Editoriaux - International - 24 janvier 2019

Venezuela : acte II, la destitution virtuelle de Maduro

Comme annoncé ici, il y a quelques semaines, les grandes manœuvres visant au départ de Nicolás Maduro ont commencé. Après l’intermède diplomatique sous la houlette de Mike Pompeo, c’est maintenant l’heure de l’action sur le terrain politique.

Il manquait, pour cela, un visage pour incarner l’opposition à Maduro après l’emprisonnement, l’exil, voire la lassitude de la plupart des figures historiques de la MUD, la coalition de l’opposition.

C’est chose faire depuis l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, le 5 janvier 2019, de Juan Guaido, un jeune ingénieur de 35 ans issu d’un milieu modeste, membre de Volonté populaire (VP), le parti de Leopoldo López. Dès son élection, il avait reçu le soutien de l’Organisation des États américains (OEA), une organisation qui regroupe la plupart des États d’Amérique.

Pensant l’intimider une semaine après son investiture, comme il l’a souvent fait avec tous les autres leaders de l’opposition, Nicolás Maduro envoyait, le 13 janvier, des agents de la SEBIN (les services de renseignement vénézuéliens) intercepter de manière spectaculaire la voiture de Juan Guaido sur l’autoroute alors qu’il se rendait à une réunion politique. Une arrestation filmée dont les images ont opportunément fait le tour du monde… Juan Guaido était immédiatement relâché.

Cette arrestation digne d’un thriller n’avait pas entamé la détermination du nouveau président de l’Assemblée nationale “à remplacer à titre provisoire Nicolás Maduro avec le soutien de l’armée, le temps d’organiser des élections libres”.

Les événements allaient alors s’enchaîner à un rythme accéléré. Lundi 21 janvier, après un pseudo-coup d’État qui ressemble plutôt à un ballon d’essai et à un avertissement aux gradés des forces armées vénézuéliennes, des manifestations plus ou moins violentes avec des affrontements avec la Garde nationale bolivarienne se sont déroulées dans les rues de Caracas et les principales villes du pays, avec un bilan humain provisoire déjà lourd puisqu’on évoque au moins cinq morts dont un mineur de 16 ans tué par balle dans l’ouest de la capitale.

Symbole de l’exaspération populaire, une statue du Comandante Hugo Chávez a même été incendiée à San Felix dans un happening populaire de concert de casseroles et de klaxons.

Mercredi 23 janvier, au milieu de ses plusieurs dizaines de milliers de partisans dans les rues de Caracas, Juan Guaido prête serment et s’autoproclame « président en exercice » !

Quelques heures après, le même jour, dans un scénario qui semble écrit, tour à tour le Brésil, la Colombie, le Pérou et le Canada annonçaient qu’ils reconnaissaient l’opposant Juan Guaido comme président par intérim. Dans un communiqué, le ministre des Affaires étrangères brésilien précisait que “le Brésil soutiendra politiquement et économiquement le processus de transition pour que la démocratie et la paix sociale reviennent au Venezuela”.

Toujours ce mercredi 23 janvier, Donald Trump reconnaissait Juan Guaido comme « le président par intérim » du Venezuela, ajoutant que le Parlement était “la seule institution légitime de gouvernement dûment élue par le peuple vénézuélien”.
Quelques heures plus tard, Nicolás Maduro annonce alors que le Venezuela rompt ses relations diplomatiques avec les États-Unis, avec un tonitruant “fuera” (“dehors”) final !

Que va-t-il se passer maintenant ?

Alors qu’on le questionnait sur une possible intervention militaire américaine au Venezuela, Donald Trump a répondu que “toutes les options étaient sur la table”.

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