Culture - Editoriaux - Education - Internet - Sciences - 17 février 2018

Réforme du bac : courage, fuyons !

Jean-Michel Blanquer a attendu la Saint-Valentin 2018 pour présenter son grand projet : la réforme du baccalauréat. Il faut lui reconnaître un courage certain : sa réforme modifie totalement la forme de ce diplôme ; elle n’en changera, malheureusement, nullement le fond des difficultés rencontrées…

Elle est, en effet, le produit de ce « en même temps » typiquement macronien qui mélange tout et n’importe quoi dans le même pot pour laisser s’y développer, notamment, le « n’importe quoi ». Les progressistes seront donc séduits par l’idée que les élèves choisiront leurs matières de prédilection, les réactionnaires par le maintien d’un tronc commun ; ceux qui trouvent le principe d’une épreuve finale injuste seront charmés par l’introduction d’une part de contrôle continu pur et ceux qui craignent des épreuves formatées se réjouiront du grand oral adapté au parcours personnel de l’élève.

En résumé, ce que M. Blanquer appelle un baccalauréat « remusclé » paraît surtout être un baccalauréat dissolu : les filières générales ont été dissoutes et les élèves devront choisir, en terminale, deux des neuf disciplines de spécialité proposées, ce qui laisse trente-six combinaisons possibles. Mais les moyens financiers ne sont pas extensibles et tous les établissements ne pourront matériellement pas proposer les trente-six combinaisons à tous leurs élèves. Le « choix » de l’élève est donc en partie un mirage, puisqu’il lui faudra choisir parmi les combinaisons proposées par l’établissement où il est inscrit et il n’est pas dit que l’élève aura la possibilité de s’inscrire dans un autre établissement qui proposerait la combinaison souhaitée. On risque donc de voir émerger un certain nombre de combinaisons évidentes (mathématiques et physique-chimie, par exemple) au détriment de combinaisons plus originales (physique-chimie et arts).

De plus, le mélange de toutes les formes d’évaluation (contrôle continu, épreuves en cours de formation, épreuve finale, écrits et oraux) multipliera le travail des enseignants, d’une part, qui passeront leur temps à créer ou à corriger des épreuves (auront-ils encore le temps d’enseigner leur discipline ? C’est ce que promet le texte de cette réforme, mais il faudra en voir l’application sur le terrain…), mais il créera une forme de pression constante des élèves : tout d’abord parce que ceux-ci devront savoir de plus en plus tôt la voie qu’ils souhaitent prendre, et posséder la maturité suffisante pour décider des deux épreuves finales qui leur attribueront ou non le diplôme ; ensuite, parce qu’ils seront sans cesse évalués et que toutes ces évaluations auront leur poids dans la décision finale.

Par ailleurs, ce n’est pas parce que l’on apprécie telle discipline que son apprentissage en est plus simple ni plus agréable. Enfin, on empêche les élèves d’obtenir la culture de la découverte et de l’effort : il est tout aussi enrichissant de devoir apprendre des leçons dans des disciplines dans lesquelles on se sent mal à l’aise que de les apprendre dans des disciplines de prédilection ; certains élèves se sont, d’ailleurs, vus changer de projet universitaire car il y a parfois une grande différence entre ce que l’on désire faire et ce que l’on sait faire. Mais ce nouveau baccalauréat vous enfermera dans votre représentation de vos capacités, il ne vous enseignera pas à les développer.

C’est, enfin, une occasion inespérée d’introduire davantage le numérique dans cette « école du XXIe siècle » que se rêvent les pédagogistes : en effet, l’une des disciplines de spécialité se nomme « numérique et sciences informatiques » et le grand oral implique des recherches, proches de celles des actuels TPE (travaux personnels encadrés) de première, qui poussent à l’utilisation d’Internet. Reste à savoir si les universités ouvriront facilement leurs portes à ces nouveaux bacheliers, quels qu’ils soient…

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