Editoriaux - Politique - 29 janvier 2019

Castaner très mal à l’aise sur la question des djihadistes qui vont revenir en France

Éborgner les gilets jaunes est bien joli, mais pendant ce temps-là, il faut songer à l’accueil des djihadistes qui vont revenir de Syrie. Interrogé sur le sujet par Jean-Jacques Bourdin, Philippe Castaner n’est pas au mieux de sa forme. Ses petits souliers lui font mal, sa veste est trop juste, la cravate trop serrée. « Et donc, vous disiez ? De quoi t’est-ce que parler allons-nous ? »

Bourdin : « Des djihadistes vont être rapatriés de Syrie en France durant les prochaines semaines ! Je vous pose la question. »

Castaner : « D’abord, ce sont des Français avant d’être des djihadistes. »

Quinze secondes de gagnées. C’est toujours ça de pris. Ça y est, je peux partir ?

Voyant que l’interview va se poursuivre inexorablement, le ministre accepte son sort avec fatalisme. Les chaussures vont peut-être s’élargir. Le cuir est souple.

Castaner : « Certains sont déjà revenus, nous les connaissons, nous les mettons en prison… Vous savez que les Américains se désengagent de Syrie ». C’est la faute à Trump. J’y suis pour rien, monsieur le commissaire…

Castaner : « Ils vont être libérés, ils vont vouloir revenir en France. »

Bourdin : « Ils vont pouvoir revenir en France ? Vouloir est une chose, pouvoir en est une autre. Est-ce qu’ils vont pouvoir revenir en France ? »

Aïe ! C’est la question à un million d’euros. Aucun joker à l’horizon. Je peux appeler un ami, Jean-Pierre ? Non ? Alors, heu… Voilà ma réponse : « Est-ce que je suis maître de leur destin ? La réponse est non. Je ne suis pas maître de leur destin et de leurs déplacements. »

À tout hasard, le candidat à « Qui veut gagner des attentats ? » abat sa carte de victime. Il ne contrôle rien. Il subit la volonté des djihadistes, le destin qu’ils se sont choisi.

Sans aucune pitié pour son champion de l’évitement, Jean-Jacques Bourdin remue encore un peu le couteau dans la plaie. L’entretien vire à la boucherie.

Bourdin : « S’ils peuvent quitter la Syrie et l’Irak, est-ce qu’ils seront acceptés en France ? »

Castaner : « Ce n’est pas une question d’être acceptés, s’ils viennent en France, ils seront incarcérés » (donc acceptés).

Bourdin : « Ils pourront venir en France. Combien ? »

Castaner : Je… je… je… Le ministre hésite à chanter « Mexico… Mexiiiiiiiicooo… » Tiens, et si on parlait de l’Eurovision ? Puis, se ravisant : « Je… je ne vais pas rentrer dans ces détails-là ». Sur le bas de l’écran, un bandeau indique que près de 130 djihadistes vont être rapatriés en France dans les prochaines semaines. Le téléspectateur peut masquer le reste de l’image et couper le son. L’info est là. Sans doute l’erreur d’un stagiaire. A moins que BFM TV n’ait mis en place un outil de traduction en temps réel des propos du ministre. On ne sait pas.

Castaner : « Mais soyez sûr d’une chose »… bla-bla-bla… « Ils seront judiciarisés, sanctionnés, emprisonnés. »

Dans un entretien du 13 novembre 2018, avec ce même Bourdin, l’identique Castaner affirmait : « Le passage en prison est par nature criminogène. »

Soyons juste. Le gouvernement ne fait pas que matraquer les gilets jaunes. Il se tire aussi des balles dans le pied…

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