Gilets jaunes : vous avez dit récupération politique ?

Ou comment prendre les Français pour des imbéciles

C’est désormais un classique du genre : lorsqu’un mouvement social apparaît, notamment s’il est spontané et non canalisé par les syndicats – dont l’utilité commence à être sérieusement mise en doute -, la moindre prise de position en faveur du mouvement de la part d’un parti politique est immédiatement taxée (c’est la mode !) de « récupération ». Et de s’accrocher à ce mot comme à une bouée de sauvetage !

En 2013, ce fut le cas avec la Manif pour tous. Les politiques qui soutenaient le mouvement faisaient de la récupération, pour ne pas dire de l’instrumentalisation. Vient alors le cortège d’adjectifs péjoratifs : la récupération peut être grosse, petite, basse, grossière, cousue de fil blanc, etc. Avec le mouvement des gilets jaunes, la Macronie redouble d’imagination et monte en gamme. Sébastien Lecornu, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, déclarait, la veille de la manifestation, dans L’Impartial, ne pas accepter la récupération politique. Ce dimanche, dans le JDD, il est carrément monté d’un cran, voire de deux : « Ceux qui veulent récupérer politiquement le mouvement en seront pour leurs frais. Ce sont les mêmes qui sont parfois les responsables des erreurs du passé. » Propos qui ne manquent pas de sel de la part d’un ancien LR qui a trahi son camp et a sans doute soutenu les politiques passées ! Il poursuit : « Vouloir faire aujourd’hui du recel de la colère des Français, c’est assez abject. » Le mot est lâché : abject ! Brune Poirson, samedi soir sur BFM TV, se moquait des partis soutenant le mouvement. « Chouette, pour moi, y a des dividendes politiques, y a de quoi bomber du torse », expliquait-elle en se dandinant sur son siège.

Bon, d’abord, une remarque. Entre nous, qu’est-ce qui est le plus « abject » : récupérer l’Histoire de France pour essayer de se faire la cerise, comme l’a fait, sans honte, le Président Macron lors des cérémonies commémoratives du 11 Novembre ? Ou bien récupérer un mouvement de colère ? Car c’est bien à une récupération sans vergogne à laquelle s’est livré le pouvoir à l’occasion de ce centenaire. Les grosses allusions aux années 30, la dialectique biaisée autour de l’opposition entre nationalisme et patriotisme, la menace du retour à la guerre à cause des populismes, etc. Non, bien sûr, ce n’était pas de la récupération mais de la noble et belle mise en perspective de notre Histoire afin d’édifier le bon peuple, notamment la jeunesse !

Alors, vous avez dit « abjecte » récupération politique ? C’est vrai que la Macronie déteste la politique. La politique se résume, pour elle, a un blanc-seing quinquennal qui donne droit au gagnant du gros lot à une sorte de kit dans lequel vous trouvez un troupeau de députés aux ordres et des ministres techniciens. Un kit qui vous permet d’exercer un despotat éclairé et sans partage.

En fait, que font les partis politiques qui, soi-disant, font de la récupération ? Eh bien, quelle que soit leur couleur, ils font tout simplement ce pourquoi ils sont prévus par la Constitution. Rien d’autre. La colère des gilets jaunes ne tombe pas du ciel. Elle est la conséquence de décisions politiques que, du reste, le pouvoir se targue d’assumer. Et les partis d’opposition ne devraient rien dire, ne pas prendre position, soi-disant parce que cette colère émane d’un mouvement spontané ? Du reste, La République en marche, en s’opposant au mouvement, ne fait-elle pas de la récupération à l’envers ? Décidément, il faudra que l’on perde cette fâcheuse habitude, chez les macronistes, de prendre les Français pour des imbéciles !

Mais ce serait tellement plus simple de n’avoir à faire qu’à un mouvement « protéiforme », sans leaders, auquel on peut opposer les CRS en guise d’argument. Franchement, à quand une réforme constitutionnelle pour supprimer l’opposition ?

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