L’île de Saint Barthélemy est un rocher sec volcanique de 21 km2 (+ 3 km2 en différents îlots). La seule ressource en eau est la pluie récupérée dans des citernes, peu entretenues aujourd’hui. La population s’y stabilise autour de 2.000 personnes au milieu du XXe siècle…

En 1952, David Rockefeller va s’y faire construire une villa où il sera de bon ton d’être invité, avec son yacht évidemment…

Le monde médiatique bling bling le découvre vers 1980 et s’y déchaîne : « C’est à Saint-Barth’ que cela se passe. » Et le tourisme de masse va naturellement suivre.

La population va tripler et dépasse aujourd’hui 10.000 habitants : les villas, les hôtels, les restaurants, les magasins de luxe et de détaxe (plus de 200) et les activités nautiques croissent comme des champignons…

Une économie touristique florissante, certes, mais entièrement approvisionnée de l’extérieur !

L’électricité est fournie par deux centrales, au fioul, de 18 MW et l’eau – pour ce qui n’est pas importé en bouteille – est produite par deux unités de dessalement d’eau de mer, l’une fonctionnant avec l’énergie issue de l’incinérateur d’ordures, qui produisent 2 000 m3 par jour chacune…Des installations très vulnérables.

Quant aux liaisons extérieures, elles sont laborieuses.

Saint-Barthélemy accueille, chaque année, 70.000 touristes dans ses hôtels et ses 400 villas de location, et 130.000 visiteurs y arrivent par bateau : la population sur place est ainsi souvent très largement doublée !

La piste d’atterrissage de Saint-Barth’ fait 600 m, et les avions autorisés ne dépassent pas 20 places : 200.000 passagers par an, pourtant !

Par sécurité, décollages et atterrissages sont interdits la nuit. Long-courriers et gros porteurs se posent à l’aéroport Princess Juliana (Saint-Martin) ou à Pointe-à-Pitre.

Les navettes depuis Saint-Martin sont fréquentes : le vol dure dix minutes.
La Guadeloupe est à 45 minutes.

Le tirant d’eau du port de Gustavia est de 5 m, ce qui interdit l’accostage de pratiquement tout cargo de plus de 5.000 à 6.000 t de fret et de tout ferry de plus de 500 personnes.

De la Guadeloupe, distante de 140 milles, il faut d’une demi-journée à une journée de navigation…

Le décor est planté : dans cette zone balayée par les cyclones et les ouragans, l’état de la mer et des vents peut facilement interdire toute liaison avec l’extérieur de l’île et provoquer la destruction des infrastructures, des antennes-relais (communications) et de la production d’électricité, donc d’eau.

Aucune évacuation d’urgence n’est possible : à 20 personnes par rotation, tant que les avions peuvent voler, autant vider le lac Leman à la petite cuillère !

Pourtant, l’administration a laissé s’y développer une urbanisation d’accueil galopante, sans prévoir d’infrastructures locales de survie : magasins généraux enterrés de vivres, par exemple, et réserves d’eau à suffisance…

Gouverner c’est prévoir, dit-on ?

Aucun plan d’évacuation n’a été prévu dès qu’Irma a été repéré, et pourtant, un siècle auparavant, la destruction de l’île par un cyclone s’était déjà produite (1852).
La responsabilité des autorités civiles est donc pleine et entière.

Non pas celle, controversée, liée à l’acheminement des secours, voire au rétablissement de l’ordre, mais bien celle de l’administration dans la gestion d’un territoire (qui dépasse 800 habitants au km2 en haute saison) météorologiquement vulnérable, mais développé anarchiquement depuis trois décennies au nom du tourisme et de l’emploi, sans qu’aucune précaution n’ait été prise !

16 septembre 2017

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