Pour tous les gouvernements de la Cinquième République, le remaniement est une sorte de passage obligé. Jadis, il était plus aisé, s’agissant de seulement retranscrire en termes de maroquins, supprimés ou décernés, l’équilibre des forces politiques en présence.

Seulement voilà, ayant dynamité les partis institutionnels, le voilà bien dépourvu, une fois les crises venues, gilets jaunes, manifestations contre les retraites et les « violences policières » ; sans oublier le .

Le premier des maillons de la chaîne à préserver – ou faire sauter, c’est selon – est évidemment Matignon. Ainsi, le maintien d’Édouard Philippe à son poste de Premier ministre est-il indexé sur sa possible réélection à la mairie du Havre. Réponse du principal intéressé : « Si Emmanuel Macron pense que je dois continuer ma mission à Matignon, j’assumerai mes responsabilités. » Tout en prétendant, par ailleurs : « S’il pense que quelqu’un d’autre est plus utile, je respecterai son choix en toute loyauté. » Soit l’art de tout dire en ne disant pas grand-chose.

Après, comment faire le tri ? Il y a tout d’abord les poids lourds et les autres. Au rang de ces premiers ? À gauche, Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay, qui pourrait éventuellement accéder à Matignon mais qui, manifestement, n’en a guère envie. À droite, Bruno Le Maire à Bercy, mais qui fait savoir « qu’il n’est pas intéressé » par ce poste.

Puis les poids légers, qui sont légion. À en croire RTL, le sort de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, paraîtrait « scellé ». Sans oublier Muriel Pénicaud, ministre du Travail, qui serait « cramée ». Il y a encore Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, qui n’arrive pas à « exister ». Quant au ministre de la Culture, Frank Riester, il serait même donné pour « transparent ». On vous fera grâce d’autres inconnus glorieux : Christelle Dubos, secrétaire d’État rattachée au ministère de la Santé, Brune Poirson à celui de la Transition écologique et solidaire et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur. Bref, des starlettes qui ne devraient pas pouvoir venir rejouer en prochaine semaine…

Puis le gros morceau, le glorieux Christophe Castaner, premier flic de France, entre inspecteur Clouseau (Peter Sellers) et maréchal des logis-chef Cruchot (Louis de Funès), aussi fort pour courir après les nudistes que les djihadistes, les gilets jaunes que les Black Blocs et qui, histoire de réaffirmer son rang, joue aux beaux devant les photographes du Parisien. Ce cliché – à tous les sens du terme – s’est vite répandu sur la Toile. On le voit en majesté dans son bureau, torse bombé et ventre rentré, quelque part entre les publicitaires de la série Mad Men et Daniel Craig en agent 007. De quoi faire passer Charles Pasqua pour Bilal Hassani.

Et notre héros d’assurer : « J’assume de bousculer les choses. » Pour le moment, c’est surtout la police qu’il aura bousculée, et son autorité de tutelle dans la foulée. Toujours dans le même registre, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, serait-elle aussi un peu dans le collimateur. En bonne logique, Emmanuel Macron devrait trancher, tel qu’il aurait dû le faire durant le feuilleton Alexandre Benalla, s’il n’avait répugné à endosser sa défroque jupitérienne.

À ce propos, cette confidence issue du premier cercle élyséen et citée par Le Point : « Cette clémence présidentielle n’est pas sans poser des difficultés dans la gestion des hommes. C’est sa faiblesse. On sait qu’il est darwinien, mais en vérité il est faible. Il n’ose pas se fâcher, il ne sait pas tuer ! »

Ou de l’art de comprendre que, par essence, la vie est tragique et que gouverner un pays comme le nôtre relève d’une toute autre vision que celle consistant à gérer un conseil d’administration de société anonyme.

Il n’est jamais interdit d’apprendre à ses dépens.

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