Statut de la Catalogne

Catalogne : merci, Robert Ménard, de remettre les pendules à l’heure

Journaliste

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

 

Merci, Robert Ménard, de remettre les pendules à l’heure, car c’était à désespérer de Boulevard Voltaire que d’y lire, jour après jour, toutes ces condamnations sans appel de la volonté du peuple catalan de vouloir prendre en main son destin. Il faut être français, fort de son héritage jacobin, de Valls aux souverainistes de tout poil, pour refuser de l’admettre et continuer à s’arroger le droit de se prononcer sur la légitimité d’un État.

Qui sommes-nous pour dire à ce peuple qu’il n’a pas le droit – et ne l’aura jamais – de vivre dans une Catalogne indépendante, si c’est la volonté de la majorité de la population que le scrutin du 21 décembre devrait confirmer ?

Qui sommes-nous, donneurs de leçons, pour nier l’universalité du droit international, comme si la reconnaissance de l’indépendance pouvait s’appliquer en quelque sorte à la carte ? Si cela va pour le Kosovo, l’Estonie, la Slovaquie ou le Monténégro, cela devrait aussi aller pour la Catalogne.

C’est, d’ailleurs, tout le sens de l’arrêt de la Cour internationale de justice de 2010 qui statue que la déclaration d’indépendance du Kosovo n’était pas illégale : « La Cour a conclu […] que l’adoption de la déclaration d’indépendance du 17 février 2008 n’a violé ni le droit international général, ni la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité, ni le cadre constitutionnel », avait alors déclaré Hisashi Owada, le président de la Cour internationale de justice (CIJ), au palais de la paix de La Haye.

Qui sommes-nous pour ne pas voir que les temps changent ? « Les soubresauts de la Catalogne devraient nous interroger », estime fort justement Robert Ménard, « parce qu’il y a bien un peuple catalan, comme il y a un peuple français, un peuple corse ». Il ne m’en voudra pas d’y associer le peuple alsacien, car les choses bougent du côté de la ligne bleue des Vosges. Fatiguée d’appartenir à la Grande Nation, diluée dans le Grand Est niant son identité, l’Alsace a les mêmes démangeaisons émancipatrices que l’Écosse, la Catalogne ou la Wallonie. Même si l’Alsace est l’une des plus petites régions de France, il y a nettement plus petit qu’elle en Europe. Après tout, le Luxembourg voisin est un nain à côté de l’Alsace, 2.586 km2 contre 8.280 km2, un peu moins de 500.000 habitants contre 1.800.000 pour l’Alsace.

L’Histoire vient conforter la géographie : l’Alsace s’enorgueillit d’avoir été longtemps une région indépendante jusqu’à son annexion par la France en 1648… En ces temps bénis, Strasbourg et Mulhouse, villes libres, battaient monnaie. Érasme, lors de son séjour, y voyait même la cité idéale dont rêvait Platon, avec un gouvernement « sans despotisme, une aristocratie sans factions, une démocratie sans désordres, une richesse sans luxe, un bonheur sans arrogance. Oh, divin Platon, si seulement tu avais eu la chance de connaître un tel régime ; ici, en effet, il aurait été possible d’introduire ton État idéal »

Ancien grand reporter à France 3 Alsace, il passe son temps entre l’Alsace et la Grèce.

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