On ne l’accusera pas d’« attiser les peurs » au bénéfice de l’extrême droite. Et pourtant, dans son rapport baptisé Reconquête de l’appareil productif : la bataille du commerce extérieur, qui vient de paraître, le très souple François Bayrou, devenu haut-commissaire au Plan par la grâce du Président Macron, tape dur. Les premières lignes sonnent comme du Zemmour en tribune sur « la fatalité qui nous a peu à peu exclus des secteurs d’excellence qui faisaient notre fierté et notre identité ». Vous ne rêvez pas. C’est Bayrou, 70 ans aux cerises, ancien ministre de l’Éducation nationale, ancien garde des Sceaux, fondateur de parti, élu mille fois et aujourd’hui encore visiteur du soir de l’Élysée, qui vous le dit !

Le Béarnais parle d’or. « La crise de notre appareil productif est un des éléments centraux de l’inquiétude que beaucoup de nos compatriotes nourrissent pour l’avenir de notre pays », explique-t-il dans l’avant-propos. Et l’admirateur d’Henri IV de lancer cette idée géniale : « Il faudra faire un jour l’histoire de la désaffection brutale que le secteur productif en général et spécialement le secteur productif industriel ont subi ces trente dernières années. » Chiche ! On y trouverait tous ses amis.

Il a fait les comptes, François Bayrou. En moyenne, le commerce extérieur de notre pays est déficitaire de quelque 75 milliards d’euros « sur les dernières années, alors que le commerce extérieur allemand est excédentaire de plus de 200 milliards d’euros » ! Terribles chiffres. Or, « il n’y a pas de différence entre l’Allemagne et la France sur le coût du travail », ni « sur la monnaie puisque les deux pays ont l’euro en partage », ni même sur « le niveau technologique qui permet d’accéder à la production de ces équipements », évacue Bayrou qui enfonce le clou : « Nombre de ces faiblesses s’apparentent aux déséquilibres économiques imposés aux pays en voie de développement ! » Misère... Un chiffre ? « Le poids de l’industrie dans le PIB de la France est ainsi passé de 23 % en 1980 à 13,5 % en 2019, un niveau bien inférieur à la moyenne européenne (UE à 27, 19,7 %). » En 2019, selon cette note, la balance commerciale de la France est déficitaire à l’égard de la Chine (-32,3 %), de l’Allemagne (-15,2 %), des Pays-Bas (-7,7 %) et de l’Italie (-5,9 %). Seule la balance commerciale avec le Royaume-Uni (+12,7 %) est positive. Mais voilà, le Président Macron déroule le tapis rouge à la Chine, met en scène son « amitié » avec l’Allemagne et cogne sur le qui a décidé de servir l’intérêt de son peuple en tournant le dos à une Europe destructrice. Comprenne qui pourra.

Que s’est-il passé ? François Bayrou répond avec franchise : « On a fait croire à l’opinion française pendant longtemps que cette exclusion [la France est exclue de pans entiers de la production industrielle, NDLR] était une fatalité reposant en particulier sur la différence de coût du travail avec les pays d’Extrême-Orient. Il se trouve que plusieurs facteurs peuvent être aujourd’hui opposés à ce fatalisme. » En clair, c’était faux. Il veut donc « définir, champ de bataille par champ de bataille, une stratégie nationale ». Comment ? En faisant appel, bien sûr, non au papa Noël, mais au papa État ! En somme, en refaisant ce qui nous a perdu. « Probablement y a-t-il à accomplir des prises de participation nationales dans des entreprises maîtrisant ces productions depuis l’étranger », écrit Bayrou dans son déguisement de pompier pyromane tout neuf. Les bras vous en tombent.

Car, ses propres chiffres en témoignent, tous les gouvernements, y compris ceux auxquels il a appartenu, travaillent depuis des décennies contre les intérêts de la France. Avec persistance, application et efficacité. Coupable, le militantisme aveugle, sourd et criminel des conseillers de l’ombre mondialistes et de ces visiteurs du soir des palais de la République. Coupable, la couardise sur fond d’intérêt électoral immédiat de ceux qui avaient reçu la responsabilité de conduire le destin de la France. Coupables, les thuriféraires paresseux d'un État obèse qui étouffe sous lui le tissu industriel. Ensemble, ils ont détruit les emplois, les villages, fragilisé les familles et les vies de nos compatriotes. Pendant qu’ils provoquaient la fuite en masse de nos usines, de nos emplois, de nos savoir-faire et de nos richesses, les mêmes ont fait entrer en France des millions d’étrangers dont beaucoup restent à la charge de la communauté nationale. Ces dirigeants ont plongé la France dans le chaos. Aujourd’hui, le constat de Bayrou est implacable mais il ne suffit pas.

7 décembre 2021

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