Grève

Emmanuel Macron chez Jean-Pierre Pernaut : aucun effet de surprise

Professeur d'Histoire
 

Il y avait bien quelques gazetiers ici ou là pour nous expliquer qu’Emmanuel Macron, contrairement à ses prédécesseurs, avait retrouvé l’esprit monarchique de la Ve République et qu’il travaillait sur le temps long, au-dessus des aléas quotidiens de la vie politique, laissant la gestion pratique des réformes au Premier ministre et au gouvernement. Grève dure à la SNCF et blocages des universités ? Le Président parlait intelligence artificielle dans une revue américaine. Lui-même avait théorisé, cet été, une nouvelle doctrine « pilhanesque » de la parole présidentielle rare, s’abstenant des « 20 Heures ». Nous n’y avions pas cru plus que lui et nous eûmes donc la déambulation du Président à l’Élysée, accompagné par Laurent Delahousse.

Il était évident qu’Emmanuel Macron allait parler très vite. Pour deux raisons. D’abord, par nature, sa nature de PDG de start-up. Loin de déléguer et de se désintéresser de l’application concrète des réformes, on sait qu’il veut savoir comment ça se passe au plus près. Pas au plus près « des gens ». Au plus près du marché. Il gouverne comme il a mené campagne, en suivant en permanence sur ses écrans les marchés à satisfaire ou à reconquérir. Le patron va mouiller la chemise. Ce sera excellent en termes d’image.

Ensuite, parce que son équipe a vite révélé ses faiblesses. M. Philippe est très bon pour les petites blagues et les fous rires, et la pédagogie grise (en écrivant cela, je découvre que c’est un mélange de Hollande, de Raffarin et de Juppé), mais dès que les choses deviennent sérieuses, il ne fait plus le poids. Ne parlons pas de Mme Borne, ex-cadre à la SNCF pendant des années chargée de la stratégie qui vient, aujourd’hui, expliquer aux cheminots que cette stratégie n’était pas bonne… Et, évidemment, pour défendre cette réforme qui fâche à gauche, M. Castaner n’est pas d’une grande utilité. Deux jours de grève à la SNCF ont révélé la grande fragilité de ce gouvernement.

Il était aussi couru que M. Macron irait chez Jean-Pierre Pernaut. Le Pernaut de 13 heures est une aubaine pour le chef de l’État car c’est le journal des retraités, du terroir et des classes populaires. De la France mécontente et pas mondialisée. Mais aussi de la France aigrie qui en veut aux cheminots, qui en assez de ces grèves, qui ne supporte pas ces braillards de l’UNEF qui bloquent les facs. M. Macron va caresser cette France, qui ne lui est pas spontanément acquise, dans le sens du poil. Chez Pernaut, Emmanuel Macron va adresser un subtil « Je vous ai compris » aux 35 % qui n’ont pas voté pour lui il y a un an. Cette grève d’un autre âge a ouvert un boulevard à M. Macron pour conquérir le marché qui apparaissait a priori le plus fermé. Et ces braves gens en oublieront même leur augmentation de CSG et tous les griefs qu’ils avaient. La visite chez Pernaut, c’est un peu comme son détour par le Puy du Fou au printemps 2016, et une photo complice avec Philippe de Villiers. Opération tout bénéfice pour Emmanuel Macron. Marché conquis.

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