner pour avoir une chance d’être opératoire.

Je plaisante à peine. Dès lors qu’à cause de la faiblesse du pouvoir politique et du poison qui, au quotidien, conduit des citoyens à se payer du « flic » ou tout ce qui ressemble de près ou de loin aux services et aux armes de la République, il n’y a aucune raison pour que cette aberration de pompiers mis à l’abri par la police ne se reproduise pas ailleurs.

Mais ces gardiens, qui les gardera ? Qui gardera nos protecteurs naturels ? Qui viendra au secours de ceux qui, nous défendant, nous sauvant, sont pris à partie, malmenés et souvent rendus impuissants, désarmés et perdus ?

On en est là.

Quand un État n’est plus capable, sans tomber dans Ubu en République, de faire respecter l’accomplissement de ses missions régaliennes et l’activité des corps et des services qui devraient être chez eux partout, sans craindre pour leur intégrité ou même leur vie, il y a du déclin, du désastre et de la mort dans l’air.

Il faudrait un authentique pompier pour une France dont l’état inspire de l’inquiétude.

Il y a le feu mais rien, apparemment, ne presse. L’urgence et la démocratie ne font pas bon ménage.

Extrait de : Justice au Singulier
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