Editoriaux - Politique - 4 août 2018

Affaire Benalla : Gérald Darmanin mérite-t-il vraiment une meilleure note que Christophe Castaner ?

Édouard Philippe, comme tout chef, a eu un mois de juillet très occupé : avant de partir enfin en vacances, à peine contrarié par cette malencontreuse affaire Benalla, il a passé ses journées à faire passer des entretiens d’évaluation à ses ministres. Dès le 3 juillet, Christophe Castaner, qui joue l’élève appliqué au-delà même du raisonnable, vendait la mèche : quel gouvernement moderne, avec un tel management ! Mais Le Huffpost avait ridiculisé le ministre par un montage où l’on voyait qu’il « récitait » mot à mot la leçon d’Édouard Philippe sur cette méthode. Circonstance aggravante : Christophe Castaner était pris en flagrant délit d’une gentille « fake news » : « C’est étonnant car on ne l’a jamais fait. » Eh bien, si, Sarkozy et Fillon avaient été les premiers à lancer ces entretiens d’évaluation pour leurs ministres. Mais toutes ces « castanerades », c’était avant. Avant l’affaire Benalla. Depuis, le ministre et chef du parti La République en marche a eu des soucis plus lourds, de bagages et d’armes notamment, qui pourraient lui faire perdre sa place de meilleur élève de la « team » Macron.

Le coup est parti d’un petit camarade qui adore être au premier rang lui aussi mais qui a su se faire très discret durant l’affaire Benalla. N’étant pas issu de La République en marche, ni chargé des ministères concernés par l’affaire, il ne s’est montré, fort opportunément, qu’au moment où le maître des horloges a sonné : le fameux soir du « Qu’ils viennent me chercher ! » Gérald Darmanin a un bien meilleur sens du kaïros que Christophe Castaner.

Et ce vendredi matin, sur RTL, il était comme ces collègues carriéristes qui, sortant de leur entretien annuel, continuent à dérouler à la machine à café tout le bonheur qu’il y a à travailler avec ce chef pour ses formidables projets, quels que soient les signes objectifs qui disent le contraire. Sur le chef comme sur les projets.

Le trou d’air de la croissance ? « C’est plus que ce que le budget avait d’abord prévu ! »

La baisse du pouvoir d’achat ? « Il n’y a pas eu d’augmentation généralisée de la CSG. »

La hausse du prix des carburants ? « Je vous présente Catherine quand vous voulez : elle a changé sa voiture diesel et ne consomme plus que sept euros par mois ! »

Et puis, quand même, en fin d’entretien, la question qui fâche : l’affaire Benalla laissera-t-elle des traces ? « Elle va surtout laisser des traces dans l’opposition. » Et hop, florilège de citations : « Beaucoup de bruit pour rien », « Tout ça pour ça », « Tout ce qui est excessif est dérisoire », etc. Il n’a quand même pas osé la « tempête dans un verre d’eau ». Sa note d’évaluation aurait pu subir un -0,2, comme la croissance. Ou un -5, comme la cote d’Emmanuel Macron. Ou un -18, comme son score chez les électeurs LR. Pour « castanerisation » aggravée.

Mais, au fait, pour nous faire gober ça, il nous présente qui, Gérald Darmanin ? Car Catherine, elle a peut-être changé de voiture, mais, à mon avis, elle n’est pas prête pour autant à se laisser mener en bateau.

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