À propos du beau bureau de Manuel Valls…

Colonel à la retraite
 

Manuel Valls va donc récupérer, à l’Assemblée nationale, le bureau qu’occupait François Fillon lors du précédent mandat. Une nouvelle d’importance qui nous rassurera quant au devenir et aux conditions de travail du député de l’Essonne. Paraît-il, il y a peu de « beaux et grands bureaux en enfilade » au palais Bourbon, comme l’explique un proche de l’ancien Premier ministre, histoire, en quelque sorte, de l’excuser d’avance en ces temps de moralisation de la vie publique. Rien de choquant, pourtant, que ces bureaux soient réservés aux anciens Premiers ministres et présidents de l’Assemblée, la transformation en logements sociaux ou, mieux, en centre d’accueil pour migrants s’avérant techniquement compliquée.

Cette information est évidemment très anecdotique mais permet, néanmoins, de noircir un peu de papier au moment où l’actualité, traditionnellement, commence à prendre un rythme estival en désertant les bureaux des rédactions.

Rappelons qu’à l’origine, le bureau désignait une table à écrire. En effet, le mot « bureau » vient de « bure », cette grosse étoffe de laine dont se vêtaient les moines mais qui pouvait aussi servir de tapis de table. « Mieux vaut vivre sous gros bureau, pauvre, qu’avoir été seigneur et pourrir sous riche manteau », écrivait François Villon – et non Fillon, lequel voulut démontrer que l’on peut travailler sans bureau – à une époque où il n’était pas encore question de passer dessous pour obtenir une augmentation ou une promotion !

Par extension, le bureau est devenu le local où l’on place ce meuble de travail. Et des bureaux, il y en a effectivement de toutes les tailles. Le plus vaste des palais de notre République est – c’est bien connu – celui du maire de Paris : 155 m2. En loi Carrez, ça fait combien ? Vous irez vérifier vous-même. Et là, pour le coup, l’excuse des palais hérités de la monarchie ne marche pas. Du tout. Puisque l’hôtel de ville de Paris fut reconstruit – en plus grand – au début de la IIIe République, après que l’ancien avait été incendié par la Commune…

J’évoquais les conditions de travail de ce pauvre Manuel Valls. Eh bien, précisons, en cette période de refonte du Code du travail, que ce maudit code ne fixe aucune obligation en matière de surface. Donc, Manu, ne viens pas te plaindre ! En revanche, l’Agence française de normalisation (AFNOR) s’est fait plaisir en donnant des recommandations sur ce sujet. Ainsi, la surface minimale est de 10 m2 pour une personne seule, 11 m2 par personne pour les bureaux collectifs. Donc, j’en déduis que Mme le maire de Paris, calculette à l’appui, travaille pour 14,09 personnes. L’ancienne inspectrice du travail qu’est Mme Hidalgo – notons, au passage, qu’on a du mal à trouver le dernier bureau qu’elle aurait occupé dans cette fonction éminemment utile – devrait se pencher sérieusement sur son cas personnel !

Autre extension du mot « bureau » : celle qui illustre à merveille la capacité du génie français à s’exprimer, se développer dans l’administration de notre bel État-c’est-moi. Je veux parler du bureau, cette entité administrative qui a vu pulluler, au fil des siècles, toute une population de ronds-de-cuir, si chers à Courteline. Être chef de bureau dans un ministère, ce n’est pas rien. C’est parfois l’aboutissement de toute une vie de labeur, de concours, préparés à l’étude de noirs bouquins ou au gré des circonstances.

Et des bureaux, on en a inventé de toutes les sortes, de toutes les couleurs : du bureau de poste jusqu’au bureau des grâces, en passant par le bureau de tabac, c’est toute une poésie administrative – mieux : bureaucratique – qui se déploie devant nous. Bien évidemment, nous n’évoquerons pas le Bureau des légendes et encore moins celui des pleurs, qui ne désemplit jamais. Celui dont Manuel Valls vient de prendre possession, peut-être…

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