On se souvient de la polémique suscitée par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal quand elle dénonça, le 14 février, sur CNews, l’islamo-gauchisme qui « gangrène la société dans son ensemble », ajoutant que « l’université n’est pas imperméable ». Il est un autre défaut affectant une partie des chercheurs : ils prétendent exprimer une pensée originale alors qu’ils tombent dans le conformisme ambiant. La rencontre organisée par Sciences Po Paris, mercredi dernier, dans l’enceinte de l’établissement, en mémoire de Samuel Paty, semble bien tomber dans ce travers. Elle a, en tout cas, vivement fait réagir Charlie Hebdo, qui a relevé quelques-unes des interventions et a qualifié cet hommage de « faux » et d’« étrange ».

Loin de nous l’idée d’une quelconque censure à l’encontre des chercheurs qui doivent pouvoir aborder tous les sujets. Encore faut-il que n’interviennent pas, dans leurs choix, des considérations peu compatibles avec l’ouverture d’esprit qu’implique la recherche et que, sous l’apparence de la pluralité d’opinions, on ne privilégie une pensée unique.

Ainsi, comme le rappelle l’hebdomadaire lui-même victime de la terreur islamiste, la caricature d’une dessinatrice de Charlie Hebdo, que Samuel Paty avait montrée en classe, a fait l’objet d’interprétations singulières. Le chercheur écrivain et historien de l’art Bruno Nassim Aboudrar a, lors de cette rencontre, expliqué que la dessinatrice « a fait ce dessin pour se moquer non pas du prophète mais de ceux qui le représentent de cette manière », précisant que « ce dessin n’avait pas d’intention raciste » mais que « c’est un dessin intrinsèquement raciste, ce n’est pas la même chose ». Goût du paradoxe, façon de dire tout et son contraire, en laissant entendre que le malheureux professeur d’histoire Samuel Paty n’a pas été assez vigilant.

Docteur en sciences de l’éducation, Samia Langar a, de son côté, évoqué lors de cette même rencontre une enquête réalisée à Vénissieux, qui n’est plus le paisible village d’autrefois, sur la réception des caricatures, soulignant « le déni de reconnaissance de la place des musulmans dans la société française ». Elle estime, dans son étude, qu’« ils ne se sentent pas considérés comme des citoyens à part entière » et que ces caricatures sont perçues « comme une symbolique ». Faut-il y voir quelque excuse pour ceux qui sont heurtés par de tels dessins, voire pour les actes de violence qu’ils commettent ?

Déjà, il y a un an, François Héran, professeur au Collège de France, auteur d’une « Lettre aux professeurs » publiée sur le site La Vie des idées deux semaines après l’assassinat de Samuel Paty, où il explique que la liberté d’expression doit prendre en compte le respect des croyants, avait critiqué une « absolutisation de la liberté d’expression ». Il estime qu’« on a fait [de Samuel Paty] un martyr de la liberté absolue d’expression. Mais nul ne sait s’il voulait être pour la liberté absolue d’expression. » Certes, de nos jours, la liberté d’expression est accommodée à toutes les sauces, mais voilà une curieuse manière de brouiller les pistes dans cette tragédie où les responsabilités seraient partagées.

Ces chercheurs ont, à l’égard de la religion musulmane, une indulgence et une compréhension qu’ils ne montrent pas toujours pour d’autres religions. Ce n’est pas nécessairement, chez eux, une marque de connivence avec l’islam mais plutôt une forme d’inclination de leur pensée à remettre en cause la culture et les traditions de la France, voire de la civilisation occidentale. Comme s’ils prenaient plaisir à en souligner les défauts, alors que la civilisation de l’Autre serait, par définition, admirable.

Faut-il, alors, s’étonner du succès des théories du genre, de la déconstruction de l’Histoire et du mouvement woke chez ces intellectuels qui se prennent au sérieux et croient faire preuve d’une originalité exemplaire alors qu’ils se soumettent au conformisme des opinions en vogue ? Ils valorisent des conceptions minoritaires et militantes, dont ils font allègrement la promotion et tendent à mettre au pilori ceux qui ne pensent pas comme eux.

23 octobre 2021

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